PR1M times

La Transmutation Républicaine

En Février 2021, le Président de la République est devenu le nouveau 1er-Ministre – et qu’on surnomme dès à présent le PR1M. Emmanuel Macron a effectué en même temps que cette transmutation un – petit mais bouleversant – remaniement ministériel qui a vu partir Édouard Philippe laissant sa première place à la toute première, celle du Président de la Ve République-bis advenue – la 5-Bis dit-on dorénavant dans les « milieux autorisés ».

Cette (r)évolution de palais matigno-élyséen semblait nécessaire en ces temps politiques et sociaux difficiles selon beaucoup d’experts et de commentateurs médiatiques et vient logiquement conclure le constat pragmatique du double-emploi d’une Présidence très impliquée et de Son Premier Ministre dont la plus-value – en temps d’extraction de valeur – se réduisait comme peau de chagrin au fur et à mesure que les crises sociales se succédaient. Il fallait bien entendu parler d’une seule voix dans ces situations exceptionnelles au risque de faire trembler jusqu’à la Ve République ce qui eut fait le jeu des nombreux contestataires (qui ne purent s’empêcher de dénoncer les circonstances particulièrement ambiguës de sa naissance). Les opposants politiques pointaient en effet presque systématiquement le fait que MM. Philippe et Macron réalisaient – de fait – le même travail de gouvernance, commentaient de conserve les événements et réactions, se soutenaient l’un l’autre, le Premier Ministre semblant suivre au pas la présidence sous pression populaire. Pour l’opposition, les deux personnages étatiques ne faisaient plus que partager ou échanger des « moments de communication » pour gérer au mieux les situations complexes du quinquennat.

Alors reprenant la critique au rebond et l’agenda médiatique en un tournemain, surprenant – comme à l’accoutumée calculée – le monde politique et médiatique, E. Macron prit la décision de mettre fin au gouvernement du Premier Ministre E. Philippe pour se nommer lui-même Premier Ministre, tout en conservant une grande partie des membres du gouvernement précédent.

Il s’agissait ici en urgence de concrétiser la pratique effective en sa forme optimale, un corps et deux fonctions permettant économies d’argent, de paroles et d’erreurs de communications – trop nombreuses selon la présidence, les clubs, les think-tanks et les faiseurs d’opinion – sans compter les petites divergences bien humaines qui pouvaient apparaître en situations tendues entre les deux figures de la gouvernance de cette république aux forts accents présidentialistes.

Ceci provoqua, on s’en souvient et restera probablement dans les annales de la Ve, un « coup » comme le fut sa naissance (un coup « de Massu » a-t-on pu entendre) et un moment de stupeur politique sans aucun doute.

Au point même que cet « arrangement constitutionnel » – comme le nommèrent d’aucuns – rendit la critique muette pour la plupart des figures et commentateurs politiques, pris de court qu’ils furent et ne sachant que répondre à ce « coup de force » tel que le qualifièrent certains extrémistes. Car ils qualifièrent en choeur et immédiatement cette décision d’ « anticonstitutionnelle », « née de l’hubris du pouvoir » d’un « Omni-Président » et allèrent jusqu’à comparer la situation au coup d’État de 1851 de Louis Napoléon Bonaparte. On moqua encore la « démocratie jupitérienne » d’un Emmanuel Macron en référence à la « démocratie césarienne » dont rêvait Napoléon III.

Mais comparaison n’est pas raison ! Et la Ve République conserve et respecte bien heureusement tous ses principes fondateurs, rassurons-nous.

Pourtant de nombreux constitutionnalistes (dont certains appartenaient au « Grand Mouvement Permanent » – qui, rappelons le, est devenu le nouveau nom de l’ancien parti « La République En Marche ») n’hésitèrent pas à poser la question de cette double responsabilité présidentielle-exécutive – qui devenait performativement un problème (« la poser est le poser » s’énerva le ministre Blanquer), à savoir la séparation des fonctions présidentielles (« arbitre des différents pouvoirs » séparés constitutionnellement) et celles de premier ministre (« déterminant et conduisant la politique de la nation »).

Fort opportunément, et bien aimablement par ailleurs, le Conseil Constitutionnel s’auto-saisit et tenta de mettre fin au faux débat en arguant assez simplement que, si les deux fonctions devaient bien être distinguées constitutionnellement, rien n’affirmait ou n’imposait dans les termes même de la Constitution de la Ve République que la même personne ne puisse incarner ces deux fonctions pourtant bien définies comme distinctes. Il suffira, conclurent les sages « Sages » que l’impétrant précise qui du Président ou du Premier Ministre – lorsque le corps physique du PR1M se présente publiquement – soit visuellement et/ou protocolairement distingué.

Ces propos laissèrent sceptiques de nombreux journalistes – certains peu enclins à entrer de plein pied dans la Ve-Bis : ils pensèrent qu’on leur ferait le reproche – journalistique ou juridique – de ne point signaler – ou simplement de ne pas reconnaître – les signes distinctifs ou les protocoles indiquant ici, la présence présidentielle et là, l’incarnation ministérielle.

« Quel méli-melo ! » osèrent les plus récalcitrants d’entre eux.

Afin de faire cesser la polémique naissante et fleurissante, le nouveau Président et nouveau 1er Ministre en même temps proposa rapidement une solution imparable : porter un costume de couleur différente selon ses apparitions publiques en fonction de la fonction exercée.

• de couleur bleu-marine lorsqu’il exercerait la fonction présidentielle, le bleu incarnant la Nation ; qui plus est, aux tons de son regard azur ajoutèrent les gazettes gazouillantes ; mais encore, selon l’historien des couleurs Michel Pastoureau, consulté à cette occasion incomparable, le bleu est la reine des couleurs des temps modernes (« et à chaque temps, sa couleur favorite » ajouta-t-il, on ne sait trop pourquoi) ;

• de couleur gris-anthracite lorsqu’il s’agirait de la fonction de Premier Ministre ; cette couleur symbolisant le sérieux et la rigueur du travail technocratique moderne et de la fonction de direction des hautes administrations.

