DĂ©cembre 31, 2020
Par Organisation Communiste Libertaire (OCL)
374 visites


POURQUOI NOUS SOMMES

FEMINISTES REVOLUTIONNAIRES




A l’heure oĂč les « questions de genre Â» sont, notamment en France, un des thĂšmes favoris des Ă©lites politiques, universitaires et mĂ©diatiques, et oĂč les courants fĂ©ministes existants s’opposent sur divers sujets, il nous a paru important de prĂ©ciser nos propres positions sur le fĂ©minisme, en tant que militantes anarchistes-communistes.

‱ Nous luttons à la fois contre le patriarcat et contre le capitalisme

Le patriarcat est le systĂšme d’oppression qui assoit la domination des hommes sur les femmes dans tous les domaines de la sociĂ©tĂ© (Ă©conomique, politique, sexuel, intellectuel
). Cette oppression spĂ©cifique est transversale en ce qu’elle touche toutes les femmes de la sociĂ©tĂ©, quelle que soit leur appartenance de classe ; et elle est fonction de leur sexe biologique, ou plus exactement de leurs capacitĂ©s procrĂ©atives (effectives ou potentielles) que les tenants de l’ordre Ă©tabli veulent contrĂŽler. Les femmes sont en effet assignĂ©es Ă  la sphĂšre privĂ©e pour assurer la reproduction sociale sur le court et le long terme. Elles ont Ă  charge, dans leur grande majoritĂ©, l’élevage des enfants, la prĂ©paration de la nourriture, l’entretien du logement, etc., tandis que les hommes occupent la sphĂšre publique. Ces rĂŽles diffĂ©renciĂ©s sont imposĂ©s aux deux sexes par tout un conditionnement exercĂ© dĂšs la naissance – avec, concernant les femmes, l’injonction Ă  avoir des enfants. Aussi ne peuvent-elles Ă©chapper Ă  leur condition qu’en abolissant le rĂŽle attendu d’elles, appelĂ© en France « sexe social Â» par le Mouvement de libĂ©ration des femmes (MLF) dans les annĂ©es 1970 – mais rebaptisĂ© « genre Â» dans les annĂ©es 1980 sous l’influence des Ă©tudes culturelles produites par l’UniversitĂ© amĂ©ricaine.

Le capitalisme est le systĂšme d’exploitation Ă©conomique par lequel la bourgeoisie (classe dĂ©tentrice des moyens de production) exploite le prolĂ©tariat (ceux et celles qui ont juste leur force de travail Ă  vendre). Ce systĂšme est postĂ©rieur au patriarcat, mais il est liĂ© Ă  lui – en particulier parce que l’organisation patriarcale de la sociĂ©tĂ© sert les intĂ©rĂȘts des capitalistes en leur offrant une reproduction gratuite de la force de travail, du fait que les tĂąches domestiques ne sont pas rĂ©munĂ©rĂ©es.

De nos jours, les femmes font massivement partie du salariat, car l’économie capitaliste a sans cesse besoin d’accroĂźtre sa main-d’Ɠuvre pour augmenter les profits d’une minoritĂ©. Elles sont – globalement – plus diplĂŽmĂ©es que les hommes, mais moins payĂ©es qu’eux ; et ce sont elles qui, au bas de l’échelle sociale, occupent majoritairement les emplois les plus prĂ©caires et Ă  temps partiel. De plus, si la sphĂšre publique et l’encadrement des entreprises se fĂ©minisent peu Ă  peu, le rĂŽle attribuĂ© aux femmes dans la sphĂšre privĂ©e n’a guĂšre Ă©tĂ© modifiĂ© : la plupart d’entre elles sont ainsi confrontĂ©es Ă  une double journĂ©e de travail.

Pareil constat conduit nombre de fĂ©ministes aux idĂ©es libĂ©rales ou progressistes Ă  revendiquer une meilleure place dans les structures Ă©conomiques, politiques et sociales existantes par l’obtention de droits ou de lois contre les inĂ©galitĂ©s entre les sexes, ou encore par l’intervention de l’Etat contre les violences faites aux femmes.

