DĂ©cembre 10, 2020
Par Les Enrages
288 visites


En France, un pauvre sur deux a moins de trente ans. Entre le premier et le second confinement, les jeunes prĂ©caires auront touchĂ© deux “aides” de 150€ soit 300€ pour toute une annĂ©e au sein d’une sociĂ©tĂ© en proie Ă  la plus grande vague de misĂšre que l’on ait connu depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

En rĂ©alitĂ©, rapportĂ©es au mois, les jeunes prĂ©caires auront touchĂ©, pour toute cette annĂ©e, 25€ par mois


A l’inverse, les patrons de boite de nuit ont touchĂ© en cette fin d’annĂ©e, en plus des reports de cotisations sociales, un butin de 10.000€.

C’est comme ça, aussi, que l’on comprend comment cette sociĂ©tĂ© mĂ©prise profondĂ©ment la jeunesse.

Les boites de nuit, c’est avant tout la valorisation marchande, de l’insignifiance, de l’alcoolisme de la jeunesse et du commerce du cĂ©libat Ă  commencer par le vagin des femmes.

Nombreuses sont les boites de nuit Ă  offrir l’entrĂ©e “gratuite” aux femmes pendant que les hommes payent. Il ne s’agit en aucun cas d’un “privilĂšge” fĂ©minin, bien au contraire.

Comme sur facebook, quand c’est gratuit, c’est que c’est nous le produit!

Aucun lieu de vie dont l’économie premiĂšre est l’alcool et la drogue, drivĂ© par un chef, un patron ou une mafia, ne peut et ne pourra jamais se dire “libertaire” ou ne serait-ce “de gauche”.

Tous les lieux commerciaux oĂč ce sont les hommes qui dĂ©cident de tout sont des milieux de droite.

Les femmes et les hommes, qui avec elles, entendent devenir libres et Ă©gaux, doivent plutĂŽt privilĂ©gier des lieux associatifs ou parfaitement horizontaux pour se socialiser et faire la fĂȘte.

Une fĂȘte de village dans laquelle tout le monde met la main Ă  la patte, indiffĂ©remment selon son sexe biologique de naissance, oĂč il n’y a pas enrichissement personnel sur le dos de la fĂȘte, de la convivialitĂ© et de la bonne humeur, sont souvent bien plus sympathiques que ces lieux oĂč la sĂ©lection par l’argent s’opĂšre grĂące Ă  un videur peu conciliant.

Nul ne doit se gaver d’argent avec une fĂȘte. Une fĂȘte, ça ne sert pas Ă  se faire du fric mais
à faire la fĂȘte, Ă  cĂ©lĂ©brer la vie. Pas Ă  se dĂ©truire en engloutissant le plus rapidement possible une grande quantitĂ© d’alcool. D’ailleurs, enchaĂźner les beuveries sans ĂȘtre capable d’aligner deux mots est le meilleur moyen de rester cĂ©libataire.

Quand l’argent tombe dans les poches d’une seule main ou celle de plusieurs mains masculines, toujours les mĂȘmes, alors vous ĂȘtes sur une structure rĂ©actionnaire, une structure verticale, figĂ©e, tournant radicalement le dos Ă  la LibertĂ© et Ă  l’EgalitĂ©.

Ne jamais participer Ă  des fĂȘtes aux chĂąteaux, mĂȘme avec des fĂȘtes techno. Certains groupes techno sont en lien avec la mafia aristocratique d’une partie de l’Europe de l’Ouest. Ce sont des endroits oĂč des saluts nazis sont tendus.

Certains fils Ă  papa d’extrĂȘme droite royaliste possĂšdent pour 145.000€ de matĂ©riel. Les formules mathĂ©matiques, dans la mesure oĂč ce rĂ©seau est animĂ© par des hommes privilĂ©giĂ©s, pourront vous emmener vers des teufs animĂ©es par des lepĂ©nistes, des royalistes, des mafias.

Le milieu de la techno est hélas largement gangréné par le fascisme et le complotisme.

PrivilĂ©giez le vrai esprit Spiral Tribe, les gens vraiment crĂ©atifs, les teufs sympathoches oĂč il y a des pots communs vĂ©rifiables par tous et non uniquement oĂč quelques hommes qui se partagent le butin dans l’ombre pendant que les femmes dansent et ramassent les dĂ©chets.

Dans l’idĂ©al, il faudrait que les femmes perdent l’habitude de trouver “naturel”, que ce soient les hommes qui dĂ©cident de tout, organisent tout, possĂšdent toujours l’argent, le matĂ©riel de sonorisation, le choix du lieu et de la date. Elles doivent elles-mĂȘmes prendre les choses en main, organiser les choses de façon juste car si elles le font pas, c’est une poignĂ©e d’hommes qui le fera. Toujours.