Ainsi, au moment où il apparaîtra, la couleur du costume présidentialo-exécutif indiquera sans ambiguïté aucune la fonction exercée par le PR1M, Président et Premier Ministre à la fois — mais, et c’est important, pas sur l’instant puisque l’Un n’est évidemment pas le Second. Cette proposition satisfit entièrement les « Sages » qui acceptèrent enthousiastes (tout en étant rassurés de la prompte réponse avant que les esprits critiques ne s’échauffassent) : ils validèrent officiellement cette originale idée et émirent ainsi une déclaration de conformité. Le débat constitutionnel semblait ainsi clos. Durant une conférence de presse, les « Sages » ajoutèrent qu’aucune modification constitutionnelle n’était nécessaire pour conclure, après quelques questions anecdotiques que décidément cette Ve République était d’une stabilité à toute épreuve, à leur grand et heureux étonnement.

Le Grand Partenariat Social

L’ex-Premier Ministre E. Philippe, quant à lui, fut nommé immédiatement par le PR1M aux commandes d’une nouvelle institution d’importance primordiale dans cette nouvelle configuration des pouvoirs qui se dessinait cette année là. Un sociologue critique d’inspiration foucaldienne la nomma « nouvelle gouvernementalité bio-quantifiée » : il connut – heureusement momentanément un petit succès médiatique – car personne ne comprit ce qu’il entendait par là mais l’expression fit florès se moquant de l’évidente inutilité critique des sciences sociales.

Une grande institution s’occupant de la gestion des assurances sociales prit corps : le Grand Partenariat Social (GPS). Le GPS travaille désormais en toute indépendance du pouvoir présidentialo-exécutif (si l’on excepte pour E. Philippe sa propre nomination par le PR1M, exception qui ne saurait se reproduire dans le futur). Cette nouvelle organisation s’appuie essentiellement sur des hauts fonctionnaires d’État – économies de structure, urgence décisionnelle et intelligence des enjeux étatiques obligent – pour manager harmonieusement et en toute équité calculatoire avec le Ministère des Finances, les règles et dépenses publiques liées aux couvertures sociales du Chômage et de la Retraite par Répartition que la vertu nouvelle du Point devenu concept central et pivot des nouvelles règles de calcul rendait principiellement juste.

En 2019, le PR1M avait évoqué avec un certain humour et à la fois avec une grande profondeur que ces assurances sociales coûtaient un « pognon de dingue » à la communauté nationale – ce qui lui avait été reproché par les quelques radicaux habituels – mais ces propos rendaient (déjà !) bien compte de la triste réalité des coûts engagés et supportés par l’État : pour la seule couverture retraite, notre pays dépense près de 14 % de son PIB annuellement (soit près de 320 milliards d’euros distribués aux anciens, parbleu !). L’encore premier Minsitre Philippe défendit le jusqu’alors simple Président : « La responsabilité et l’urgence gouvernementale est de suivre les recommandations présidentielles et ainsi de faire en sorte que soient choisis des dispositifs de maîtrise – voire d’endiguement – de ces énormes dépenses insuffisamment contrôlées ». Le bon sens (de bon père de famille) imposait à la Nation de prendre en compte les évolutions à la hausse de ces coûts sociaux, hausses très probables selon les économistes de Bercy (car probabilisées par d’intensives et numériques projections) : le GPS était né.

La répartition mieux organisée, centralisée et orientée par le GPS doit, selon la nouvelle présidence-exécutive et le nouveau président-directeur du GPS et ex-premier-ministre, permettre une optimisation des ressources et éviter les dérives dues aux soubresauts économiques, aux évolutions du marché de l’emploi ou encore aux variations démographiques imprévues (ou bien plutôt mal prévues par les démographes probabilistes de l’INSEE) : l’enveloppe globale annuelle sera décrétée par le gouvernement chaque année pour la suivante – et ce, à partir de 2022 – sur proposition du GPS tandis que sa juste répartition mensuelle sera calculée par le même GPS en établissant savamment les valeurs des Points d’assurances Chômage et Retraites qui permettent la répartition des fonds collectés par les cotisations salariales et patronales, toutes deux diminuant par la grâce de la CSG.

Ces calculs de points ont été généralisés par les réformes précédentes 2019-2020 qui valurent de nombreuses manifestations et grèves de la part des syndicats non progressistes comme de divers corps de métier aux avantages ou privilèges souvent indus ou simplement datés comme l’ont montré de nombreuses enquêtes et reportages télévisuels : « Les trente-glorieuses semblent pour ces gens-là ne jamais avoir cessé ! » commenta l’incommensurable Christophe Barbier. Comme le fit E. Philippe alors Premier Ministre, « Le Point, c’est la Vie » voulant signifier par cette sortie que les points, qu’ils soient liés à l’assurance chômage ou celle de la retraite, reflétaient la « vie laborieuse » – au présent pour le point-chômage comme au passé pour le point-retraite – et qu’ainsi une forme de continuité indiscutablement juste – effet miroir du Soi Social que le point synthétise mathématiquement – régularisait et égalisait la vie même de chaque individu, acteur responsable de Soi sur le marché de l’emploi.