Leur dĂ©marche rĂ©formiste n’est pas la nĂŽtre, car nous voulons dĂ©truire la hiĂ©rarchie sociale entre les sexes mais aussi entre les classes. Il faut bien sĂ»r dĂ©fendre des conquĂȘtes sociales telles que l’avortement et se battre contre toutes les discriminations dans le systĂšme en place, mais sans jamais perdre de vue qu’il n’est pas amĂ©nageable. Ce n’est pas un hasard si les « questions de genre Â» figurent aujourd’hui parmi les sujets de prĂ©dilection desdites « Ă©lites Â», et si elles sont pour une bonne part disposĂ©es Ă  ce que certaines femmes accĂšdent aux hautes sphĂšres : elles savent que les fondements profondĂ©ment inĂ©galitaires de la sociĂ©tĂ© en seront confortĂ©s.

Se libĂ©rer de l’exploitation Ă©conomique et de la domination masculine implique donc toujours la disparition Ă  la fois du capitalisme et du patriarcat.

‱ Nous critiquons le postmodernisme

La vague « nĂ©olibĂ©rale Â» qui a suivi l’effondrement du bloc de l’Est, en 1991, a peu Ă  peu conduit les mouvances contestataires et intellectuelles occidentales Ă  abandonner l’idĂ©e de rĂ©volution. Ce rĂ©sultat est certes dĂ», en France, Ă  la propagande du systĂšme en place : elle a proclamĂ© la fin des idĂ©ologies, la disparition de la classe ouvriĂšre et la faillite du « communisme Â», le triomphe du « libĂ©ralisme Â» et du consumĂ©risme dans une sociĂ©tĂ© oĂč la critique et la rĂ©sistance n’auraient plus leur place. Mais les thĂ©ories postmodernes qui se sont rĂ©pandues dans tous les secteurs de cette sociĂ©tĂ© via l’UniversitĂ©, depuis une trentaine d’annĂ©es (voir l’encadrĂ©), y ont aussi largement contribuĂ©.

Le postmodernisme rejette en effet toute vision globale de l’Histoire et toute analyse gĂ©nĂ©rale, au prĂ©texte que celles-ci conduiraient fatalement Ă  un nouveau totalitarisme. Il affirme que le monde est dĂ©sormais trop complexe pour que sa marche puisse ĂȘtre modifiĂ©e, et met l’accent sur l’individu au dĂ©triment du collectif – tout en Ă©cartant la notion d’un sujet autonome, capable d’actions et de choix conscients. Dans cette logique, il critique l’universalisme bien plus que la mondialisation du capitalisme. Or si l’universalisme et la pensĂ©e rationnelle des LumiĂšres sont, selon nous, largement contestables pour les normes qu’ils ont permis d’imposer Ă  toute la planĂšte dans le dessein de servir l’impĂ©rialisme occidental (en prĂ©sentant le colonialisme et le patriarcat comme lĂ©gitimes et bĂ©nĂ©fiques y compris pour les peuples de couleur et pour les femmes), le fĂ©minisme et les mouvements antiesclavagistes et pacifistes n’en ont pas moins Ă©mergĂ© au XIXe siĂšcle dans leur sillage.

Les thĂ©ories postmodernes accordent qui plus est une grande importance aux structures, notamment linguistiques, et aux modĂšles de pensĂ©e, d’organisation sociale et de comportement que celles-ci dĂ©terminent, mais pour en souligner le caractĂšre instable et temporaire â€“ la rĂ©alitĂ© serait « prĂ©caire Â», plurielle et morcelĂ©e parce qu’elle se confondrait avec les interprĂ©tations subjectives qu’on en fait


Toutes ces idĂ©es peuvent prĂ©senter un intĂ©rĂȘt sur le plan intellectuel et ĂȘtre dĂ©battues, mais elles n’incitent vraiment pas Ă  rechercher un changement social d’envergure. AppliquĂ©es aux « questions de genre Â», elles ont dĂ©bouchĂ© sur une multiplication d’« oppressions particuliĂšres Â» dans lesquelles celle des femmes s’est noyĂ©e – elles composent pourtant la majoritĂ© de la population –, et sur des analyses qui, en se focalisant frĂ©quemment sur les minoritĂ©s sexuelles, les rapports de « race Â» ou de genre, font perdre de vue les classes sociales et les intĂ©rĂȘts Ă©conomiques reprĂ©sentĂ©s par celles-ci.

