DĂ©cembre 26, 2021
Par Organisation Communiste Libertaire (OCL)
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Pouvoir d’achat ?

Ces derniers temps, la hausse du prix de l’énergie (Ă©lectricitĂ©, gaz, essence) a fait la une de l’actualitĂ©. Effectivement, pour beaucoup, il faut se serrer la ceinture pour se chauffer convenablement et faire le plein pour aller au boulot. Mais la suite des commentaires marque une certaine confusion. La question posĂ©e Ă©tait que va faire Macron, diminuer le prix de l’essence ou augmenter les salaires. Euh
 Certes l’essence est fortement taxĂ©e, mais les stations essence sont des entreprises privĂ©es de mĂȘme que les compagnies pĂ©troliĂšres. En quoi le montant des taxes est-il plus scandaleux que les bĂ©nĂ©fices de Total (4,6 milliards de dollars), Shell (3,4 milliards de dollars) ou BP (3,1 milliards de dollars) ? C’est eux qui fixent le prix de l’essence, pas Macron. Pour ce qui est des salaires, Macron n’a que deux possibilitĂ©s. Un, augmenter les fonctionnaires. Il semblerait bien qu’il ne le veuille pas, pas plus que ses prĂ©dĂ©cesseurs. Deux, augmenter le SMIC. Il ne l’a augmentĂ© que du minimum lĂ©gal (proportionnel Ă  l’indice d’inflation officiel), comme ses prĂ©dĂ©cesseurs d’ailleurs. La majoritĂ© des salariĂ©s relĂšvent du privĂ©, et leur salaire du rapport de forces entre les classes. Et ça fait un petit moment qu’il n’est pas bon pour nous, le rapport de forces. Donc oui, le prix de l’énergie augmente, mais non, lĂ  n’est pas le problĂšme, le problĂšme c’est la faiblesse de nos salaires.

En fait, si on regarde l’inflation, il n’y en a pas tellement. Le dernier taux annoncĂ© est une hausse gĂ©nĂ©rale des prix de 2,6% sur un an. C’est comme si quelqu’un qui gagnait 1500€ par mois perdait 39€ Ă  la fin de l’annĂ©e. On a connu bien bien pire dans les annĂ©es 70-80. Par contre, d’aprĂšs la DARES [1], le salaire moyen dans le privĂ© (entreprises de plus de 10 salariĂ©s) a augmentĂ©, lui, de seulement 1,5%. LĂ  rĂ©side dĂ©jĂ  une partie du problĂšme. Notre salaire rĂ©el a baissĂ©.

Une autre partie du problĂšme rĂ©side dans ce que les statisticiens appellent dĂ©penses contraintes ou dĂ©penses prĂ©-engagĂ©es. Nous avons « le choix Â» de nos dĂ©penses, nous pouvons manger plus ou moins, et plus ou moins mauvais, nous habiller cher ou bon marchĂ©, avoir beaucoup ou peu de vĂȘtements, sortir ou pas, en fonction de diffĂ©rents alĂ©as. Mais il est des dĂ©penses sur lesquelles nous ne pouvons pas grand-chose. Une fois qu’on a emmĂ©nagĂ©, on ne peut pas payer un peu moins de loyer pour sortir un peu plus, on a peu d’influence sur les charges de chauffage et d’électricitĂ©, une fois choisi son abonnement internet on ne peut pas le moduler, et on ne peut pas dĂ©penser plus ou moins d’essence pour aller au boulot. Ce sont les dĂ©penses contraintes. Elles amputent de plus de 35% le budget des populations modestes, non compris l’essence, le gaz et l’électricitĂ©. Donc, en fait, non seulement notre salaire rĂ©el baisse, mais pour beaucoup, nous ne disposons que de moins des deux tiers de ce salaire. Pour les 10% les plus pauvres, le logement Ă  lui tout seul leur mange 42% de leurs revenus. Et globalement (mais pas cette annĂ©e), le prix de ces dĂ©penses a augmentĂ© plus que la moyenne des prix. Donc, forcĂ©ment, avec un salaire qui ne suit pas exactement l’inflation, et une part de ce salaire croissante dont on ne voit pas la couleur, on devient plus sensible Ă  la hausse des prix des produits de notre quotidien. La masse de ce qui nous est prĂ©levĂ© augmente, et donc nous sommes plus sensibles Ă  ce que nous dĂ©pensons par nous-mĂȘmes.