Ni le Président ni l’exécutif ne cédèrent aux exigences – souvent déraisonnables – entre abandon des réformes (!) pourtant universelles (!!) ou encore la re-création de multiples régimes spéciaux dans le cadre du nouveau régime à points (!!!) : un retour en arrière impossible pour « l’universalisme pour tous et chacun » souhaité par l’emmarchisme-en-avant. Les deux figures du pouvoir de la Ve montraient par ailleurs ici encore combien face au conservatisme de toute obédience, ils ne faisaient qu’un, tenaient ensemble et tiendraient coûtent que coûtent face aux grèves et aux manifestations. Et les deux personnages tinrent face au conservatisme qui semblait surgir de tout côtés par la force de la volonté (de réforme) et celle du maintien de l’ordre (très mobilisé). Seuls quelques syndicats réformistes accompagnèrent la fermeté gouvernementale jusqu’au bout et purent ainsi collaborer à la transformation nécessaire d’un pays arriéré. Ces résistances multiples poussèrent le Président à reprendre en main le gouvernement ce qui lui permit d’envoyer un message fort (et de force publique légitime et nombreuse) aux députés LREM qui semblaient faiblir ou douter du chemin (ainsi que du doux commerce) face à la violence se généralisant dans les rues malgré l’intransigeance toute républicaine du parfait Préfet de Police de Paris, Lallement ex-chevènementiste et donc de gauche, pourtant.

En récompense de leur fidélité au pouvoir bousculé, seules les forces de l’ordre légitimes, policières et militaires, purent au final conserver leurs régimes spéciaux de retraite, exception républicaine faisant règle universelle qui, à l’évidence partagée, récompensait le cadre difficile de travail incessant dans lequel les forces de police et de gendarmerie, pendant deux longues années, exercèrent leur dur office de répression générale du mécontentement inacceptable (dans ses termes et dans ses formes). On a beaucoup glosé sur la supposée faiblesse du pouvoir à céder trop rapidement aux menaces de retrait pourtant à peine suggérées des institutions policières : le Ministre de l’Intérieur Castaner et le Premier Ministre Philippe répondirent d’une même voix que ces métiers à risques républicains méritaient d’obtenir un « régime policier spécial » car faisant parti de la bonne gouvernance démocratique en temps troublés – et encore troubles.

Bien sûr, précisèrent-ils – car une partie de l’opinion (contestataire, toujours) se moqua malicieusement – que ce « régime policier » de retraite n’était évidemment pas un « régime policier d’État », bien au contraire ! Une précision qui rassura les « lremistes » de la base du parti – maintenant surnommés « permanentistes » : ces classes moyennes supérieures, qui formaient la base électorale « lremiste » de même que les néo-cadres du parti, restaient peu à l’aise avec les concepts politiques – bien trop abstraits – et ne comprenaient parfois pas non plus les décisions du père du « Grand Mouvement Permanent » (en qui ils avaient toute confiance) : la disparition annoncée, souhaitée et imposée discursivement des notions de gauche et droite semblait les avoir eux-aussi troublés.

Assistanathothérapie

Afin de rendre enfin responsable les bénéficiaires bien souvent passifs des aides d’État, des études furent à nouveau lancées pour évaluer les fraudes diverses aux assurances sociales en général, et en particulier à celles du chômage et de la retraite, « ADN » du GPS : le GPS – XXIe siècle oblige – devait utiliser des moyens dignes des temps nouveaux du PR1M. 

À partir des données collectées auprès des partenaires publics-privés – c’est à dire auprès des communes, villes et des collectivités territoriales, celles des services sociaux nationaux ainsi que celles des banques et des réseaux sociaux engagés dans cette dynamique gagnante-gagnante (l’accès aux données privées étant rémunéré en proportion négociée des réductions de prestations obtenues), il deviendra possible d’ajuster au mieux les versements d’allocations grâce à la mise en place de bonus / malus par la détection des besoins contre-vérifiés de chacun (niveau de vie réel tel que les consommations et usages divers l’indiquent), des avantages non déclarés (sources de revenus ou aides cachées de parentèles, réalité des possessions matérielles dissimulées, ressources communautaires mobilisées ou mobilisables) ou encore des mauvaises utilisations de ces ressources publiques (excès de boissons alcoolisées, mauvaises conduites routières ou sociales, sociabilités douteuses ou signalements de radicalité). Le croisement des données diverses fournissaient de nouvelles perspectives d’optimisation pour le GPS.

Toutes ces données et leur accès étant validés par la CNIL, elle fit un énorme travail de contrôle d’accès à cet océan de « datas » par un nombre très restreints d’agents assermentés. La France, rappela peu diplomatiquement mais avec raison la CNIL, n’est tout de même pas la République Populaire de Chine où l’État accède désormais à une myriade d’informations individuelles et peut ainsi « noter » ses citoyens et moduler leurs « droits citoyens » : « Il ne s’agit bien évidemment ici que d’identifier les profiteurs d’un système par trop généreux et non pas d’une surveillance ou notation généralisée » fit le responsable de Autorité administrative indépendante.

La décision du GPS est d’importance : la valeur des Points de Chômages et Retraites seront dès à présent évalués et fixés tous les mois – c’est le sens même du guidage financier par le GPS ! – puis soumis à divers malus (et parfois bonus) évalués par le croisement des données qu’ingèrent et digèrent les algorithmes nationaux en vue de la préservation des ressources publiques. Ces bonus / malus individualisés s’appliquent au versement des prestations d’État. Ils sont justifiés par courriels aux contribuables qui peuvent dès lors tenter d’adapter leurs pratiques, de modifier leurs fréquentations ou entourage, de devenir de rigoureux pédagogues avec leur parentèle, d’abandonner des communautés à risque et ainsi, comme tout un chacun, essayer d’optimiser leurs scores d’état : « une pédagogie économique en marche » fit remarquer notre PR1M, expression qu’il prononça en tant que président du GMP (puisque son costume n’était ni bleu ni gris mais bien marron foncé).

Des gardes fous ont été mis en œuvre afin de protéger la liberté totale des citoyens : ces algorithmies dites « GPS bonus-malus pour le bien de tous » alimentées par des données très privées (consommations, relations et interactions, déplacements) sont proposées et présentées par une Haute Commission multi-mixte (experts du numérique / hauts fonctionnaires / délégation parlementaire / neuro-cogniticiens) aux députés et votés par ceux-ci tous les 2 ans. Il reste fort heureusement de la responsabilité des élus nationaux en association avec la CNIL de valider l’utilisation de données aussi intimes voire intrusives : cette responsabilité va de pair avec celle du Bien Commun (soit la maîtrise de la dépense publique) et dépasse de beaucoup les individualités.

