Prenant Ă  rebours l’idĂ©e-reçue trĂšs rĂ©pandue selon laquelle les complotistes seraient particuliĂšrement imaginatifs, Sebastian Dieguez explore l’hypothĂšse qu’ils manquent en rĂ©alitĂ© cruellement d’originalitĂ©, se contentant d’adhĂ©rer Ă  un prĂȘt-Ă -porter intellectuel low-cost produit aujourd’hui Ă  grande Ă©chelle.

Source : Reddit, avril 2020.

J’aimerais attirer l’attention sur un aspect tout Ă  fait frappant du complotisme contemporain : sa pauvretĂ© imaginative. A rebours des rĂ©flexions et des analyses habituelles sur son caractĂšre irrationnel, il me semble que cette caractĂ©ristique a Ă©tĂ© relativement nĂ©gligĂ©e jusqu’à prĂ©sent. À la rĂ©flexion, cette pauvretĂ© imaginative est mĂȘme d’autant plus remarquable qu’elle parvient Ă  passer sous les radars, comme si, dans le fond, elle ne nous apprenait rien sur le phĂ©nomĂšne en question.

Or il me semble qu’un des plus grands attraits du complotisme devrait prĂ©cisĂ©ment ĂȘtre la crĂ©ativitĂ© dĂ©bridĂ©e que son absence de mĂ©thode vĂ©ritable autorise. Il s’agit, aprĂšs tout, d’inventer des complots. Imaginez seulement les possibilitĂ©s ! En tant qu’intrĂ©pide dĂ©fenseur de la vĂ©ritĂ© et enquĂȘteur au flair infaillible, le complotiste devrait s’en donner Ă  cƓur joie, d’autant plus qu’il est assez peu contraint par des normes Ă©pistĂ©mologiques ou dĂ©ontologiques telles que la prudence, la prĂ©cision, la cohĂ©rence, la vĂ©rification, l’honnĂȘtetĂ©, la fiabilitĂ© ou ce genre de choses. À ce compte, ce qui devrait ĂȘtre la norme, c’est la floraison incessante dans le dĂ©bat public de nouveaux « complots » : originaux, intrigants, inattendus, surprenants, mĂȘme totalement farfelus, tortueux, et dĂ©lirants. Or, qu’observe-t-on dans les faits ? Que les « thĂ©ories du complot » sont Ă  peu prĂšs toujours les mĂȘmes, prĂ©sentant un identique schĂ©ma conformiste et servile qui est en permanence digĂ©rĂ©, recyclĂ©, puis rĂ©gurgitĂ©.

Quelque chose se produit, un attentat, une catastrophe naturelle, une Ă©lection, une pandĂ©mie, une petite phrase quelconque. Comment faut-il l’interprĂ©ter ? Pour un complotiste, c’est simple : quoi qu’il se soit produit, ce n’est de toute façon pas ce qu’on croit
 C’est autre chose.

Quoi, alors ? Justement, on ne sait pas trop. Mais c’est autre chose, potentiellement n’importe quoi, mais trĂšs probablement un coup tordu, dans un but inavouable, qui est de profiter aux mĂ©chants qui ont fomentĂ© la chose tout en vous laissant croire que ce n’est pas ça. Ce schĂ©ma offre, par sa sous-dĂ©termination radicale, une infinitĂ© de combinaisons possibles quant aux responsables impliquĂ©s, leurs motivations, leurs intĂ©rĂȘts, leurs victimes, leurs mĂ©thodes, les preuves disponibles, les preuves envisageables, les alliances et connexions suspicieuses, les prĂ©cĂ©dents, les consĂ©quences, les techniques de dissimulation, etc. Quasiment tout est permis au complotiste motivĂ©. Mais ce schĂ©ma est Ă©galement un modĂšle trĂšs gĂ©nĂ©ral et abstrait, un template dit-on en anglais, disponible pour ainsi dire « clĂ©s en mains Â», « prĂȘt Ă  l’emploi Â» en toutes circonstances, et dĂ©jĂ  maintes fois utilisĂ©.

