Septembre 12, 2019
Par Indymedia Nantes
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“Racisme anti-Blancs.” D’un point de vue sociologique, l’expression apparaĂźt comme une fiction, une aberration. Pourtant, sa rĂ©cupĂ©ration politique n’a rien de virtuel. Et pour cause. Depuis quelques jours, l’ancien joueur de football Lilian Thuram est accusĂ© d’alimenter un supposĂ© “racisme anti-Blancs”.

La raison ? Dans une interview parue le 4 septembre dernier dans le journal italien le Corriere dello Sport, il a rĂ©pondu Ă  une question sur les insultes racistes visant les joueurs noirs dans les stades.

“Il faut prendre conscience que le monde du foot n’est pas raciste, mais qu’il y a du racisme dans la culture italienne, française, europĂ©enne et plus gĂ©nĂ©ralement dans la culture blanche. Il est nĂ©cessaire d’avoir le courage de dire que les Blancs pensent ĂȘtre supĂ©rieurs et qu’ils croient l’ĂȘtre”, a-t-il dit. Et c’est l’expression “les Blancs”, qui n’est visiblement pas passĂ©e pour beaucoup. A tel point que la Ligue Internationale Contre le Racisme et l’AntisĂ©mitisme (Licra) s’est fendue d’un communiquĂ© pour dĂ©noncer les “risques d’une dĂ©rive du combat antiraciste”.

Dans la foulĂ©e, rebondissant Ă  la polĂ©mique autour de Lilian Thuram, le consultant Pierre MĂ©nĂšs s’est attirĂ© de nombreuses critiques aprĂšs avoir dĂ©clarĂ© sur le plateau de CNews que “le vrai problĂšme, en France, dans le foot en tout cas, c’est le racisme anti-Blanc.” Et ce en arguant mĂȘme que son fils, “nul au foot”, en a Ă©tĂ© victime dans son club. Avant de s’en excuser. Trop tard : comme le souligne l’Obs, Pierre MĂ©nĂšs avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© Ă©rigĂ© en hĂ©ros, malgrĂ© lui, de la fachosphĂšre. La journaliste et essayiste Rokhaya Diallo, qui publiera le 2 octobre La France tu l’aimes ou tu la fermes (Ă©d. Textuel), dĂ©crypte pour nous ce qui se joue derriĂšre l’expression “racisme anti-Blancs”.

Lilian Thuram est au cƓur d’une polĂ©mique depuis plusieurs jours, accusĂ© de faire du “racisme anti-Blancs”, qu’est-ce que cela vous inspire ?

Rokhaya Diallo – J’ai crĂ©Ă© mon association anti-raciste en 2006, et avec toutes les questions sur lesquelles j’ai travaillĂ©, j’ai l’impression que de nombreuses personnes sont davantage mobilisĂ©es pour dĂ©noncer un supposĂ© racisme anti-Blancs que pour agir contre le racisme, qui produit des effets quotidiens. C’est vraiment ce qui me choque le plus : cette disproportion entre l’indiffĂ©rence par rapport Ă  ce que subissent les personnes minoritaires au quotidien, et la solidaritĂ© qui s’est formĂ©e pour dĂ©noncer Lilian Thuram.

Traiter quelqu’un de “sale blanc” ou de “sale noir”, est-ce vraiment la mĂȘme chose ?

Ce n’est pas la mĂȘme chose, parce que cela ne fait pas appel au mĂȘme imaginaire. Ce n’est pas la mĂȘme chose de se moquer du premier de la classe que du dernier. Si on dit Ă  quelqu’un “sale premier de la classe”, ce n’est pas la mĂȘme chose que de traiter quelqu’un de “sale cancre”. Le dommage psychologique n’est pas le mĂȘme. Le premier de la classe, quoi qu’il arrive, est le premier.

N’est-ce pas ici significatif de l’impossibilitĂ© de penser le racisme comme un tout, un systĂšme ?

Oui, cette rĂ©action est aussi symptomatique de ce que l’on appelle “la fragilitĂ© blanche” (“white fragility“). Ce concept a Ă©tĂ© crĂ©Ă© en 2011 par l’universitaire amĂ©ricaine Robin DiAngelo et dĂ©nonce le fait que les personnes blanches ont grandi dans des sociĂ©tĂ©s qui les protĂšgent de tout stress liĂ© Ă  leur couleur de peau. Elle explique comment un minimum de stress racial devient alors pour celles-ci intolĂ©rables. Il en rĂ©sulte bien souvent des rĂ©actions de dĂ©fense, comme de la colĂšre ou de l’opposition.