Pour les assurances sociales comme dans d’autres domaines, on le verra par la suite, la « verticalisation optimisée » – comme principe moteur du changement – devenait nécessaire et inspirante tout à la fois d’innovations bureaucratiques disruptives plongeant pleinement dans le « Big Data ».

Surtout, le constat macronien que l’horizontalité des corps intermédiaires créait autant de pré-carrés, de territoires confisqués par des clubs et gérés par autant de groupuscules structurés aux ambitions souvent peu généreuses menant à des défenses partiales d’intérêts bien compris ou d’irrationnelles exigences mal formulées (sans compter les effets du « porte-parolat » qu’analysa Pierre Bourdieu) venait confirmer la nécessité d’une reprise verticale et optimisée des remises en ordre économique (et institutionnelle) de l’État-Nation pour qui le Bien Commun est la seule gouverne. Le président-premier-exécutant insista alors sur la nécessité d’innover dans la gouvernementalité exécutive face aux cristallisations des résistances et oppositions les plus diverses.

Les gens du commun ne semblaient pas toujours comprendre les bienfaits futurs de ces réformes universalisantes-et-justes. La pédagogie gouvernementale pourtant intense et démultipliée médiatiquement n’avait hélas pas produit ses fruits citoyens : des « influenceurs » du net, des mouvements surgissant des profondeurs du web, des dynamiques virtuelles décidément peu lisibles prenaient une place incontournable dans l’univers réel et médiatiquement amplifié. Il fallait agir.

BREF, la réponse agile

Comme nous le verrons par la suite, il revenait donc au PR1M de trouver une solution innovante que les Nouveaux Processus Décisionnels Administratifs (NPDA) lui proposèrent assez rapidement : un nouveau ministère devrait prendre en charge le problème de la « Vie Bonne » en ce pays aux habitants si mécontents. Le PR1M prit de front la critique récurrente que lui faisaient nombre d’opposants lui reprochant de réduire la qualité de vie à quelques indices macro-économiques (pourtant bien utiles) : la « Vie Bonne » devenait une préoccupation ministérielle. On communiqua dès lors intensément sur le problème de l’information biaisée qui constituait d’évidence la source de ce décalage entre réalité des indicateurs (à l’image de la vie matérielle moyenne) et sentiment populaire (né de l’imaginaire du vulgum pecus).

Ainsi Emmanuel Macron, nouveau PR1M, décida publiquement – en costume bleu marine et donc présidentiel – de créer un nouveau ministère public : celui du Bien Re-vivre Ensemble en France (le BREF), lui même composé (par la suite, comme nous le verrons) de sous ministères dont celui des Sciences de la Bio-Pensée 11-11 (SBP-11-11), celui du Management Algorithmique des Nouveaux Indicateurs d’Opinions Contestataires (MANIOC), celui enfin de la Détection du Bon Goût et Donc de l’Humour (DBGDH).

Il nous faut ici retracer rapidement l’histoire récente et actuelle de ces trois sous-ministères du BREF qui furent créés selon la méthode dite « agile » née des pratiques d’ « organisation projet » novatrices dans le monde des « startup » permettant d’adapter – en « temps réel », en continu ou dès que possible – les pratiques, évolutions et décisions en les adaptant aux résultats obtenus relativement aux résultats attendus par différence (soit la mise en œuvre organisationnelle d’un « feed-back » récurrent d’expérimentations en retour ou quelque chose de la sorte) : le premier sous-ministère SBP-11-11 fut créé, amenant à la création du second MANIOC, puis enfin du troisième le DGBDH.

Bousculant les habitudes souvent conservatrices – si ancrées dans nos institutions âgées, la création de nouveaux ministères – de manière dynamique et en réponses aux problèmes rencontrés au fur et à mesure que des défis se posent – montra au public la capacité d’adaptation innovante de la nouvelle présidence-exécutive et ainsi son bien fondé.

Dès septembre 2020, un premier rapport d’expertise – le RPP (Recherche de Performance de la Pensée) – porté par le Ministère de l’Éducation Nationale et les équipes du ministre Blanquer montrent des conclusions étonnantes qui surprirent jusqu’au PR1M !

L’envoi en l’air : du stratosphérisme

Les conclusions définitives du rapport RPP affirment sans ambiguïtés que les débats et prises de décisions consécutives sont bien plus performants – et rationnellement mieux établis – dans des conditions de travail, de débat et de prise de décision très spécifiques : lorsque les débatteurs et décideurs sont placés dans l’environnement de la stratosphère terrestre, les conditions décisionnelles-rationnelles sont maximisées ! Dans le cadre du RPP, de nombreux tests ont été réalisés pour l’enquête dirigée sous l’Égide Éminente de Stanislas Deheane et ont été comparés, analysés et mesurés différents processus décisionnels, dans des conditions variées, le tout sur divers sous secrétariats – dont en particulier celui de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (qui freinèrent des quatre fers, se souvient-on).

La conclusion fut aussi inattendue que l’expérimentation en elle-même (qui paraissait saugrenue au moment même du lancement des expérimentations et dont on ne sait trop qui en eut l’idée première : c’est aussi ça le « macronisme agile », cette formidable capacité d’écoute innovante) : les décisions organisationnelles prises en vol stratosphérique obtenaient presque systématiquement les meilleurs scores d’évaluation post-consensus, évaluations complexes dont l’ensemble des mesures mettait en œuvre un nombre considérable d’indicateurs très sérieusement pensés.