Les femmes doivent se rapprocher des organisations associatives ou faites dans un esprit libertaire pour faire la fĂȘte. Certaines fĂȘtes altermondialistes drainent infiniment moins de violence qu’une boite de nuit tenue par un patron lepĂ©niste.

Dans un milieu festif frĂ©quentable, il n’y a pas une seule bagarre. Pas une. Fuyez comme la peste ces lieux oĂč les hommes agressifs tentent de conforter leur virilitĂ©, oĂč les hommes sont possessifs, communautaires, sectaires. Des endroits Ă  Ă©viter absolument. En imposant leur violence et en se plaçant en protecteur de la violence qu’ils engendrent eux-mĂȘmes, les hommes gagnent sur tous les tableaux.

Il faut que les femmes s’écartent des hommes qui entendent toujours dĂ©cider de tout pour tout le monde et se rapprocher de ceux qui ont compris que cette inĂ©galitĂ© abyssale ne pourra plus continuer ainsi.

DĂšs qu’il y a un patron, ça peut pas ĂȘtre, politiquement, “libertaire” ou “de gauche”.  C’est forcĂ©ment une idĂ©ologie de droite patronale ou d’extrĂȘme droite patronale.

On ne pourra pas changer cette sociĂ©tĂ© d’hommes Ă  coups de leçons de bonne morale. Il faudra qu’hommes et femmes exploitĂ©s et opprimĂ©s, aillent chercher leur LibertĂ© et l’EgalitĂ© ensemble.

En attendant, les femmes doivent assĂ©cher totalement les lieux possĂ©dĂ©s par et pour les hommes, l’associatif est beaucoup plus sympa que les mafias. Cela signifie, tout simplement, qu’il ne faut pas aller en boite de nuit.

A lire en complément:

Sur l’incendie de Saint-Laurent-du-Pont
Par Guy Debord

L’embrasement instantanĂ© du dancing de Saint-Laurent-du-Pont, oĂč 146 personnes furent brĂ»lĂ©es vives le 1er novembre 1970, a certainement causĂ© une vive Ă©motion en France, mais la nature mĂȘme de cette Ă©motion a Ă©tĂ© fort mal analysĂ©e, sur le moment et depuis, par les multiples commentaires. On a, bien sĂ»r, relevĂ© la carence des autoritĂ©s Ă  propos des consignes de sĂ©curitĂ© : un peu partout, celles-ci sont bien conçues et minutieusement rĂ©digĂ©es, mais les faire respecter serait une tout autre affaire, car effectivement appliquĂ©es elles entraveraient plus ou moins gravement la rĂ©alisation du profit, c’est-Ă -dire le but exclusif de l’entreprise, tant sur les lieux de production que dans les diverses usines de distribution ou consommation des loisirs. On a aussi
notĂ© le caractĂšre dangereux des matĂ©riaux modernes, et la propension des horribles dĂ©cors Ă  devenir dĂ©cors de l’horreur : « On sait que le plafond en polyester, le revĂȘtement en matiĂšre plastique des murs, les siĂšges gonflables, ont brĂ»lĂ© comme de la paille et coupĂ© la retraite des danseurs, les surprenant dans leur course contre la mort » (Le Figaro, 2-11-70). Cette fois-ci les loisirs de l’ennui ont rĂ©vĂ©lĂ©, peut-on dire, un cas extrĂȘme et localisĂ© de la pollution gĂ©nĂ©rale, et de son prix. Au-delĂ  de ce mĂ©contentement courant envers les spĂ©cialistes, solidaires, qui se rĂ©servent le monopole de la protection de la sociĂ©tĂ© comme celui de la construction de tous les Ă©difices, beaucoup ont Ă©tĂ© sensibles Ă  l’horreur particuliĂšre de la sortie interdite Ă  tous ceux qui fuyaient, dĂ©jĂ  enflammĂ©s ou prĂšs de l’ĂȘtre, par un portillon spĂ©cialement amĂ©nagĂ© pour ne s ‘ouvrir
que vers l’intĂ©rieur, et pour se bloquer aprĂšs le passage de chaque individu : il s’agissait d’éviter que quelqu’un puisse entrer sans payer. La pancarte des parents des victimes manifestant un mois plus tard sur place : « Ils ont payĂ© pour entrer, ils devaient pouvoir sortir » semble une Ă©vidence en termes humains ; mais il convient de ne
pas oublier qu’elle ne l’est pas du point de vue de l’économie politique, et entre ces deux projets la question est seulement de savoir qui sera le plus fort, voilĂ  tout. En effet, entrer et payer est la nĂ©cessitĂ© absolue du systĂšme marchand, la seule qu’il veuille et la seule dont il se prĂ©occupe. Entrer sans payer, c’est le mettre Ă 
mort. Se plaire ou non Ă  l’intĂ©rieur du guet-apens climatisĂ©, voilĂ  tout ce qui n’a pour lui nulle importance, et pas mĂȘme de rĂ©alitĂ©. À Saint-Laurent-du-Pont l’insĂ©curitĂ© des gens n’était que le sous-produit peu encombrant, la mĂȘme monnaie, l’à-cĂŽtĂ© nĂ©gligeable de la sĂ©curitĂ© de la marchandise.

