Septembre 26, 2021
Par CRIC Grenoble
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La question que nous sommes plusieurs Ă  nous poser depuis l’annonce en juillet de l’obligation vaccinale qui ne dit pas son nom et de la mise en place du pass sanitaire est : pourquoi la gauche et nous – autonomes, syndicalistes, squatteur.e.s, fĂ©ministes, bref notre mouvement et ses sympathisant.e.s – ne nous sommes pas retrouvĂ©s dans la rue dĂšs cette annonce ?

Certains rĂ©pondront – ce qui n’est pas entiĂšrement faux ni entiĂšrement vrai – que c’était les vacances estivales.

Et la rue, elle est Ă  qui ?

Souvenons-nous qu’à l’annonce d’un Ă©niĂšme Ă©tat d’urgence, nous Ă©tions dans la rue, des manif sauvages et des manif dĂ©clarĂ©es ont Ă©tĂ© organisĂ©es immĂ©diatement. Alors pourquoi cet Ă©tĂ© Ă©tions-nous absent.e.s alors qu’il est Ă©vident que ce sont des luttes que nous menons toutes et tous depuis des annĂ©es ? Nous sommes antiautoritaires, contre les discriminations, contre la sociĂ©tĂ© de surveillance et de contrĂŽle, contre la casse du droit du travail et pour la dĂ©fense des travailleurs.euses.

De la mĂȘme façon que la gauche institutionnelle a depuis longtemps reniĂ© ses valeurs et a dĂ©laissĂ© un certain nombre de combats, nous-mĂȘmes avons Ă©tĂ© absent.e.s cet Ă©tĂ© et avons laissĂ© la place Ă  l’extrĂȘme droite. Cette derniĂšre qui depuis des annĂ©es rĂ©cupĂšre une partie de nos revendications quelles soient fĂ©ministes, Ă©cologistes, anticapitalistes et maintenant contre l’autoritarisme gouvernemental. Notre absence a donnĂ© davantage de visibilitĂ© Ă  une extrĂȘme droite dĂ©complexĂ©e qui a pu s’afficher ouvertement dans nos rues.

La prĂ©sence de l’extrĂȘme-droite en aussi grand nombre dans les manifestations n’est pas intrinsĂšque Ă  ce genre de mouvement. Elle est plus la consĂ©quence de nos erreurs et de nos lacunes lors des derniĂšres annĂ©es – erreurs et lacunes qu’il est encore temps de corriger. Nous avons donc voulu rattraper le coup. Ce n’est pas parfait, ni glorieux et peut-ĂȘtre un peu naĂŻf, mais au moins on ne laisse pas la rue aux fachos et on ne leur laisse pas la possibilitĂ© de s’installer dans le paysage et gonfler leurs rangs.

Les manifestant.e.s sont-ils tous des « fachos Â» ?

Si nous partageons certaines analyses de l’article « Nous n’avons rien Ă  faire dans les manifs du samedi “contre le passe sanitaire” Â» sur la composition douteuse d’une partie des manifs du samedi Ă  Grenoble (Grelive et son dĂ©testable Pierre-François Marie, les cathos intĂ©gristes, les Patriotes, les complotistes, les antisĂ©mites, etc.) nous souhaiterions y apporter quelques nuances.

Les auteurs du texte, qui sont venus Ă  la manif du samedi 11 septembre dĂ©peignent les manifestant.e.s comme des fachos, des conspis, des rĂ©acs et des libĂ©raux. Et de conclure : « Si l’on s’accorde sur 1 500 manifestant·e·s, les 200 camarades ne pesaient effectivement pas lourds Â».

Cette description rĂ©ductrice de la composition de la manif nous fait penser aux innombrables reportages entendus Ă  la radio depuis cet Ă©tĂ© dans lesquels les centaines de milliers de manifestant.e.s sont tous dĂ©crits comme des rĂ©acs d’extrĂȘme-droite car dans telle ou telle manif des personnes brandissent des pancartes antisĂ©mites. En cette pĂ©riode de contamination, se retrouver dans la mĂȘme manif que des fachos/antisĂ©mites/conspi/rĂ©acs fait de vous automatiquement un des leurs. Un cortĂšge anti-autoritaire de 200 personnes dans une manifestation de 1 500 personnes ne signifie pas que les 1 300 autres personnes sont d’extrĂȘme-droite. Car, contrairement Ă  une manifestation du 1er mai par exemple, il ne s’agit pas d’un cortĂšge constituĂ© Ă  80 % d’organisations et de 20 % d’électrons libres, mais d’un cortĂšge constituĂ© en majoritĂ© d’individus. Bien malin qui pourra catĂ©goriser avec certitude les 1 300 qui n’étaient pas dans notre cortĂšge. En allant dans ces manifestations et en y portant nos propres revendications et analyses, nous espĂ©rons influer aussi sur ces autres participants, et leur faire partager nos idĂ©es.

Tout comme la prĂ©sence massive de drapeaux français est jugĂ©e douteuse. Pourtant, nous savons depuis le mouvement des Gilets jaunes que ce dernier n’est pas uniquement l’attribut des rĂ©acs et des fachos mais que des manifestants se rĂ©approprient le drapeau pour sa symbolique « rĂ©volutionnaire Â». Ce n’est pas notre position, mais Ă  quoi bon caricaturer les positions des autres ?