D’un cĂŽtĂ©, le complotisme offre donc une ouverture extraordinairement vaste sur la maniĂšre d’interprĂ©ter n’importe quel Ă©vĂ©nement, mais d’un autre cĂŽtĂ©, il est appliquĂ© dans les faits de façon Ă©tonnamment Ă©troite et prĂ©visible.

Il me semble que ce paradoxe demande explication, mais voyons d’abord deux exemples pour illustrer ce que j’ai en tĂȘte. RĂ©cemment, l’homme d’affaires Mourad Boudjellal, chroniqueur dans l’émission Les Grandes Gueules, s’est fendu d’une intervention ferme et pĂ©remptoire prĂ©sentant son opinion sur la chloroquine (et non pas son domaine d’expertise, qui semble ĂȘtre le rugby). Le 28 aoĂ»t 2020, donc prĂšs de cinq mois aprĂšs l’émergence de ce qu’on peut qualifier d’« affaire Raoult » – disons la promotion pour le moins prĂ©maturĂ©e et cavaliĂšre d’un anti-paludique comme solution immĂ©diate Ă  la pandĂ©mie de Coronavirus – Boudjellal remet donc une piĂšce dans la machine :

« Moi je crois qu’aujourd’hui, ce qui embĂȘte le plus dans l’hydroxychloroquine, c’est que le professeur Raoult, il travaille avec une molĂ©cule qui existe dĂ©jĂ , qui coĂ»te pas cher, et qu’aujourd’hui on a investi des milliards en nous promettant un vaccin [
]. Moi je ne suis pas complotiste, mais quand mĂȘme, je commence Ă  me poser vraiment beaucoup de questions quand je vois
 – et c’est la premiĂšre fois de ma vie [sic] –, quand je vois les statistiques
 »

Passons sur la prĂ©caution habituelle « je ne suis pas complotiste, mais
 », qui signe quasiment Ă  coup sĂ»r la nature complotiste des propos qui vont suivre, surtout si elle est accompagnĂ©e du « je me pose simplement des questions » de rigueur. Ce qui est remarquable, dans ce passage, ce n’est pas tant son contenu complotiste que son timing et sa forme. DĂšs l’émergence de cette histoire de chloroquine, comme indiquĂ© il y a prĂšs de cinq mois, il Ă©tait Ă  peu prĂšs clair pour tout le monde que l’enjeu sous-jacent Ă©tait une question financiĂšre. Pourquoi dĂ©penser beaucoup d’argent pour chercher Ă  vendre cher quelque chose qui est dĂ©jĂ  disponible, qui marche et qui est bon marchĂ© ? Boudjellal n’apprend donc absolument rien Ă  personne ici, qu’on soit d’ailleurs complotiste ou pas ; on avait compris, merci. Il remet simplement au goĂ»t du jour une idĂ©e franchement usĂ©e et maintes fois rebattue, en la plaçant dans le contexte d’une actualitĂ© marquĂ©e par une baisse des hospitalisations et un stade plus avancĂ© de la course aux vaccins. Mais cela ne change absolument rien Ă  l’idĂ©e d’origine, qui est simplement un bon vieux complot « Big Pharma » doublĂ© d’une figure hĂ©roĂŻque que les Ă©lites tenteraient de faire taire. Comme d’habitude, en somme.

Aucune piĂšce nouvelle n’a donc Ă©tĂ© ajoutĂ©e Ă  ce dossier dĂ©jĂ  bien Ă©limĂ©. Il convient dĂšs lors d’y mettre la forme, et celle-ci consiste Ă  asserter son « opinion Â» comme si c’était la premiĂšre fois au monde qu’elle Ă©tait Ă©noncĂ©e par quelqu’un. Alors qu’il reprend simplement un scĂ©nario qui a dĂ©jĂ  abondamment circulĂ© et qui n’est en aucune façon de son fait, le complotiste s’exprime donc comme s’il avait longuement rĂ©flĂ©chi Ă  la question et, contraint et forcĂ© par la seule force de la pure logique, abouti Ă  exactement la mĂȘme conclusion que tous ses camarades complotistes. « Comme par hasard Â», pourrait-on dire


« Penser par soi-mĂȘme »