Mais tout ceci – que ce soit une classe qui se trouve responsable de tels accidents – est banal, encore qu’en ce moment les hommes commencent Ă  trouver Ă©tonnantes et corrigibles les banalitĂ©s rĂ©gnantes qui les mutilent et qui les tuent. Cependant l’hĂ©catombe de Saint-Laurent-du-Pont a Ă©tĂ© plus profondĂ©ment ressentie qu’une
quantitĂ© d’autres catastrophes, rupture d’un barrage ou chute d’un avion. L’importance du fait, comme toujours, se lit d’abord dans les mensonges ou les rĂ©ticences dont l’information spectaculaire le couvre.
Personne n’a pu envisager de truquer le nombre des victimes, comme Ă  Gdynia, Ă  Mexico, rue Gay-Lussac. Mais, pour attĂ©nuer autant que possible la violence du fait brut, on a paradoxalement cachĂ© le nombre des survivants. Quelques personnes, au moment oĂč le bĂ»cher prit, se promenaient hors de l’édifice, quelques autres purent tout de suite franchir la porte. On n’a pas voulu citer le chiffre prĂ©cis de ceux qui ont pu sortir, pour le mettre en face du nombre de ceux qui restĂšrent bloquĂ©s dedans. Ainsi beaucoup de naĂŻfs ont pu croire qu’il y avait eu tout de mĂȘme des dizaines de rescapĂ©s, voire plus. Cependant, quelque temps aprĂšs, la gendarmerie menant son enquĂȘte recueillit le tĂ©moignage d’une trentaine de personnes ayant l’habitude de frĂ©quenter le dancing « Cinq-Sept ». Il va de soi qu’étaient Ă  plus forte raison compris dans ce nombre tous ceux
qui y furent prĂ©sents cette nuit-lĂ . En soustrayant les six ou huit qui Ă©taient dĂ©jĂ  Ă  l’extĂ©rieur, on peut conclure qu’une dizaine, au plus, de ceux qui Ă©taient Ă  l’intĂ©rieur, en sortirent. Il en brĂ»la quinze fois plus.
En quoi cette mort en masse se différencie-t-elle de ce qui peut advenir à des groupes humains semblables rassemblés par hasard dans un grand magasin ou dans un train ? Les morts de Saint-Laurent-du-Pont étaient presque exclusivement des jeunes, et en majorité des garçons et des filles de seize à vingt ans. En outre, ils
Ă©taient pour la plupart des pauvres, des jeunes travailleurs, dont beaucoup d’enfants de travailleurs immigrĂ©s.