‱ Nous contestons la conception « moderne Â» du genre

Dans les annĂ©es 1970, il Ă©tait largement admis au sein du MLF que la sujĂ©tion des femmes s’établissait sur la base de leur sexe biologique ; que cette sujĂ©tion permettait Ă  la fois la reproduction de l’espĂšce et celle de la classe dominante, par la transmission des biens ; et qu’elle servait les intĂ©rĂȘts du capitalisme en lui assurant gratuitement l’entretien de sa main-d’Ɠuvre. Pour que le masculin ne soit plus la norme de l’humanitĂ©, il fallait donc supprimer le rĂŽle social attribuĂ© Ă  chaque sexe.

Malheureusement, aprĂšs avoir Ă©tĂ© secouĂ©es par Mai 68 et les mobilisations suivantes, les institutions patriarcales ont vite retrouvĂ© leur position hĂ©gĂ©monique, et les universitaires sont devenu-e-s la nouvelle avant-garde intellectuelle qui, avec notamment la « thĂ©orie queer Â» et les « politiques de l’identitĂ© Â», dĂ©fend son prĂ© carrĂ© et l’ordre Ă©tabli.

En dĂ©formant la formule employĂ©e par Simone de Beauvoir dans Le DeuxiĂšme Sexe « On ne naĂźt pas femme, on le devient Â» et en recourant Ă  un jargon des plus abscons rĂ©servĂ© aux initiĂ©-e-s, on nous assure Ă  prĂ©sent, sur les pas de Judith Butler, que non seulement le genre mais aussi le sexe sont des constructions sociales arbitraires. En s’appuyant sur l’exception biologique des personnes intersexes, qui n’entrent ni dans la catĂ©gorie « hommes Â» ni dans la catĂ©gorie « femmes Â», on nous « dĂ©montre Â» que ces deux catĂ©gories ne correspondent pas Ă  la diversitĂ© humaine. Sur l’argument que des personnes refusent le rĂŽle associĂ© Ă  leur genre (gays, lesbiennes, bi, trans), on nous prĂ©sente celui-ci soit comme un choix (on pourrait l’adopter librement et le subvertir), soit comme une « essence Â» propre Ă  chacun-e, indĂ©pendamment de son corps. Ce ne serait pas l’appartenance Ă  une catĂ©gorie, mais le genre auquel on s’identifie (une identitĂ© autodĂ©finie de façon positive) qui dicterait si on est marginalisĂ©-e par l’oppression patriarcale ou si on en bĂ©nĂ©ficie.

A partir du terme « cis- Â» ou « cisgenre Â», un nouveau vocable censĂ© rendre compte de l’échelle des oppressions, les femmes dites « cis- Â» se retrouvent placĂ©es en haut de cette Ă©chelle, juste en dessous des hommes dits « cis- Â», parce qu’elles sont supposĂ©es bĂ©nĂ©ficier de leur « adĂ©quation entre leur sexe et leur genre assignĂ© Â». C’est ainsi que mĂȘme une fĂ©ministe luttant pour l’abolition du genre qui lui a Ă©tĂ© assignĂ© peut ĂȘtre rangĂ©e parmi les dominant-e-s


De tels raisonnements reviennent selon nous, d’une part, Ă  nier l’oppression spĂ©cifique des femmes puisque c’est sur le rĂŽle social, ou genre, imposĂ© Ă  elles que s’établit une hiĂ©rarchie au profit des hommes ; d’autre part, Ă  supprimer la base mĂȘme sur laquelle peut exister un mouvement fĂ©ministe (du latin femina, « femme Â»).