Il ne s’agit pas de nier la place prise par l’extrĂȘme droite dans ces manifestations, ni qu’il puisse s’y tenir des « discours d’une confusion affligeante, bourrĂ©s de contre-vĂ©ritĂ©s Â» autour du vaccin. Mais n’est-ce pas un peu rĂ©ducteur et insultant de considĂ©rer les milliers de personnes qui participent Ă  ces manifestations comme des abruti.e.s et des rĂ©acs ? Oui, la question du vaccin est trĂšs prĂ©sente, mais tous ne sont pas des « antivax Â» complotistes. D’ailleurs l’étiquette trĂšs gĂ©nĂ©rale d’ Â« antivax Â» utilisĂ©e Ă  outrance par les mĂ©dias ne rend absolument pas compte de la diversitĂ© des personnes refusant de se faire vacciner contre le Covid. Nombreux sont vaccinĂ©s mais ont des doutes sur ce vaccin et son efficacitĂ© Ă  enrayer l’épidĂ©mie et sont en mesure de l’argumenter sans pour autant tomber dans le confusionnisme.

Un autre discours

De plus, aux yeux des auteurs de cet article, les manifestant.e.s aggraveraient leur cas car leurs revendications seraient « fondamentalement, intrinsĂšquement rĂ©actionnaires et libĂ©rales. La « libertĂ© Â» scandĂ©e par la foule est celle du refus d’une politique vaccinale quelle qu’elle soit, donc du refus d’une politique de santĂ© publique, elle est de celles qui nient la communautĂ© au profit de l’individu Â».

Le mot d’ordre de « libertĂ© Â» brandi comme un Ă©tendard est certes ambigu et bon nombre de manifestants lui donnent sans doute un contenu libĂ©ral. À nous d’intervenir pour donner Ă  cette « libertĂ© Â» un sens plus conforme Ă  nos idĂ©aux qui sont Ă  la fois libertaires et solidaires, et de trouver pour cela des alliĂ©.e.s.

Nous ne pensons pas, par exemple, que les aides soignantes, médecins, infirmiÚres présentes dans ces manifs soient contre une politique de santé publique. Elles qui ne cessent de demander plus de moyens pour les hÎpitaux et qui continuent à travailler dans ces lieux de santé malgré des conditions de travail déplorables depuis des années.

Beaucoup de personnes dans ces manifs sont sans doute dĂ©politisĂ©es, un peu « perdues Â» et en colĂšre. Doit-on pour autant les dĂ©laisser au profit de l’extrĂȘme droite ? Pour notre part, nous ne voulons pas renoncer Ă  faire de l’agitation politique afin de rallier le plus grand nombre Ă  notre cause plutĂŽt qu’à celle de nos ennemis. Nous sommes persuadĂ©.e.s que c’est en proposant un autre discours que nous combattrons le fascisme et ses idĂ©es.

Pour notre part, il ne s’agit pas « d’une logique mouvementiste (ĂȘtre partout, tout le temps) Â», mais de participer Ă  la contestation de dĂ©cisions qui nous touchent dans notre quotidien (professionnel, privĂ©, politique) et qui rĂ©sonnent avec les luttes que nous menons depuis des annĂ©es contre l’extension des logiques de contrĂŽle et les politiques libĂ©rales. Nous sommes donc lĂ  avec notre expĂ©rience, notre analyse et notre Ă©nergie. Ainsi, avons-nous vu des personnes rejoindre notre cortĂšge du mouvement social et reprendre nos slogans. Parce qu’elles se sont retrouvĂ©es dans les chansons et les slogans entonnĂ©.e.s avec une Ă©nergie joyeuse et offensive en opposition au pass sanitaire et Ă  l’extrĂȘme droite.

Et maintenant ?

Nous ne pensons pas pour autant que les manifestant.e.s du cortĂšge social s’illusionnent sur le « potentiel rĂ©volutionnaire Â» de ces manifestations.

Sans parler de victoire, nous pouvons nous rĂ©jouir d’avoir rĂ©ussi Ă  clouer le bec Ă  coups de slogans, chansons et dĂ©termination Ă  Pierre-François Marie qui tournait autour de notre cortĂšge avec son mĂ©gaphone. Est-ce d’ailleurs notre prĂ©sence dĂ©terminĂ©e qui l’a poussĂ©, lui et son mouvement, Ă  ne pas se pointer Ă  la derniĂšre manif du samedi 18 septembre et Ă  organiser une autre manifestation ?

La gestion autoritaire et technocratique de cette crise sanitaire ne fait que prĂ©parer la future gestion de la crise environnementale. Si nous ne faisons rien, si nous laissons le pouvoir agir Ă  sa guise sous prĂ©texte que la contestation « fait le jeu de Â», les annĂ©es qui viennent verront notre mouvement ĂȘtre de plus en plus marginalisĂ©.

Dans cette Ă©poque dĂ©testable, douter de nos actions Ă  mener est lĂ©gitime et constructif. Mais nous ne pouvons pas laisser l’extrĂȘme droite s’installer impunĂ©ment dans nos rues. Nous Ă©tions absents, nous sommes de retour, nous devons reprendre les rues contre le pass autoritaire et les fascistes.

Quelques participant-e-s du cortĂšge social des manifestations du samedi contre le pass sanitaire

Les fachos (clap clap), c’est dĂ©gueulasse (clap clap), les fachos c’est dĂ©gueulasse ! (clap clap).

Pass sanitaire (clap clap), c’est dĂ©gueulasse (clap clap), pass sanitaire c’est dĂ©gueulasse ! (clap clap).

Les membres du SO (clap clap), c’est magnifique ((clap clap), les membres du SO c’est magnifique ! (clap clap).

CortĂšge social (clap clap), c’est trop la classe ! ((clap clap), CortĂšge social c’est trop la classe ! ((clap clap)





Source: Cric-grenoble.info