La soirĂ©e Ă  Saint-Laurent-du-Pont, le samedi, Ă©tait un exemple du genre de vie que l’abondance marchande offre Ă  la jeunesse et aux travailleurs : plusieurs ont des voitures, et on peut aller en groupe se payer l’entrĂ©e d’un local en toc ; y ĂȘtre ensemble. Ce n’était pas sortir de la solitude et de l’ennui ; mais un moment de l’ennui qui Ă©tait censĂ© ĂȘtre plus amusant. C’est Ă  cette jeunesse qui n’accepte plus ses conditions d’existence que l’on offrait justement, dans l’IsĂšre, comme salaire de son travail hebdomadaire, sa nourriture, de l’essence et les plaisirs de Saint-Laurent-du-Pont. Que voulaient-ils donc ? Ceux que l’on matraque ailleurs ont brĂ»lĂ© ici.
Quand la population de Saint-Laurent-du-Pont, quelques jours aprĂšs, a trouvĂ© bon de se solidariser avec son maire, momentanĂ©ment sanctionnĂ©, les petites entreprises du pays ont dĂ©cidĂ© une heure de grĂšve, mais, remarque Le Monde du 8-9 novembre, « dans l’entreprise la plus importante de la commune, une usine de laminage Ă  froid (
) le personnel n’a pas Ă©tĂ© unanime (
) en outre, la pĂ©tition mise en circulation a Ă©tĂ© proposĂ©e Ă  la signature des seuls Ă©lecteurs, Ă©cartant ainsi les jeunes gens de moins de vingt et un ans. Ceux-ci ont Ă©tĂ© d’autant plus sensibles Ă  cette discrimination que les victimes de l’incendie du « 5-7 » ont Ă©tĂ© pour la plupart des jeunes gens de moins de vingt et un ans. »
La discrimination est beaucoup plus grave, et ses causes sont profondes. Les trois journalistes du Figaro qui ont signĂ© ensemble le reportage publiĂ© le 2 novembre rapportent en ces termes le tĂ©moignage d’un des rescapĂ©s, Jean-Luc Bastard, sur ce qui s’est passĂ© Ă  la porte : « On a tout fait pour en sauver le plus possible. On tirait les bras et les jambes qui Ă©taient lĂ  devant nous. Avec nos vestons trempĂ©s dans le ruisseau proche du dancing, nous avons Ă©touffĂ© les flammes sur les vĂȘtements de ceux que nous parvenions Ă  dĂ©gager. Des automobilistes se sont arrĂȘtĂ©s sur le bord de la route et nous ont regardĂ©. Certains se sont amusĂ©s et riaient de nous voir faire, refusant de participer au secours. Il n’y en a que deux ou trois qui nous ont aidĂ©s. »

Quand d’autres journaux ont citĂ© ultĂ©rieurement ce tĂ©moin, ce qu’il a dit des automobilistes qui refusaient de secourir ces jeunes gens et riaient de les voir brĂ»ler a Ă©tĂ©, comme par hasard, supprimĂ©. C’était pourtant, de bien loin, l’information la plus sensationnelle. Le journalisme moderne sait sacrifier les impĂ©ratifs Ă©troitement
professionnels pour soutenir les intĂ©rĂȘts gĂ©nĂ©raux de la sociĂ©tĂ© qui le produit ; et le feu appelle le feu. En tout cas, on voit que les journalistes mĂ©ritent peu le blĂąme, rapportĂ© par Le Monde du 10 novembre en style particuliĂšrement malheureux, « d’avoir Ă©chauffĂ© les esprits ». Les automobilistes de la rĂ©gion savaient bien que
ce funĂšbre dancing Ă©tait un lieu de consommation de la jeunesse- donc des voyous droguĂ©s, de la pĂšgre paresseuse- et ceux des adultes qui ont renoncĂ© Ă  la vie- bien plus nombreux que les capitalistes et les quelques couches sociales privilĂ©giĂ©es : toutes les victimes du systĂšme qui estiment qu’il ne leur reste plus, comme ĂȘtre et propriĂ©tĂ©, que l’aliĂ©nation Ă  laquelle ils se sont identifiĂ©s, dĂ©testent furieusement la jeunesse : ils l’envient d’ĂȘtre plus libre qu’eux (tout porte Ă  croire que la majoritĂ© des Ă©lecteurs sont Ă©galement monogames) et de moins courber la tĂȘte. Cette haine de la jeunesse, qui n’est qu’une figure passagĂšre de la haine plus motivĂ©e qui est en train de rĂ©apparaĂźtre avec le retour de la lutte de classe, atteint cependant, parce que la totalitĂ© des aspects de la vie va ĂȘtre cette fois explicitement mise en jeu dans la rĂ©volution, une violence inconnue au temps oĂč une illusion de communautĂ© nationale ou humaine Ă©tait encore ressentie entre des classes en conflit. Un bourgeois contemporain de Thiers eĂ»t sans doute secouru un ouvrier sortant en flammes d’un bĂątiment qui
brĂ»le. Beaucoup de colons d’Afrique du Nord, au moins jusqu’aux annĂ©es 50, l’eussent fait pour un Arabe. Mais la haine qu’inspire en ce moment la jeunesse est d’une qualitĂ© tout Ă  fait exceptionnelle. Et ceci ne provient que trĂšs superficiellement de la propagande gouvernementale diffusĂ©e dans ce but par les mass media. Les
rĂ©signĂ©s de l’automutilation ne dĂ©testent pas les affirmations rĂ©volutionnaires de la jeunesse parce qu’ils seraient faussement informĂ©s Ă  leur propos par le spectacle ; mais bien plus profondĂ©ment parce qu’ils sont spectateurs. À l’excellente formule qu’un groupe de jeunes rĂ©volutionnaires a Ă©noncĂ©e depuis lors – « Nous ne sommes pas contre les vieux, mais contre ce qui les a fait vieillir » -, les rĂ©signĂ©s pourraient rĂ©pondre sincĂšrement, s’ils l’osaient : « Nous ne sommes pas contre les jeunes mais contre ce qui les fait vivre. » Dans ce qui s’est passĂ© Ă  Saint-Laurent-du-Pont, comme depuis dans la photo, affichĂ©e sur les murs de Paris, du visage dĂ©truit de Richard Deshaies ; on peut lire dĂ©jĂ , Ă©vident comme un pavĂ© ou une charge de C.R.S., le climat de la
guerre civile.