La polĂ©mique dĂ©clenchĂ©e par les propos de Lilian Thuram est pour moi rĂ©vĂ©latrice d’un mĂ©canisme de dĂ©fense par rapport Ă  la remise en question d’un petit privilĂšge. Quand je vois que Thomas Legrand (chroniqueur politique sur France Inter, ndlr) s’allie Ă  EugĂ©nie BastiĂ© (essayiste conservatrice et journaliste au Figaro, ndlr) pour expliquer le racisme anti-Blancs, pour moi, c’est un grand Ă©cart. Le seul point commun qu’il y a entre ces deux personnes est la volontĂ© de dĂ©noncer le sentiment de stigmatisation d’une personne blanche.

Mais si le “racisme anti-Blancs” est une fiction d’un point de vue sociologique, la rĂ©cupĂ©ration politique de cette expression est bien rĂ©elle…

Oui, et elle n’est pas nouvelle. Seulement, cette rĂ©cupĂ©ration politique prend vraiment bien racine depuis quelques annĂ©es. Dans les annĂ©es 80 dĂ©jĂ , le Front national parlait de racisme “anti-Français”. L’idĂ©e a Ă©tĂ© rĂ©investie ensuite en 2005, en marge des manifestations anti-CPE, Ă  Paris. A l’Ă©poque, une tribune dĂ©nonçant des “ratonnades anti-Blancs” avait Ă©tĂ© signĂ©e par des intellectuels comme le philosophe Alain Finkielkraut, ou le journaliste de gauche Jacques Julliard.

Encore une fois, on assistait alors Ă  une volontĂ© de relativiser le racisme. L’idĂ©e pointe rĂ©guliĂšrement son nez dans le discours politique, mais c’est aujourd’hui devenu un vĂ©ritable argument pour rĂ©pondre Ă  des victoires qui sont obtenues par des minoritĂ©s. Et forcĂ©ment, il y a une opposition, une rĂ©sistance, qui s’incarne dans le fait de dire : “Mais nous aussi on souffre.” Et ainsi, cela permet de relativiser d’une certaine maniĂšre le racisme systĂ©mique français.

Pourquoi est-ce que l’on a autant de mal en France Ă  parler de ces questions-là ? Le modĂšle d’intĂ©gration français empĂȘche-t-il de s’y pencher ?

Je pense que le problĂšme vient de la culture française. La France se vit comme un pays trĂšs Ă  part, comme un pays dont les valeurs sont supĂ©rieures aux autres. C’est le pays qui est Ă  l’origine de nombreux droits humains, le pays des LumiĂšres, et donc aux valeurs morales exceptionnelles. Et la remise en question de ces fondements est trĂšs difficile.

La RĂ©publique est invoquĂ©e comme Ă©tant une entitĂ© supĂ©rieure, et pourtant, il faut rappeler que son instauration est aussi concomitante avec l’extension coloniale. La culture politique française sacralise un certain nombre de valeurs et d’institutions, et empĂȘche toute remise en question d’effets institutionnels qui sont parfois injustes. Lorsqu’une personne comme moi, minoritaire, questionne l’Ă©galitĂ©, la rĂ©ponse qu’on lui donne c’est : “Vous n’aimez pas la France.” DĂšs lors qu’on tente d’ouvrir une discussion rationnelle, on y introduit une rĂ©ponse irrationnelle. Et c’est quelque chose qui est trĂšs prĂ©sent dans le discours politique.

C’est d’ailleurs ce qu’essayait d’expliquer Lilian Thuram dans son interview au Corriere dello sport


Tout Ă  fait. Il est important de dire que ce qui caractĂ©rise la culture et l’histoire moderne, c’est la structuration du monde entre les Occidentaux et les pays exploitĂ©s par l’Occident. On ne peut pas ne pas se dire que l’on jouit aujourd’hui d’un passĂ©, sans penser Ă  ce que cela a coĂ»tĂ© Ă  d’autres.

En quoi les mots “blanchitĂ© ” et “racisĂ©” sont-ils importants selon vous ?

Il est trĂšs important de nommer les dynamiques de pouvoir. Pour moi, les mots les plus importants qui ont Ă©mergĂ© dans le dĂ©bat sont “Blanc” et “blanchitĂ©”. En France, on parle toujours du dĂ©bat anti-raciste en ne parlant que des “minoritĂ©s visibles”, mais jamais de la “majoritĂ© invisible”. La position blanche est vĂ©cue comme un point neutre Ă  partir duquel tous les autres sont dĂ©finis. C’est pourquoi il est important de dire qu’ĂȘtre Blanc est tout autant une construction politique que d’ĂȘtre Noir ou Arabe.