Ces résultats surprenant eurent lieu dans des conditions de température et de pressions différentes – bien évidemment en stratosphère : « Ceci explique peut-être cela » fut la seule explication de Son Autorité S. Dehaene (qui doute rarement pourtant selon ses biographes). De toute façon et sans aucun doute, les résultats ne souffraient aucune mésinterprétation des mesures réalisées. Les nouveaux processus décisionnels administratifs (NPDA) étaient nés.

Le sous-ministère des Sciences de la Bio-Pensée 11-11 fut le premier né des sous-ministères, en décembre 2020, comme faisant initialement partie du Ministère de l’Éducation Nationale (puis rattaché au BREF) : il s’appuie sur d’éminents experts de la neuro-cognition – incluant évidemment l’Immense Stanislas Dehaene. Y participent onze hauts fonctionnaires et onze experts dans les domaines des sciences neuro-cognitives qui travaillent à optimiser les processus décisionnels qu’ils concernent la haute fonction publique comme les cabinets ministériels ; ils produisent aussi des études plus générales sur les processus cognitifs interactionnels en jeu dans les réunions décisionnelles d’importance globale.

Le nombre 11 semble une des « clefs » du succès du SBP-11-11 pour Stanislas D. qui a longuement écrit sur le rapport de naturalité entre les chiffres et la nature ou, en d’autres termes réducteurs, pensant la nature mathématique du monde, ou inversement, à la mathématique naturelle de l’esprit : une pensée inspirante pour les macroniens – bien que le nombre « 11 » en soit demeure un mystère dehaenien, encore non révélé ; mais le mystère entretient l’envie de connaître, et Stanislas fait œuvre de pédagogie politico-scientifique, nécessaire en temps d’irrationalités calculatoires.

Le pragmatisme macronien (« Sisyphe, c’est moi » lança-t-il en plein monologue télévisuel dominical avec un air contri) s’est mobilisé à nouveau sans faillir : l’ensemble du gouvernement fut convoqué à gouverner – littéralement – en vol. AirBus affréta une flotte d’avions – 33 AirBus A320 exactement – aménagés spécialement pour permettre une permanence stratosphérique H24/7 de l’ensemble du gouvernement et des ministères (un par avion) et de quelques hauts fonctionnaires (volontaires et sur-primés, répartis dans les avions-ministères) ; ces derniers étaient souvent des ex-ministres ou d’anciens chefs de cabinets, ce qui devrait autoriser une meilleure communication, une expertise hors normes à portée d’ailes, et travaillant H24 (« ce qui est la moindre des choses en macronie » entendait-on dans les couloirs des A320 où vapotaient les élites républicaines en vol).

Les coûts prévus de ces vols permanents – avec alimentation en vol – furent encore une fois et inévitablement l’occasion de nouvelles basses critiques mais le PR1M s’imposa : « Il faut aller de l’avant et en l’occurrence, en l’air ». Sur ce, le PR1M montra l’exemple et s’envola accompagné de la Première et Seconde Dame à la fois – enjouée – pour une première semaine entière entièrement en stratosphère, dans l’A320 présidentiel spécialement aménagé et les 32 autres appareils-ministères suiveurs.

Après quelques semaines de survol permanent au dessus du territoire national, les ministres, membres des cabinets, secrétariats, hauts fonctionnaires travaillèrent d’arrache-pied (« c’est la moindre des choses en macronie » répétèrent quelques résignés). Toute la France put voir la flotte survoler l’ensemble des régions ce qui montrait au peuple de France l’omniprésence visible dans le ciel et le don de soi (une vie privée inexistante, un « permanentisme » profond) à la nation de l’ensemble des élites stratosphérisées. De manière humoristique, les « stratos » – ainsi s’auto-désignèrent les élites en vol, qualifièrent alors leurs collègues restés au sol, les « terriens ». Puis, les « terriens » sont rapidement devenus le terme qualifiant tous les concitoyens – et autres habitants moins légitimes du territoire national qui les regardaient depuis le sol. Ainsi trouve-t-on parfois des coquilles dans les retranscriptions de débats NPDA (car tout tend à la transparence en macronie) où apparaissent encore le terme « terriens » pour désigner les citoyens.

Les nouvelles décisions stratosphériques survinrent rapidement après une seule semaine en l’air – confirmant s’il le fallait, la validité des conclusions du RPP et des théories appliquées du SBP-11-11 et ainsi les NPDA : la première conclusion fut qu’il était nécessaire – et urgent – de mieux re-vivre ensemble après toutes les tensions sociales accumulées. Même s’il apparut que les « stratos » ne comprirent vraiment pourquoi ces tensions sociales naquirent (confirmant le constat fait par beaucoup d’observateurs que si les « stratos » comprenaient mieux le monde tel qu’il va de soi, ils ne comprenaient pas vraiment les gens tels qu’ils vivent là), ni même pourquoi ces tensions persistèrent : questions que le stratosphérisme – ainsi appelle-t-on désormais cette nouvelle gouvernementalité aéroportée – n’a su ni pu percer jusqu’à maintenant.

Le PR1M créa – aussitôt proposé – le nouveau ministère BREF : Bien Re-vivre Ensemble en France.

Deuxième conclusion ultra-rapide en vol, c’est à dire dès la deuxième semaine stratosphérique, les décisions portèrent sur la prise en compte des « informations circulantes » diffuses et diffusées de manière virale : tout en respectant la liberté d’expression (évidemment totale sauf législation particulière) et de manifester (si les manifestations sont déclarées et autorisées, uniquement), il devenait nécessaire – mais encore évident – dans les conclusions « stratos » de veiller à ce que des fausses-bonnes ou mauvaises nouvelles (disturbo-bifurcantes ou « attracteurs étranges » en langage Dehaenien), des expressions utilisées qui signalent plus ou moins faiblement une forme probable de radicalisation des auteurs (en tout domaine) mais encore des mauvaises blagues (« fake-jokes » en langage Blanquérien, toujours si « terrien » aux yeux des « stratos ») ne se diffusent point de trop sur les désormais inévitables et difficilement contrôlables réseaux sociaux. L’intention des « stratos » est bien de préserver les principes démocratiques en prévenant leur contournement par des pratiques anti-démocratiques comme la diffusion numérique d’informations douteuses.