Pour que ça marche, on le voit, il est impĂ©ratif d’exprimer le bon vieux complot comme le fruit d’une conscience critique particuliĂšrement aiguisĂ©e. On ne peut tout simplement pas arriver sur un plateau, et clamer de but en blanc : « Moi je fais partie du groupe des complotistes, et en tant que tel je me dois d’approuver l’idĂ©e communĂ©ment admise parmi nous qui est que la chloroquine est efficace. » Cela mettrait trop en Ă©vidence un certain manque, disons, d’autonomie Ă©pistĂ©mique. Car un complotiste pense par lui-mĂȘme, et c’est mĂȘme Ă  ça qu’on devrait le reconnaĂźtre. Son problĂšme, par consĂ©quent, est de prĂ©senter ce qu’il a d’emblĂ©e acceptĂ© comme s’alignant parfaitement avec sa maniĂšre de penser, comme une pensĂ©e, justement, mais une pensĂ©e personnelle. Étrange dilemme, qui serait parfaitement inexistant si le complotisme mobilisait vĂ©ritablement les ressources crĂ©atives dont il dispose en thĂ©orie.

Second exemple : la pizza. Au QuĂ©bec et Ă  Paris, des pizzerias ont rĂ©cemment Ă©tĂ© ciblĂ©es sur les rĂ©seaux sociaux pour leur affinitĂ© supposĂ©e avec des « rĂ©seaux pĂ©dophiles ». Pourquoi ? Est-ce qu’une vaste enquĂȘte aurait rĂ©vĂ©lĂ© des transactions financiĂšres douteuses sur le Dark Net, qui auraient mis sur la piste de trafiquants d’enfants internationaux, ainsi que des Ă©lites, cĂ©lĂ©britĂ©s et politiciens recourant Ă  leurs services ? Non. C’est bien plus simple : le logo, le nom et la carte de ces pizzerias Ă©voquent vaguement des codes imaginaires inventĂ©s pour une plus ancienne thĂ©orie du complot Ă©tatsunienne complĂštement dĂ©lirante, le fameux « Pizzagate ». Pourquoi un restaurant libanais ou un marchand de glace ne pourraient-ils pas dissimuler un rĂ©seau pĂ©dophile ? Parce que le code secret des pĂ©dophiles, apparemment, c’est la pizza, et donc leurs activitĂ©s illĂ©gales, secrĂštes et infĂąmes n’auraient plus aucun sens pour eux si elles n’impliquaient pas, de prĂšs ou de loin, des pizzerias.

Bien sĂ»r, cet exemple est dĂ©risoire. Il ne concerne qu’une poignĂ©e de trolls et d’ahuris dont Tristan MendĂšs France a simplement donnĂ© quelques exemples sur son compte Twitter, et on voit mal que cette « croyance » bizarre puisse vĂ©ritablement toucher grand monde.

Cependant, comme on l’a justement vu pour le Pizzagate, il suffit d’un individu dĂ©rangĂ© pour commettre l’irrĂ©parable (ou presque, en l’occurence). Telle est la force de la calomnie, mĂȘme la plus absurde, qu’elle peut avoir des consĂ©quences totalement imprĂ©visibles. Ainsi, les rĂ©centes manifestations « anti-masques » Ă  travers l’Europe ont laissĂ© apparaĂźtre, sur nombre de pancartes, des allusions et des accusations autour du thĂšme de la pĂ©dophilie (et de la pizza), dont on voit a priori mal ce qu’elles viennent faire dans le cadre d’une crise sanitaire. Il est vrai que, pour le coup, c’est tout de mĂȘme assez original. VoilĂ  bien une thĂ©orie du complot qu’on aurait du mal Ă  qualifier de peu imaginative ! Certes, Ă  ses dĂ©buts, du moins. Parce qu’à prĂ©sent, puisque ça a « marchĂ© Â» une fois, c’est tournĂ©e de pizza-pĂ©dophile pour tout le monde, mĂȘme si Ă©videmment aucune « piĂšce Â» n’a Ă©tĂ© ajoutĂ©e Ă  ce « dossier Â» dĂ©jĂ  totalement vide Ă  l’origine.