Et questionner cette position dominante est essentiel, car il ne s’agit pas de questionner des individualitĂ©s, mais au contraire des positions et ce qui en dĂ©coule en termes de poids et de privilĂšges. Ce qu’a fait Lilian Thuram, mĂȘme s’il l’a fait au prix d’une forte polĂ©mique, est profondĂ©ment salutaire. Placer les Blancs au centre du dĂ©bat sur la question raciale, c’est capital, car ce sont ces positions dominantes qui sont Ă  questionner. Quand on parle de la question noire ou arabe, on pense finalement que cela ne concerne que les Noirs ou que les Musulmans. Alors que, lorsque l’on parle de blanchitĂ©, cela engage davantage la responsabilitĂ© collective, et on dĂ©place le dĂ©bat.

Quand en 2016 Laurence Rossignol – Ă  l’Ă©poque ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes – a utilisĂ© le mot “nĂšgre” cela n’a pas fait un tel dĂ©bat, alors que c’est un terme injurieux reconnu comme Ă©tant raciste. Et je suis Ă©tonnĂ©e de me rendre compte qu’une ministre peut parler de “nĂšgres” sans aucune consĂ©quence… Mais trois ans plus tard, lorsqu’un homme noir parle des “Blancs” il se retrouve au centre d’une polĂ©mique incroyable, qui unit toutes sortes de personnes.

Propos recueillis par Fanny Marlier

“Racisme anti-Blancs.” D’un point de vue sociologique, l’expression apparaĂźt comme une fiction, une aberration. Pourtant, sa rĂ©cupĂ©ration politique n’a rien de virtuel. Et pour cause. Depuis quelques jours, l’ancien joueur de football Lilian Thuram est accusĂ© d’alimenter un supposĂ© “racisme anti-Blancs”.

La raison ? Dans une interview parue le 4 septembre dernier dans le journal italien le Corriere dello Sport, il a rĂ©pondu Ă  une question sur les insultes racistes visant les joueurs noirs dans les stades.

“Il faut prendre conscience que le monde du foot n’est pas raciste, mais qu’il y a du racisme dans la culture italienne, française, europĂ©enne et plus gĂ©nĂ©ralement dans la culture blanche. Il est nĂ©cessaire d’avoir le courage de dire que les Blancs pensent ĂȘtre supĂ©rieurs et qu’ils croient l’ĂȘtre”, a-t-il dit. Et c’est l’expression “les Blancs”, qui n’est visiblement pas passĂ©e pour beaucoup. A tel point que la Ligue Internationale Contre le Racisme et l’AntisĂ©mitisme (Licra) s’est fendue d’un communiquĂ© pour dĂ©noncer les “risques d’une dĂ©rive du combat antiraciste”.

Dans la foulĂ©e, rebondissant Ă  la polĂ©mique autour de Lilian Thuram, le consultant Pierre MĂ©nĂšs s’est attirĂ© de nombreuses critiques aprĂšs avoir dĂ©clarĂ© sur le plateau de CNews que “le vrai problĂšme, en France, dans le foot en tout cas, c’est le racisme anti-Blanc.” Et ce en arguant mĂȘme que son fils, “nul au foot”, en a Ă©tĂ© victime dans son club. Avant de s’en excuser. Trop tard : comme le souligne l’Obs, Pierre MĂ©nĂšs avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© Ă©rigĂ© en hĂ©ros, malgrĂ© lui, de la fachosphĂšre. La journaliste et essayiste Rokhaya Diallo, qui publiera le 2 octobre La France tu l’aimes ou tu la fermes (Ă©d. Textuel), dĂ©crypte pour nous ce qui se joue derriĂšre l’expression “racisme anti-Blancs”.

Lilian Thuram est au cƓur d’une polĂ©mique depuis plusieurs jours, accusĂ© de faire du “racisme anti-Blancs”, qu’est-ce que cela vous inspire ?

