Agir au Mirail

Si la précarité touche tous les secteurs de l’université – personnel technique, administratif, personnel d’enseignement et de recherche – nous sommes bien peu à nous organiser. On voit tout l’intérêt de la précarité de l’entretien de cette situation pour l’encadrement : maintenir les personnes atomisées, sans ressources d’organisation, exposées à tous les arbitraires. Notre objectif pour cette journée était donc avant tout d’informer et de rendre visible nos situations.

Dès le matin, une table est installée au carrefour le plus emprunté de l’université, avec banderoles, tracts, brochure réalisée par le collectif et détaillant les situations de précarité dans l’ESR (Enseignement Supérieur et Recherche). Partage de café et annonces au mégaphone rythment la journée.


Si l’information à l’ensemble des personnes qui fréquentent l’université est importante, notre idée est surtout d’interpeller et de nous rencontrer entre précaires de l’université. En nous rassemblant, nous pourrons lancer des actions de plus grande ampleur.

Un carré blanc pour se rendre visible

Nous portons toutes et tous un carré blanc, destiné à nous rendre visible. Blanc comme notre invisibilité, comme l’obscénité et la violence de nos situations. La distribution à tou.te.s les travaileu.r.euse.s précaires permet de se compter dans chacun des services, de se connaître et de se reconnaître. Toute la journée nous avons arpenté les couloirs, les bureaux, les travées de l’université en appelant nos collègues à ne pas rester dans une solitude institutionnelle qui nous rend fragiles et nous condamne individuellement. Les échanges vont bon train et les carrés blancs commencent à se répandre dans les services et les laboratoires.

Nous espérons que ce petit carré blanc pourra s’étendre dans le temps pour montrer à quel point l’université fonctionne avec et grâce à des personnes en situation de précarité. Nous souhaiterions surtout que ce symbôle puisse être repris nationalement en produisant une continuité avec tous les collectifs pour ne pas fermer cette mobilisation à la seule journée du 13.

Et maintenant, un peu d’ambition !

Si notre action suscite la curiosité et génère des messages de solidarité, il reste encore difficile de se mobiliser concrètement.

Les étudiant.e.s, bien légitimement, sont aujourd’hui plus préoccupé.e.s par la question des examens que par la situation des précaires. Les titulaires, dans leur majorité, ne se préoccupent ni de la loi travail, ni des étudiant.e.s et pas plus de nos situations. Ils ignorent parfois même jusqu’aux propres conditions de travail de leurs collègues directs.

Pour autant, cette journée n’a pas été inutile. Elle était nécessaire pour nous rendre visible et pour renforcer le collectif. Nous avons pu faire réagir et faire entendre notre analyse qui s’attaque avant tout à la logique générale de précarisation au sein de l’université mais aussi de notre société, plutôt qu’aux problématiques individuelles, que nous n’ignorons pas cependant. La précarité est en effet le symptôme des pressions généralisée subies à l’université mais qui se sont aussi insidieusement intégrées dans toutes les strates sociétales. La bataille face à l’indifférence, à l’apathie doit être poursuivie et amplifiée.

Au sein de l’université, les collectifs nationaux créent des modes d’actions communs, s’interrogeant sur les moyens dont nous disposons pour faire la grève malgré nos situations de précaires. Interventions en cours sur la précarité, organiser la rétention des notes, porter le carré blanc, nous ne manquons cependant pas d’imagination pour inventer des actions communes et inverser la tendance. Il ne nous reste plus qu’à poursuivre l’offensive.




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