Ces diffusions incontrôlées – et pour le moment incontrôlables – peuvent déborder et parfois contredire les « informations publiques », vérités qu’il est dangereux de remettre en cause et qui sont aussi le plus souvent – preuve s’il en était de leur validité – celles que le journalisme de référence s’accorde à publier : « La vérité se construit et, en toute logique, ainsi peut être déconstruite d’où les situations ingouvernables constatées » affirmèrent un collectif de « stratos » en défense de leur action.

Il ne s’agissait pas bien sûr de censure (ce que d’aucun dénonça) mais de mesures analytiques objectives des flux d’expressions dans l’espace public. « Liberté d’expression ne veut pas dire liberté de mentir » lança le PR1M au cours d’un entretien au journal de 20h du Nouveau Canal Information-Publique (NCIP) du groupe FranceTélévision.

Ici encore, des débats eurent lieu non pas sur le but (car tout un chacun est convaincu de la juste lutte contre la désinformation non institutionnelle) mais sur la qualification des espaces de communication : les experts rechignèrent à qualifier les réseaux sociaux – oligopoles d’entreprises privées – d’« espaces publics » mais ils finirent par abandonner la notion même de « public » pour celle bien plus adéquate d’ « informations circulantes » réservant la notion d’espace public à celle, bien matérielle d’espaces physiques « ouverts aux publics » – à certains publics comme les passants et les touristes mais non aux « gisants » (SDF, mendiants, migrants, chômeurs) et autres « sur-placeurs » tels les NuitDeboutArds (la nuit, souvent) qui occupent, plutôt qu’ils n’utilisent, l’espace public. Les espaces publics matériels restant ouverts bien généreusement aux commerciales privatisations « VIP » des places et bâtiments municipaux avec l’accord et l’encouragement des mairies métropolitaines pour le bien des habitants et pour l’image publique et internationale de la ville (ainsi que ses finances et au demeurant de la célébrité des figures municipales).

Le gouvernement avait pourtant déjà pris, dans le cours passé macronien, quelques mesures pour mieux encadrer, autant que faire se peut politiquement, le « débat public » : cette expression qui fut (encore !) un thème de débat en lui-même au cours des consultations expertes (le stratosphèrisme engendre nombre de controverses mais permet leur résolution aussi rapidement qu’elles apparaissent). Anecdotiquement, le philosophe Habermas (le pape du « dialogisme de la morale ») mourut le jour même où le PR1M affirmait « Le débat consensuel d’une part et la réforme d’autre part sont l’essence même de la vie démocratique : le premier s’organise, la seconde s’impose naturellement » comme un signe d’adoubement.

L’intention à l’époque avait été d’éviter la diffusion volontaire ou involontaire d’informations non acceptables par le bon sens commun dans le domaine de la communication publique, gouvernementale ou médiatique – les chaînes privées restant sous la drastique surveillance du CSA : le gouvernement Macron-Philippe avait prôné puis mis en œuvre la « verticalisation optimisée » de la télévision publique – une présidence unique et une responsabilité unique avec la concentration de France-Télévision, de même que la « verticalisation optimisée » de la radio publique avec Radio-France selon la même stratégie et organisation. Les nominations par le CSA de professionnels profondément adaptés aux enjeux post-modernes de l’information publique et ainsi du bon sens – choix qui seront confortés et confirmés ensuite par l’ARCOM (fusion du CSA et d’HADOPI, appliquant la loi relative à la communication audiovisuelle et à la souveraineté culturelle à l’ère numérique) : la présidence de France-Télévision revint à Delphine Ernotte qui fit carrière à FranceTelecom/Orange de l’humble analyse financière à la direction générale tandis que celle de Radio-France revint à Sibyle Veil, Énarque passée au Conseil d’État pour filer à l’AP-HP puis le CNAM puis Radio-France où le départ de M. Gallet offrit une belle place, confirmée par l’incorruptible CSA.

Ainsi la nouvelle configuration présageait une bonne collaboration générale sous la houlette vigilante des nouvelles administratrices des médias publics avec lesquelles le PR1M (et simple Président à l’époque) entretenaient de bonnes relations par ailleurs et partageaient le même soucis de l’impérieuse indépendance et la nécessaire vérité de l’information publique.

Les réseaux sociaux restaient hélas encore en dehors de toute souveraineté culturelle et communicationnelle à l’ère numérique : la réponse « agile » fut la création du sous ministère MANIOC (Management Algorithmique des Nouveaux Indicateurs d’Opinions Contestataires) comme une logique réponse gouvernementale adaptative.

Il s’agit là d’équipes de mathématiciens algorithmiciens qui planchent H24 (« c’est la moindre des choses en macronie » sifflotaient-on dans le 34e avion du MANIOC) sur des algorithmies en partenariat-public-privé (PPP avec les GAFAS principalement) et dont la mission réside dans la détection automatisée et optimisée des Opinions Contestataires Radicalisantes (OCR) pour les évaluer par un indicateur OCR prenant valeur dans une échelle de 0 à 5 – 0 étant sans danger aucun, 3 valant signalisation faible, 5 signant des propos très très très probablement radicaux.

Mais le stratosphérisme ne s’arrêtant pas au constat (ce qui est la moindre des choses en macronie, qui ne s’arrête au constat mais embrasse la réalité à modifier), il poussèrent l’idée d’endiguement jusqu’à automatiser la production de « likes » (« ok » en néolangue macronne) et surtout de « dyslikes » (« bof » en néolangue macronne).