Bonjour l’innovation !

Je relĂšve ici simplement que cette obsession Ă©trange s’explique assez mal si on conçoit le complotisme comme une dĂ©marche libre, ouverte et crĂ©ative de pensĂ©e autonome. Il y a peut-ĂȘtre des « moutons Â» qui gobent tout ce que disent les autoritĂ©s, mais quelle dĂ©ception de voir les complotistes du monde entier recopier servilement les lubies dĂ©jĂ  Ă©culĂ©es de leurs homologues amĂ©ricains !

Évidemment, rien de tout cela n’est vraiment surprenant. Les exemples choisis ici n’ont rien d’extraordinaire, ce sont pour ainsi dire des manifestations parfaitement banales du complotisme ordinaire. De fait, si le complotisme se distinguait par sa crĂ©ativitĂ© et son originalitĂ©, on serait sans doute passĂ© depuis longtemps Ă  autre chose que de ressasser les Protocoles des Sages de Sion, par exemple. Mais non, il se trouve que cette escroquerie lamentable et transparente est encore trĂšs en vogue, et s’insinue apparemment avec bonheur dans tout autre rĂ©cit complotiste. Bonjour l’innovation !

Je pense qu’il y a lĂ  matiĂšre Ă  s’interroger (il n’y a tout de mĂȘme pas que les complotistes qui ont le droit de se poser des questions). Pourquoi le complotisme est-il si peu imaginatif, alors qu’à priori tout lui est permis ? Il serait certes intĂ©ressant d’étudier scientifiquement la question ou d’éplucher la littĂ©rature savante pour y trouver des Ă©lĂ©ments de rĂ©ponse, mais je me contenterai pour l’heure d’envisager deux pistes.

Tout d’abord, il est possible que je me trompe complĂštement, et que le complotisme soit en rĂ©alitĂ© prodigieusement crĂ©atif. Une maniĂšre de dĂ©fendre cette hypothĂšse serait de montrer que je suis victime du biais du survivant. Il y a des milliers de thĂ©ories du complot dont on ne parle jamais, qui se propagent trĂšs mal et auxquelles personne n’adhĂšre. Peut-ĂȘtre celles-ci, constituant le vaste cimetiĂšre des thĂ©ories du complot qui ne « prennent Â» pas, sont-elles particuliĂšrement imaginatives et variĂ©es. Celles qui « marchent Â», prĂ©cisĂ©ment parce qu’elles remplissent des critĂšres favorisant leur survie tels que la familiaritĂ©, la simplicitĂ© ou le caractĂšre intuitif, paraĂźtraient alors moins crĂ©atives. Cet argument, Ă  vrai dire, ne me dĂ©plaĂźt pas. Il me paraĂźt mĂȘme assez plausible, et il rejoint aussi un problĂšme mĂ©thodologique assez important dans l’étude du complotisme. On Ă©tudie en effet trĂšs rarement une thĂ©orie du complot « Ă  la racine Â», c’est-Ă -dire au moment oĂč elle a Ă©tĂ© fabriquĂ©e et mise en forme par un individu particulier. MalgrĂ© des sollicitations rĂ©pĂ©tĂ©es, par exemple, ni Alex Jones ni Alain Soral n’ont daignĂ© rĂ©pondre Ă  mon invitation de passer au labo pour visiter notre beau scanner cĂ©rĂ©bral. En fait, ce qu’on Ă©tudie en gĂ©nĂ©ral, et de trĂšs loin, ce sont d’éventuels consommateurs de thĂ©orie du complot, et mĂȘme ceux-ci sont le plus souvent pĂȘchĂ©s au sein d’échantillons relativement homogĂšnes d’étudiants, d’internautes ou de sondĂ©s dans la population gĂ©nĂ©rale.

On retient donc, peut-ĂȘtre, des caractĂ©ristiques trĂšs tardives du phĂ©nomĂšne complotiste, dont le caractĂšre conformiste, rĂ©pĂ©titif et banal pourrait n’ĂȘtre que l’aboutissement d’une effervescence crĂ©ative beaucoup plus intense Ă  ses racines. Par sĂ©lection progressive, les thĂ©ories du complot les plus exubĂ©rantes et originales seraient Ă©liminĂ©es, tandis que survivraient celles qui rappellent d’autres thĂ©ories du complot et qui se greffent aisĂ©ment sur un nƓud de croyances dĂ©jĂ  solidement Ă©tabli. C’est-Ă -dire celles qui ne demandent pas trop d’imagination.