‱ Nous rejetons la façon dont est utilisĂ©e l’« intersectionnalitĂ© des oppressions Â»

Chaque personne est bien Ă©videmment confrontĂ©e, au cours de sa vie, Ă  une multitude de dominations ou de discriminations, mais l’usage qui est fait des analyses intersectionnelles dĂ©veloppĂ©es Ă  partir de cette rĂ©alitĂ© a des effets pervers :

1/ En ne prenant pas en compte les structures (Ă©conomiques, politiques, sociologiques) qui Ă©tablissent les dominations, on rĂ©duit le systĂšme d’oppression Ă  des rapports interindividuels. On est de ce fait davantage dans la critique des normes par des personnes forgeant leur singularitĂ© que dans la critique de l’organisation sociale. De plus, l’oppression est remplacĂ©e par le concept de « privilĂšges Â» (c’est-Ă -dire les symptĂŽmes individualisĂ©s d’un systĂšme) ; et ces « privilĂšges Â» sont tenus pour Ă©quivalents, ce qui aboutit Ă  un brouillage et Ă  une dĂ©politisation des luttes Ă  mener contre l’exploitation Ă©conomique et contre la domination masculine. Ainsi, on nous parle d’un privilĂšge « classiste Â» pour pointer la discrimination que certains « classistes Â» font subir aux personnes des classes infĂ©rieures, et non l’existence des classes sociales ; et quoique ce privilĂšge dĂ©coule d’un systĂšme (le capitalisme), il est mis sur le mĂȘme plan qu’un privilĂšge « validiste Â» (une personne valide par rapport Ă  une personne handicapĂ©e). Pourtant, si un capitaliste a intĂ©rĂȘt Ă  exploiter un travailleur, une personne valide ne gagne rien Ă  discriminer une personne invalide, et il n’existe pas d’exploitation spĂ©cifique des personnes invalides.

2/ En ayant comme objectif de changer les personnes une Ă  une, et non les structures, on nuit Ă  la construction d’une lutte contre les oppressions qui s’appuierait sur l’étude des processus sociaux globaux. DĂšs lors que tout le monde opprime plus ou moins tout le monde d’une façon ou d’une autre, la « politique Â» proposĂ©e est en effet une dĂ©construction individuelle toujours plus poussĂ©e, ou la constitution d’espaces safe dans lesquels aucune oppression ne s’exercerait.

3/ En figeant les individus en deux groupes, les dominant-e-s et les dominĂ©-e-s, et en affirmant l’infaillibilitĂ© des dominĂ©-e-s, on en arrive Ă  une absurde course aux dominations, puisque la personne la plus opprimĂ©e sera – mĂ©caniquement – celle qui aura le plus de pouvoir politique. On en vient Ă©galement Ă  des raccourcis « thĂ©oriques Â» aussi grossiers que faux. Par exemple, considĂ©rer que les « femmes blanches Â» sont l’instrument de la domination mĂȘme quand elles sont ouvriĂšres, ou lesbiennes ; ou qualifier les fĂ©ministes « blanches Â» de « bourgeoises Â», et vice versa : toutes les Blanches ne sont pas bourgeoises, et toutes les bourgeoises ne sont pas blanches.

4/ En culpabilisant les personnes, on introduit une forte moralisation du champ politique, la seule attitude autorisĂ©e pour les « dominant-e-s Â» politisĂ©-e-s Ă©tant d’ĂȘtre de « bon-ne-s alliĂ©-e-s Â», autrement dit de se taire et de suivre la ligne dictĂ©e par les « concernĂ©-e-s Â». Il ne s’agit donc plus de convaincre de façon rationnelle et politique, mais d’imposer son ressenti et de rĂ©duire au silence les personnes qui ne sont pas d’accord avec.