NB : les journalistes que nous sommes doivent suivre les catégories innovantes et parfois déroutantes des communiquants du PR1M (qui vivent dans l’avion présidentiel-exécutif avec le couple multi-présidentiel, République et GMP), nous réutilisons ainsi ici leurs expressions sous la qualité de « néolangue macronne », devenue usuelle car récurrente chez les « stratos » (on ne sait s’il s’agit d’une qualification humoristique ou sérieuse) : la disruption est si générale qu’elle est difficile à suivre parfois, nous nous excusons auprès de nos lecteurs (et du PR1M) si jamais nous utilisons une expression inadéquate.

Nous ne pouvons ici dessiner qu’à gros traits le processus qui fit naître le troisième sous-ministère, le DGBDH (et remplit le 34e A320). Les sources stratosphériques anonymes de notre enquête nous ont permis d’établir les faits qui suivent par le croisement des informations collectées auprès des « stratos » revenus sur terre, souvent épuisés mais toujours convaincus d’agir pour le bien commun de chacun indiquant que le « grand permanentisme » semble être une vocation.

La stratégie première visée semblait simple sur le principe : « bof »-iser le plus possible les opinions notées entre 3 (signalement faible) et 5 (signalement confirmé). La règle de 3to5 ayant été validée par le Haut Comité à la Transparence des Algorithmes administrant la Vie Publique (HCTAVP), nouveau né des organismes assurant l’indépendance totale d’expertises sur les Algorithmes Intelligents d’État (AIT) et participant donc à leur contrôle et aux nombreux ajustements paramétriques – dont les conséquences sont parfois imprévisibles et importantes nous confièrent quelques membres du HCTAVP au moment de son lancement.

Las ! On s’aperçut que la « bof »-isation créait des effets de bords – dits « collatéraux à risque » : le fait même de cette soudaine poussée de « bof » faisait sortir des rangs classificatoires automatisés les propos mêmes dont on voulait réduire et contrôler la dissémination numérique. Il fallut adapter et ré-adapter les algorithmes basés sur de complexes réseaux de neurones multicouches et stratifiés, reliés entre eux par « diverses fonctions mathématiques de filtrages, de normalisations vectorielles, de sélection adaptatives » autant de paramètres que le HCTVAP nous affirma surveiller (et dont nous ne connaissons les arcanes).

Le HCTVAP s’en est plaint d’ailleurs, il constata qu’il ne pouvait plus suivre les évolutions paramétriques quotidiennes (« c’est la moindre des choses en macronie » se plaignait les membres fatigués du Haut Comité), les analyser et surtout les valider, tout en vérifiant leurs bornes algo-« maxmin » acceptables lorsqu’elles étaient encore interprétables aux experts de vigilance : le Haut Comité émit de nombreux « warnings-agiles » qui ne purent, dans la dynamique accélérant les actions et rétro-actions, être pris en compte par les algorithmiciens stakhanovistes du MANIOC. Le HCTVAP délégua alors sa fonction d’analyse au MANIOC même pour ne garder que celle de la validation ce qui soulagea sa tâche mais mena à la fin du HCTVAP car il fut ensuite et très pragmatiquement intégré au MANIOC).

On en vint – toujours selon nos sources « stratos » désirant (étonamment) rester anonymes – à produire des contre-algorithmes « ok » (à « ok »-iser par facilité de langage) pour contre-balancer les effets de l’algorithme initial « bof »-isant. Puis, de rééquilibrages en rééquilibrages, on en vint à la création d’agents algorithmiques plus ou moins « endormis » (ok-isant ou bof-isant) c’est à dire s’éveillant et agissant sur la base de situations-types rares mais pré-identifiées et formant des « patterns d’alerte de réponse digitale immédiate » (PARDI).

Ils reposaient sur des algorithmes aux stratégies particulières intervenant de manière automatique qui se démultiplièrent pour chaque erreur constatée lors de tests de catégorisation ou d’autres besoins identifiés de catégorisation complémentaire : ils finirent par être oubliés du fait de leur nombre même, mais aussi de leur capacité à se fondre dans ce qui était devenu un système très complexe de réseaux neuronaux bofisant, okisant, contre-bofisant, controkisant ou encore PARDI, soit un meta-réseau-neuronal surnommé en interne (et en avion) le « meta MANIOC ».

Tout ceci survint dans cette course de l’adaptation à la production de résultats attendus en quelques semaines (l’urgence l’exigeait). Les résultats de classification et de notation se basait – ainsi fonctionne tous les algorithmes d’Intelligence Artificielle Probabilistes Catégorisants sur des bases d’exemples – appelées bases d’apprentissage.

Dans le cadre du MANIOC, on avait saisi ou recueilli des milliers de cas ou modèles de « Propos Caractéristiques à Caractères Contestataires » (PCCC) formant cette base d’apprentissage : l’adaptation de l’entier système de détection consistait tout bonnement à obtenir de bons résultats à partir de celle-ci. Elle fut collectée et composée avec soin par de nombreux collaborateurs du renseignement général intérieur comme extérieur mais encore de l’ensemble des corps composant les forces de l’ordre, bien placés naturellement pour nourrir cette base de données d’expressions qu’ils purent entendre au long des nombreuses manifestations anti-gouvernementales.

L’importance des PCCC était capitale comme nous le soulignâmes : sa qualité et sa quantité, sa généralité même en même temps que ses spécificités (niches contestataires), l’ampleur de sa couverture enfin (en terme des divers domaines de contestation) permettrait alors une bonne détection avec un taux d’erreur minimisé (inférieur à 3%) et en conséquence une optimale précision de la prédiction probabiliste.