Ready-made de l’esprit critique

C’est bien possible, mais j’ai tendance Ă  prĂ©fĂ©rer une hypothĂšse plus Ă©conomique, qui consiste essentiellement Ă  prendre l’hypothĂšse prĂ©cĂ©dente Ă  rebours. Il arrive certes qu’une thĂ©orie du complot puisse naĂźtre Ă  partir de rien, par exemple un message obscur parmi des millions d’autres sur un forum quelconque spĂ©cialisĂ© dans l’échange d’ñneries outranciĂšres. Mais je ne crois pas qu’on puisse gratifier du terme « imagination Â» le fait de jeter au hasard des messages cryptiques, ou des inepties sur des races extra-terrestres, la vraie forme de la Terre ou les pouvoirs de rĂ©juvĂ©nation de l’adrĂ©nochrome, en attendant de voir si quelqu’un mord Ă  l’hameçon. Non, c’est Ă  mon avis plutĂŽt la mentalitĂ© complotiste, Ă  la base caractĂ©risĂ©e par un manque cruel d’imagination, qui va faire son marchĂ© lĂ  oĂč elle pourra le mieux se donner l’illusion d’avoir « pensĂ© par elle-mĂȘme Â». Ne seront dĂšs lors retenus que les « complots Â» les plus fades et les plus rances, ceux que tout le monde sait dĂ©jĂ  identifier, ceux qui sont le plus simple Ă  intĂ©grer et rĂ©pĂ©ter comme s’ils Ă©taient vĂ©ritablement le fruit de notre rĂ©flexion. C’est seulement en se recyclant et en se rĂ©pĂ©tant, tout en se donnant les apparences de la nouveautĂ©, qu’une thĂ©orie du complot peut espĂ©rer un tant soit peu s’imposer dans le dĂ©bat public. Donc il faut qu’elle soit peu imaginative, de sorte que le complotiste puisse se figurer de ce seul fait qu’il y a pensĂ© « par lui-mĂȘme ».

D’oĂč, probablement, l’intense sentiment de lassitude pour quiconque tenterait de suivre les dĂ©veloppements contemporains du complotisme. À la question « quoi de neuf ? », dans ce domaine, difficile de rĂ©pondre autre chose que « rien, toujours pareil ». Or, si mon approche est correcte, c’est en rĂ©alitĂ© tout ce qu’on peut attendre du complotisme. Par nature, celui-ci requiert de manquer d’imagination. Ce que nous pouvons prendre pour une sorte de bug ou de faiblesse, ou mĂȘme une insuffisance cognitive qui donnerait lieu Ă  une grande crĂ©dulitĂ©, est en fait profondĂ©ment inscrit dans le design du complotisme. Le manque d’imagination qu’il manifeste, son incroyable pauvretĂ© intellectuelle en somme, n’est pas simplement dĂ©plorable, c’est un rĂ©vĂ©lateur de ce qu’est le complotisme. C’est-Ă -dire une adhĂ©sion dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  des fragments de rĂ©cit prĂ©fabriquĂ©s (par d’autres), littĂ©ralement du prĂȘt-Ă -porter intellectuel low-cost produit Ă  grande Ă©chelle. Ou une sorte de ready-made de l’esprit critique, si l’on prĂ©fĂšre la mĂ©taphore artistique.

Pour ces raisons, je me mĂ©fie d’un discours qui tendrait Ă  attribuer trop d’imagination aux complotistes. Il me semble plutĂŽt que le cƓur du problĂšme est qu’ils n’en ont vraiment pas assez, et qu’à cet Ă©gard, il faudrait peut-ĂȘtre s’inquiĂ©ter du fait qu’ils semblent mĂȘme en avoir de moins en moins.


Article publié le 10 Sep 2020 sur Conspiracywatch.info