Février 3, 2021
Par Questions De Classe
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GFEN secteur Philosophie

Automne 2020, 236 p, 10 euros

Dossier : Sexe, genre et philosophie

Enseigner la philosophie : analyses, expériences, perspectives

Chaque année notre groupe de travail choisit un thème avec, comme horizon, l’élaboration d’un stage à la fin de l’été. Parfois le choix s’avère déchirant. Il fait l’objet de débats, d’hésitations, voire de votes. D’autres fois il s’impose.

Ce fut le cas de la thématique du genre : effet de l’affaire Weinstein et du mouve-ment #MeToo ? Sans doute cet embrasement sociétal a-t-il joué. Mais pas seule-ment. Depuis longtemps cette question était présente et ressurgissait régulière-ment.

Il a fallu plus de dix ans pour que cette éventualité se transforme en une évidence, à l’image de ce qui s’est passé pour notre société. Depuis des décennies, des mouvements et associations féministes portent les problèmes des inégalités sociales, économiques, culturelles de genre, analysent les rapports de pouvoir entre les sexes et, au sein de chaque groupe sexué, mettent à nu les rouages de la domination masculine, décrivent et dénoncent les violences sexistes et sexuelles. Depuis les années 2000, les études universitaires de genre se sont développées dans toutes les disciplines ; elles ont progressivement fait connaître le travail déjà effectué par le passé, en étudiant notamment l’histoire des femmes et des féminismes. Elles ont examiné l’épistémologie de leurs disciplines en décrivant les impensés masculinistes, elles ont construit de nouveaux objets de recherches.

De nombreux articles ont été publiés, les colloques se sont multipliés, des rayons femmes, puis genre, puis intersectionnalité ont vu le jour dans presque toutes les librairies et n’ont cessé de s’enrichir. Parallèlement est née la troisième vague du féminisme, celle-là même qui a porté le mouvement #Me Too.

Ce travail universitaire et militant de longue haleine a porté ses fruits. Il a rendu progressivement visible une cause et une problématique que le système patriarcal a toujours cherché à invisibiliser,système qui a également produit ses effets dans les mouvements les plus révolutionnaires, les plus engagés socialement, au sein des militances de gauche, y compris dans les mouvements d’Éducation nouvelle. Mais rien n’est définitivement acquis : l’histoire révèle qu’à plusieurs reprises le féminisme a porté en des termes radicaux des combats qui, cependant, ont continué à être minorés dans la société.

Alors quel rôle pour la philosophie ? Tout au long de ce stage nous avons souhaité montrer en quoi penser les rapports de sexe et de genre suppose une maîtrise conceptuelle. Afin de donner des repères solides aux élèves, d’éviter des malentendus ou les séductions de théories mal assimilées il nous faut les mettre au travail sur les notions d’égalité, d’identité, de similitude, de pouvoir, de désir mais aussi sur des textes scientifiques, littéraires, historiques et philosophiques.

Le champ est immense ; les philosophes l’ont peu défriché et la plupart d’entre eux ont pratiqué le déni ; le discours philosophique leur a semblé au-des-sus ou au-delà des querelles de genre. Il n’en est rien pourtant et le trouble s’est installé dans notre discipline, porté par des voix s’élevant de la société civile et nous invitant à modifier nos pratiques : nous sommes de plus en plus nombreuses.eux à user d’une langue épicène, à ne plus utiliser sans sourciller le concept d’homme, à faire lire certaines autrices ainsi que des textes critiquant l’asservissement des femmes…

Et puis les élèves sont là dans leur diversité, curieuses.x, informé.e-s ou rempli.e-s de préventions et de certitudes : quand certain.e-s revendiquent leur transsexualité ou participent avec enthousiasme à des initiatives antisexistes, d’autres refusent de parler du corps, ou déclarent tolérer les homosexuels malgré leur anormalité.

C’est alors que les enseignant.e-s de philosophie aux côtés de leurs col-lègues d’autres disciplines ont une responsabilité : éclairer, rassurer, dénouer les conflits intérieurs, donner quelques repères pour aider les élèves à se penser et se construire en trouvant une place dans une société qui bouscule les identités et les normes.

Ce numéro de Pratiques est presque totalement consacré à ces problématiques. Mais il présente aussi d’autres démarches et réflexions pédagogiques que nous soumettons à votre sagacité. Nous vous invitons à les découvrir, à les mettre en pratique à votre tour et à nous rejoindre dans nos joyeuses expérimentations. Car elles ne sont jamais figées dans le marbre.

Geneviève Guilpain (éditorial)

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Source: Questionsdeclasses.org