Mais la complexité du « meta-MANIOC » obtenu au bout de quelques semaines d’itérations compulsives fut tel que, d’après nos sources, plus aucun « strato » ou « terrien » ne comprit vraiment comment ce hyper-système neuronal – liés les uns aux autres par de plus en plus nombreuses règles d’activation, « PARDI’s effect » avouèrent les « stratos » – fonctionnait ou dysfonctionnait. Certains traders – quant-traders – firent d’ailleurs le parallèle avec les micro-programmes qui s’activaient en trading à haute fréquence ou trading automatique qui généra les mêmes situations et quelques catastrophes boursières dues à un « computer-trading-glitch ».

Le MANIOC semblait hélas perdre pied malgré les efforts stratosphériques. Et le HCTVAP avait déjà baissé les bras (… et était déjà condamné par le PR1M). Le SBP-11-11 s’était-il trompé ? « Non ! », répondit Son Éminence S. Dehaene : il s’agissait d’un problème de méthodologie « agile » qui ne remettait pas en cause les résultats des NDPA, le stratosphérisme restait l’unique voie, le bon sens naturel des prédictions devrait apparaître par itérations continues et successives dans le méta-système MANIOC.

Mais les « stratos » ne furent convaincu par la haute conviction de Stanislas (« Stanislassant » reprit une de nos sources) et planchèrent sur une alternative sans Son Autorité.

Alors fut créé le sous-ministère DGBDH – Détection du Bon Goût et Donc de l’Humour – pour venir en aide au MANIOC et dont les membres volaient dans le même AirBus pour favoriser les interactions – au risque que les missions se confondent : des experts bien humains viendraient alors en aide aux algorithmiciens et nombreux paramétreurs pour évaluer / dévaluer les résultats et si possible dénouer les pièges liés aux PARDI (« de la mesure, de la mesure » entendait-on chantonner dans les A320 du BREF). Il fallait aider à la grande convergence résumée à l’obtention d’un taux erreur maximal de 3% (ce qui paraît une bonne décision et un bon chiffre).

Travaillant d’arrache-pied (et « H24 comme c’est la moindre des choses en macronie » stratossisaient-ils), ils optèrent pour une classification extrêmement simplifiée que des opérateurs humains pourrait choisir au cas par cas par le bons sens commun d’une communauté de « stratos » et de certains « terriens » sélectionnés pour leur enthousiasme et leur conformité aux principes du « Grand Mouvement Permanent ». Ces cas à classer par des humains ne pouvaient être présentés qu’en cas d’indécision automatisée du « meta-MANIOC » et dont la détection fut programmée par de nouveaux algorithmes analysant les circonvolutions anti-décisionnelles dormantes.

Les trois catégories furent choisies sous forme de cases à cocher :

[ ] de bon goût et donc avec humour

[ ] de mauvais goût et donc sans humour

[ ] Attentatoire au Régime Glorieux (ARG)

Il restait bien souvent difficile de déterminer et décider ce qui relevait de l’attentatoire et ce qui tombait dans le mauvais goût (et donc sans humour aucun) : la première qualification entraînant une surveillance H24 de l’auteur de la probable insulte (« c’est la moindre des choses en macronie » pensaient très sérieusement les membres du DGBDH ce que nous confièrent un peu effrayés quelques « stratos » par l’aveuglement de leur engagement total à la tâche « permanentiste »).

Il fallut, au cours de cet enthousiasme classificatoire, freiner puis stopper la classification automatisée de la 3e catégorie (ARG) car les moyens de surveillance policière et les nombreuses procédures judiciaires nécessaires au suivi des procédures ne pouvaient suivre étant lancées automatiquement pour la grande cause de la détection contestataire : le budget bien qu’ayant augmenté sans trouver de résistance parlementaire – le grand parti avait su convaincre de l’urgence de ces actions les Députés comme les Sénateurs qui votèrent les budgets exceptionnels – avait fini par devenir trop important. Et rappelons que le GPS sous présidence Philippe fournit des moyens financiers complémentaires en réduisant la valeur des Points Chômage et Retraite contribuant ainsi à la sauvegarde de l’information publique purifiée.

Quatre propos furent autant de cas de figure centraux de discussions autour de la nécessité d’utiliser des humains : ils furent envoyés à l’autorité terrienne du DGBDH. Ces quatre propos avaient été catégorisés par le « méta-MANIOC » tout d’abord positivement comme soutien gouvernemental puis comme provocation probable anti-gouvernementale puis comme blagues de mauvais goût ; ces aller-retour dans les classifications automatiques levèrent logiquement des alertes des algorithmes de surveillance des résultats des algorithmes classificateurs et prirent la décision de renvoyer cette classification vers les « stratos » qui, travaillant H24 (« c’est la moindre des choses en macronie ») ne voulurent se prendre la tête (très remplie, comme c’est la moindre des choses en macronie) et « renvoyèrent aux terriens » le « boulot de con » (blague typiquement « stratos » nous confia un « stratos »).

En l’occurrence donc, des « terriens » sélectionnés par le DGBDH furent mis à contribution : une unité d’élite résidait dans une petite bourgade proche de Montpellier, Montferrier-sur-lez, elle avait fait montre d’une collaboration sans faille dans plusieurs délégations de tâches de renseignement au moment de la collecte des PCCC, son bon sens semblait sans faille aux yeux du DGBDH.

Voici les quatre propos à classifier par ces experts du Grand Mouvement Permanent qu’ils soient « blagues de mauvais goût » ou « provocation » ou « soutien gouvernemental » que l’élite terrienne devait analyser :

« un « rien » quand il perd un oeil, que se passe-t-il ? rien ! « 

« un sans-dent se fait défoncer la gueule à coup de LBD, qu’arrive-t-il ? il n’en perd pas une ! »

« un gilet-jaune a perdu son pied avec une grenade explosive, que devient-il ? il rentre à cloche-merle à cloche-pied ! »

« un réfractaire a perdu sa main en prenant une grenade explosive pour une grenade lacrymo, de quoi se plaint-il ? il peut encore rentrer en stop ! »


Article publié le 12 Jan 2020 sur Lundi.am