Il faut ajouter que l’indice des prix est une moyenne basĂ©e sur un panier type de consommation dans lequel il y a du pain, des stylos, des frigos, des ordinateurs, des apĂ©ros, etc. le tout pondĂ©rĂ© par des quantitĂ©s (on achĂšte du pain tous les jours, et un frigo assez rarement). Et donc bien sĂ»r, quand le prix des billets d’avion baisse, ça diminue le taux d’inflation, mais ça laisse indiffĂ©rent la majoritĂ© de la population (30% des gens n’ont jamais pris l’avion de leur vie, et 34% l’ont pris au moins une fois dans l’annĂ©e). En fait, il devrait y avoir autant d’indices d’inflation que de types de population. Et c’est d’ailleurs le cas, mais ils sont difficiles Ă  trouver. D’aprĂšs la derniĂšre Ă©tude que j’ai lue, l’inflation est plus Ă©levĂ©e pour les 20% les plus modestes que pour l’ensemble de la population, et ce quasiment depuis l’entrĂ©e en vigueur de l’euro, qui a surtout impactĂ© les petits prix.

Si on rĂ©sume. Oui, la vie est de plus en plus chĂšre pour une bonne partie de la population, la moins riche. Non, on ne peut pas parler d’inflation. En revanche, on peut parler d’atonie des salaires. Et oui, quand la marge de manƓuvre de consommation se restreint, l’augmentation du prix de l’énergie aggrave les choses, d’autant qu’une part de cette dĂ©pense est incompressible, ou en tous les cas pas choisie.

Quelle est la responsabilitĂ© du gouvernement ? Dans l’inflation (et donc aussi dans son absence), aucune depuis l’entrĂ©e en vigueur de l’euro. Sur le prix de l’énergie ? Pas Ă©norme. Il n’est Ă©crit dans aucune loi que c’est l’automobiliste qui doit payer les taxes. Les compagnies pĂ©troliĂšres pourraient rogner sur leurs bĂ©nĂ©fices si elles voyaient que la consommation d’essence diminuait. Il y a bien une responsabilitĂ© de l’État, mais plus vaste : c’est celle de l’amĂ©nagement du territoire, de laisser libre cours Ă  la spĂ©culation immobiliĂšre, de ne pas trop forcer sur des transports en commun corrects et pas chers, ce qui nous oblige Ă  prendre la bagnole pour aller au boulot. Sur les salaires, l’État a un levier d’action qu’il n’a pas utilisĂ© depuis trĂšs trĂšs longtemps : donner un coup de pouce au SMIC, c’est-Ă -dire l’augmenter plus que l’obligation lĂ©gale. Ca concerne 8,5% des salariĂ©s, mais 20% des ouvriers non qualifiĂ©s et 27% des employĂ©s non qualifiĂ©s. Et quand le SMIC augmente, souvent, les autres salaires aussi. Beaucoup de conventions collectives font rĂ©fĂ©rence au SMIC, et surtout, les entreprises ont une passion pour la hiĂ©rarchie. Elles conservent donc souvent les diffĂ©rences de salaires. Je ne vous dis pas les cris d’orfraie que pousserait le patronat, et je n’imagine pas une seconde Macron prendre ce type de dĂ©cision. D’autant que s’il voulait vraiment augmenter le pouvoir d’achat, il pourrait dĂ©jĂ  augmenter les fonctionnaires (autres que les flics je veux dire).

Et les primes qu’il a annoncĂ©es ? Je suis incapable de vous faire le bilan. Je ne sais pas sur quoi se basent les chiffrages des journaux. Ce qui est donnĂ© par l’État peut ĂȘtre calculĂ©, mais Ă  condition de savoir quel pourcentage des bĂ©nĂ©ficiaires le touchera rĂ©ellement. Une partie des primes sont des effets d’annonce, parce que si elles ne sont pas inscrites dans la loi, les patrons ne sont pas obligĂ©s de les verser. Il s’agit en fait juste d’une version moderne du clientĂ©lisme en pĂ©riode Ă©lectorale. Il achĂšte des voix ou essaye. Ça n’est pas trĂšs neuf.

Il faudrait rappeler une derniĂšre chose. La destruction de la planĂšte, c’est pas des conneries. Macron ou pas Macron, le prix du pĂ©trole va augmenter au fur et Ă  mesure de l’épuisement des ressources, sauf si le gaz de schiste se gĂ©nĂ©ralise, ce qu’aucun de nous ne souhaite. Et il va falloir diminuer nos Ă©missions de gaz Ă  effet de serre. C’est possible avec une politique publique volontariste au bĂ©nĂ©fice de tous, en terme de logements et d’infrastructures. Mais on ne voit pas le plus petit indice d’une quelconque volontĂ© politique. Donc, ils feront la seule chose qu’ils savent faire, mettre des taxes pour dĂ©courager la consommation, et Ă©ventuellement en exempter les plus riches pour pas trop les embĂȘter. Rappelons que les 10% les plus riches sont responsables de la moitiĂ© des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre sur la planĂšte.




Source: Oclibertaire.lautre.net