L’introduction du postmodernisme dans le champ social a, on le voit, produit des « problĂ©matiques de l’identitĂ© et de la fragmentation des luttes Â» plus axĂ©es sur le dĂ©corticage du prĂ©sent que sur sa transformation en vue d’un meilleur avenir social. Il en rĂ©sulte actuellement, dans les milieux dits radicaux, une valorisation du moi-sujet privilĂ©giant l’émotion et le ressenti personnels comme seules possibilitĂ©s de discours, Ă©radiquant toute possibilitĂ© de critique plus globale. Mais l’extrĂȘme gauche et les libertaires se montrent Ă©galement assez permĂ©ables Ă  cette problĂ©matique de l’identitĂ© tournĂ©e sur une recherche obstinĂ©e de la diffĂ©rence ; la rĂ©fĂ©rence historique et thĂ©orique reprĂ©sentĂ©e par le monde ouvrier, l’existence mĂȘme des classes populaires et la nĂ©cessitĂ© de l’anticapitalisme sont de ce fait trop souvent mises au second plan, voire oubliĂ©es – et ce au dĂ©triment de l’action militante sur le terrain social.

Il faut bien sĂ»r, sur le plan personnel, chercher Ă  vivre librement sa ou ses sexualitĂ©s, et lutter contre les rapports de domination dans les sphĂšres privĂ©e et publique, mais ce n’est pas en tenant les conflits de classes ou la critique de l’aliĂ©nation pour autant de ringardises, ou en dĂ©tachant les revendications sexuelles de la question sociale, qu’on renversera l’ordre Ă©tabli. S’attaquer fondamentalement aux rĂŽles sociaux imposĂ©s, Ă  la norme hĂ©tĂ©rosexuelle, aux fĂ©minicides, Ă  la discrimination des trans ou Ă  l’homophobie implique de redonner toute leur place au critĂšre et aux analyses de classe, afin de pouvoir multiplier les pratiques de terrain efficaces contre notre ennemi, qui est comme hier le systĂšme patriarcal et capitaliste – et non juste les politiques « nĂ©olibĂ©rales Â» ou les comportements sexistes qu’il produit et alimente. De mĂȘme, favoriser l’autonomisation des femmes implique non de les prendre en charge en les victimisant, notamment en les enfermant « pour leur sĂ©curitĂ© Â» dans quelque ghetto safe compatible avec le systĂšme en place, mais de les aider Ă  se donner elles-mĂȘmes les moyens de leur Ă©mancipation.

Dans la dĂ©cennie 1970, la « rĂ©volution sexuelle Â» a Ă©tĂ© rĂȘvĂ©e comme un moyen de chambouler le systĂšme patriarcal â€“ en contestant la norme hĂ©tĂ©rosexuelle et la possessivitĂ© dans les couples, on s’attaquait plus largement Ă  toutes les structures de pouvoir. Cela n’a pas suffi : tandis que le systĂšme s’accommode maintenant sans peine des revendications fĂ©ministes exprimĂ©es, les rapports entre les sexes continuent d’ĂȘtre basĂ©s sur l’appropriation du corps de l’Autre et sur un acte de mariage ou de PACS, donc sur la propriĂ©tĂ© privĂ©e, et l’hĂ©tĂ©rosexualitĂ© demeure la rĂšgle. On constate que l’exigence de fidĂ©litĂ© n’est pas plus conditionnĂ©e Ă  un contrat de mariage qu’à l’hĂ©tĂ©rosexualitĂ©, et qu’en dĂ©pit d’une libertĂ© sexuelle facilement claironnĂ©e cette fidĂ©litĂ© Ă©rigĂ©e en principe persiste. Or elle contribue au maintien de l’oppression fĂ©minine


En conclusion, nous restons convaincues que si l’on veut toujours en finir avec l’exploitation capitaliste et l’oppression patriarcale, si l’on ne croit toujours pas que la « dĂ©mocratie libĂ©rale Â» est le moins mauvais des systĂšmes, c’est une vĂ©ritable rĂ©volution sociale que l’on doit viser !

Des membres de La Grotte, local anarchiste-communiste et féministe de Poitiers




Cette affiche devenue un symbole de la lutte fĂ©ministe a d’abord Ă©tĂ© un outil au service du capitalisme. Elle a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e pendant la Seconde Guerre aux Etats-Unis pour pallier le manque de main-d’Ɠuvre masculine dans l’industrie : le gouvernement et le patronat voulaient inciter les femmes Ă  effectuer temporairement des « mĂ©tiers d’homme Â», afin de favoriser la victoire amĂ©ricaine. Mais la grande campagne de propagande dont elle Ă©tait l’un des supports visait aussi Ă  les dissuader de faire grĂšve ou de s’absenter


Encart

Le postmodernisme, qu’est-ce que c’est ?

