Quelques nouvelles de la ZAD de Brétignolles-sur-Mer en Vendée où des habitants s’opposent à la construction d’un port de plaisance…




Des gravas…




Beaucoup de gravas, à quelques centaines de mètres de la ZAD de la Dune. Vieille de bientôt 4 mois, cette dernière se dresse contre un projet de port – dont l’absurdité n’est plus à démontrer [1]– à Bretignolles-sur-Mer entre Les Sables d’Olonnes et Saint-Gilles-Croix-de-Vie sur la côte Atlantique.

Après la construction de nombreuses cabanes et l’investissement de lieux en durs jouxtant le terrain, c’est une ancienne colonie de vacance qui fût occupée le 31 décembre dernier dans la perspective du week-end interzad du 11 et 12 janvier. Cinq énormes bâtiments, une centaine de matelas, un ancien terrain de foot sur place… Cet endroit abandonné depuis 15 ans, au potentiel de vie et de création énorme, soigneusement aménagé dans les 10 jours suivant le week-end en question par ses nouvelles et nouveaux occupantes et occupants, laissait voir des perspectives aussi diverses que prometteuses : soutien logistique pour le reste de la zad, relais entre les différentes cabanes, organisation d’ateliers pour les enfants, activités en lien avec les associations locales, accueil de personnes à la rue ou de réfugié.e.s, etc.

Ces idées étaient germes, pousses cherchant la lumière.

Elle feront leurs chemins entre gravas et poussières.

Le mardi 21 janvier, les lieux ne furent pas murés, vidés de leurs aménagements ou sécurisés pour être plus tard réutilisés, mais détruits à coup de pelleteuse tandis qu’une centaine de GM (gendarmes mobiles) empêchait l’accès à la zone.

On comprendra l’intérêt de ce zèle destructeur le lendemain, en apprenant que le terrain a pour vocation d’être vendu à des promoteurs immobiliers censés en faire des lotissements dont on imagine l’intérêt économique une fois le port construit.

L’ambiance, donc, se tend. La possibilité d’une évacuation globale est dans l’esprit de toutes et tous. Des appels à soutiens sont lancés pour le mercredi matin. A 5h30, les barricades, herses et armlocks sont prêts, les soutiens arrivé.e.s et les GM sur le qui vive. Des négociations éviteront l’évacuation, les barricades sont enlevées par la gendarmerie… et remises aux zadistes ! En bonus, la mairie prend en charge les poubelles du camps, alors pleines. Dans l’après midi, les quelques cars retournent en Bretagne depuis laquelle ils avaient été mobilisés. Cependant la tension reste palpable, le risque d’évacuation toujours présent, et des soutiens supplémentaires nécessaires sur place pour défendre le lieu.

Pourquoi ne cherchèrent-ils pas à faire d’une pierre deux coups ? La question reste ouverte : frilosité du préfet, mauvais contexte politique, alignement des astres défavorables… Une choses est sûre, l’arrivée massive de personnes déterminées à protéger la ZAD n’aurait pas rendu l’intervention facile, et cela a joué.

Que retenir de ce bilan en demi-teinte, si ce n’est que quelques dizaines de personnes peuvent faire la différence ? Si ce n’est que tout ce que l’on construira que l’on ne saura défendre sera détruit par leur course à l’extermination de ce qui dépasse, de tout ce qui ne répond pas à leur voracité économique ; en fait, le vivant dans son ensemble. L’avènement de leur monde, déjà largement acté, ne passe et ne peut passer que par ça : appropriation, uniformisation et optimisation suivant la volonté de croissance toujours croissante d’une minorité toujours plus minoritaires, toujours plus puissante et toujours plus destructrice de tout ce qui n’est pas elle. Finalement, le slogan « nik tout et brûle le reste » leur va mieux qu’à nous.

Dans cette dynamique, en marche toujours plus fort, toujours plus grand, Macron et plusieurs ministres se réunissaient avec 200 PDG de multinationales le samedi 18 janvier pour leur vendre 12 méga-sites déjà prévus pour 12 méga-projets. 12 méga-temples du capitalisme, 12 méga-destructions de zones en partie agricoles et majoritairement à proximité d’endroits protégés. 12 mini-apocalypses.

S’ils ne savent que détruire et que seul.e.s nous pouvons créer, alors créons. Faisons émerger autant de ZAD que de projets inutiles. Soyons partout où le simple fait de vivre et d’habiter hors et contre les normes qu’on nous impose constitue une lutte pour d’autres possibles. Multiplions les lieux libérés, soyons lié.e.s, organisé.e.s et déterminé.e.s pour rendre réel ce que l’on veut voir émerger des cendres de leurs destructions.

ZAD partout.



Article publié le 27 Jan 2020 sur Lundi.am