La violence a toujours existĂ© dans la sociĂ©tĂ© de classes, mais l’actuelle gĂ©nĂ©ration rĂ©volutionnaire a seulement commencĂ© Ă  refaire voir, dans les entreprises et dans les rues, que la violence peut exister des deux cĂŽtĂ©s : d’oĂč le scandale et les inquiĂ©tudes tĂ©lĂ©visĂ©es du gouvernement. Le prolĂ©tariat et la jeunesse savent maintenant qu’ils font peur ; et les jeunes ouvriers, au C.E.T. comme Ă  l’usine, sont les plus jeunes des jeunes et les plus prolĂ©taires des prolĂ©taires. Parce qu’ils font peur, on les pourchasse. Et par cela mĂȘme, ils doivent apprendre Ă  faire peur plus efficacement, Ă  vaincre leurs adversaires. À Saint-Etienne, Ă  La Courneuve, des cafetiers les abattent. Il s’agit chaque fois de « leur donner une leçon » ; et c’est effectivement une leçon que, par dizaines de milliers, ils mĂ©ditent. Les rescapĂ©s de Saint-Laurent-du-Pont restaient trop peu nombreux, et trop accablĂ©sdu coup, pour continuer Ă  s’en prendre au propriĂ©taire survivant du dancing, aprĂšs avoir de prime abord, dans une juste colĂšre, fait mine de lyncher le profiteur. S’ils l’avaient fait, on eĂ»t sans doute enregistrĂ© bien des blĂąmes dispensĂ©s par les journalistes de gauche et les bureaucrates trotskistes. Pourtant, comme dit une chanson de la vieille RĂ©volution française, Ă  propos du massacre du gouverneur de la Bastille : « Comment
peut-on trouver du mal à ça. »

Il y a bien cent ans que la jeunesse n’a pas Ă©tĂ© si rĂ©solue Ă  dĂ©truire le vieux monde, et jamais dans l’histoire elle n’a Ă©tĂ© si intelligente. (La poĂ©sie qui est dans l’I.S. peut ĂȘtre lue maintenant par une jeune fille de quatorze ans ;sur ce point le souhait de LautrĂ©amont est comblĂ©). Mais finalement ce n’est pas la jeunesse, en tant qu’état
passager, qui menace l’ordre social : c’est la critique rĂ©volutionnaire moderne, en actes et en thĂ©orie, dont l’expansion rapide se manifeste partout Ă  dater d’un moment historique que nous venons de vivre. Elle commence dans la jeunesse d’un moment, mais elle ne vieillira pas. Le phĂ©nomĂšne qui s’amplifie chaque annĂ©e, n’a rien de cyclique : il est cumulatif. C’est l’histoire qui est aux portes de la sociĂ©tĂ© de classes, c’est sa mort. Ceux qui rĂ©priment la jeunesse se dĂ©fendent en rĂ©alitĂ© contre la rĂ©volution prolĂ©tarienne et cet amalgame les condamne. La panique fondamentale des propriĂ©taires de la sociĂ©tĂ© en face de la jeunesse est fondĂ©e sur un froid calcul, tout simple mais que l’on voudrait garder cachĂ© derriĂšre l’étalage de tant d’analyses stupides et d’exhortations pompeuses : d’ici douze Ă  quinze ans seulement, les jeunes seront adultes, les
adultes seront vieux, les vieux seront morts. On conçoit aisĂ©ment que les responsables de la classe au pouvoir ont absolument besoin de renverser en peu d’annĂ©es, la baisse tendancielle de leur taux de contrĂŽle sur la sociĂ©tĂ©. Et ils commencent Ă  penser qu’ils ne la renverseront pas.

Tapuscrit inédit de 7 pages rédigé en 1971 pour le n°13 de la revue I.S qui ne parut jamais




Source: Lesenrages-antifa.fr