C’est par le terme de postmodernisme (ou de postmodernitĂ©) que l’on dĂ©signe le plus souvent notre Ă©poque ; mais s’il est beaucoup utilisĂ©, et parfois dans des contextes trĂšs diffĂ©rents, ce terme est trĂšs peu dĂ©fini. Issu des thĂ©oriciens des beaux-arts, il vise Ă  la fin des annĂ©es 1970 les Ɠuvres produites depuis l’existence des mass media, et dĂ©crit en particulier le rapport nouveau que peuvent avoir l’artiste et le spectateur aux productions artistiques, du fait que les individus vivant dans les sociĂ©tĂ©s dites occidentales contemporaines sont constamment soumis Ă  des images. Cette omniprĂ©sence des reprĂ©sentations entraĂźne un rapport constant Ă  des citations, rĂ©fĂ©rences et esthĂ©tiques particuliĂšres (telles que le collage, le fragment), ou encore un rapport ironique aux prĂ©dĂ©cesseurs. Pour simplifier grossiĂšrement, ce qui est soulignĂ© lĂ  est un peu la diffĂ©rence entre une personne contemplant dans un musĂ©e, au XIXe siĂšcle, une toile avec pour seul bagage ses souvenirs d’expositions prĂ©cĂ©dentes et une autre qui, aujourd’hui, peut mettre en pause un film pour vĂ©rifier qu’une de ses scĂšnes est bien extraite d’un autre film.

Mais la notion de postmodernitĂ© est entrĂ©e dans le champ politique avec d’autres thĂ©oriciens. Jean-François Lyotard, dans La Condition postmoderne, a dĂ©signĂ© par lĂ  en 1979 un rapport nouveau au savoir et Ă  l’information, qui nous rendrait hermĂ©tiques aux « grands rĂ©cits Â» (par exemple : Ă  quoi bon vouloir faire la rĂ©volution quand on sait qu’elle finira forcĂ©ment dans un bain de sang ?). Puis Fredric Jameson – toujours en s’appuyant sur les arts plastiques – y a vu, ainsi que le dit le titre de son essai sur la question en 1991, « la logique culturelle du capitalisme tardif Â». « Je me dois de rappeler cette Ă©vidence au lecteur, y Ă©crit-il, Ă  savoir que toute cette culture postmoderne mondiale, encore qu’amĂ©ricaine, est l’expression interne et superstructurelle d’une nouvelle vague de domination amĂ©ricaine, Ă©conomique et militaire, Ă  travers le monde : en ce sens, comme dans toute l’histoire des classes sociales, le dessous de la culture est le sang, la torture, la mort et la terreur. Â» Une remarque qui n’incite guĂšre Ă  s’en revendiquer


En thĂ©orie politique, le postmodernisme a Ă©tĂ© rĂ©cupĂ©rĂ© de maniĂšre assez floue par les mouvements hĂ©ritiers de la French theory (les Ă©tudes amĂ©ricaines qui ont dĂ©coulĂ© de la lecture des philosophes français Foucault, Derrida, Deleuze, etc.) et centrĂ© sur les identitĂ©s (de genre, de « race Â» ou d’autres oppressions). Le terme postmoderne (parfois abrĂ©gĂ© pomo) y voisine avec celui d’intersectionnalitĂ©, quand il ne se confond pas avec. Il est souvent utilisĂ© pour lĂ©gitimer les luttes individuelles au dĂ©triment de combats collectifs. Mais n’oublions pas que la façon dont on dĂ©signe une pĂ©riode est toujours marquĂ©e idĂ©ologiquement : la Belle Epoque n’était belle que pour les bourgeois, et les Trente Glorieuses ne le sont surtout que pour l’Economie. EspĂ©rons que le postmodernisme n’empĂȘchera pas la crĂ©ation d’utopies Ă  grande Ă©chelle et ne nous confortera pas longtemps dans l’individualisme.




Source: Oclibertaire.lautre.net