Rokhaya Diallo – J’ai crĂ©Ă© mon association anti-raciste en 2006, et avec toutes les questions sur lesquelles j’ai travaillĂ©, j’ai l’impression que de nombreuses personnes sont davantage mobilisĂ©es pour dĂ©noncer un supposĂ© racisme anti-Blancs que pour agir contre le racisme, qui produit des effets quotidiens. C’est vraiment ce qui me choque le plus : cette disproportion entre l’indiffĂ©rence par rapport Ă  ce que subissent les personnes minoritaires au quotidien, et la solidaritĂ© qui s’est formĂ©e pour dĂ©noncer Lilian Thuram.

Traiter quelqu’un de “sale blanc” ou de “sale noir”, est-ce vraiment la mĂȘme chose ?

Ce n’est pas la mĂȘme chose, parce que cela ne fait pas appel au mĂȘme imaginaire. Ce n’est pas la mĂȘme chose de se moquer du premier de la classe que du dernier. Si on dit Ă  quelqu’un “sale premier de la classe”, ce n’est pas la mĂȘme chose que de traiter quelqu’un de “sale cancre”. Le dommage psychologique n’est pas le mĂȘme. Le premier de la classe, quoi qu’il arrive, est le premier.

N’est-ce pas ici significatif de l’impossibilitĂ© de penser le racisme comme un tout, un systĂšme ?

Oui, cette rĂ©action est aussi symptomatique de ce que l’on appelle “la fragilitĂ© blanche” (“white fragility“). Ce concept a Ă©tĂ© crĂ©Ă© en 2011 par l’universitaire amĂ©ricaine Robin DiAngelo et dĂ©nonce le fait que les personnes blanches ont grandi dans des sociĂ©tĂ©s qui les protĂšgent de tout stress liĂ© Ă  leur couleur de peau. Elle explique comment un minimum de stress racial devient alors pour celles-ci intolĂ©rables. Il en rĂ©sulte bien souvent des rĂ©actions de dĂ©fense, comme de la colĂšre ou de l’opposition.

La polĂ©mique dĂ©clenchĂ©e par les propos de Lilian Thuram est pour moi rĂ©vĂ©latrice d’un mĂ©canisme de dĂ©fense par rapport Ă  la remise en question d’un petit privilĂšge. Quand je vois que Thomas Legrand (chroniqueur politique sur France Inter, ndlr) s’allie Ă  EugĂ©nie BastiĂ© (essayiste conservatrice et journaliste au Figaro, ndlr) pour expliquer le racisme anti-Blancs, pour moi, c’est un grand Ă©cart. Le seul point commun qu’il y a entre ces deux personnes est la volontĂ© de dĂ©noncer le sentiment de stigmatisation d’une personne blanche.

Mais si le “racisme anti-Blancs” est une fiction d’un point de vue sociologique, la rĂ©cupĂ©ration politique de cette expression est bien rĂ©elle…

Oui, et elle n’est pas nouvelle. Seulement, cette rĂ©cupĂ©ration politique prend vraiment bien racine depuis quelques annĂ©es. Dans les annĂ©es 80 dĂ©jĂ , le Front national parlait de racisme “anti-Français”. L’idĂ©e a Ă©tĂ© rĂ©investie ensuite en 2005, en marge des manifestations anti-CPE, Ă  Paris. A l’Ă©poque, une tribune dĂ©nonçant des “ratonnades anti-Blancs” avait Ă©tĂ© signĂ©e par des intellectuels comme le philosophe Alain Finkielkraut, ou le journaliste de gauche Jacques Julliard.

Encore une fois, on assistait alors Ă  une volontĂ© de relativiser le racisme. L’idĂ©e pointe rĂ©guliĂšrement son nez dans le discours politique, mais c’est aujourd’hui devenu un vĂ©ritable argument pour rĂ©pondre Ă  des victoires qui sont obtenues par des minoritĂ©s. Et forcĂ©ment, il y a une opposition, une rĂ©sistance, qui s’incarne dans le fait de dire : “Mais nous aussi on souffre.” Et ainsi, cela permet de relativiser d’une certaine maniĂšre le racisme systĂ©mique français.

Pourquoi est-ce que l’on a autant de mal en France Ă  parler de ces questions-là ? Le modĂšle d’intĂ©gration français empĂȘche-t-il de s’y pencher ?

Je pense que le problĂšme vient de la culture française. La France se vit comme un pays trĂšs Ă  part, comme un pays dont les valeurs sont supĂ©rieures aux autres. C’est le pays qui est Ă  l’origine de nombreux droits humains, le pays des LumiĂšres, et donc aux valeurs morales exceptionnelles. Et la remise en question de ces fondements est trĂšs difficile.

La RĂ©publique est invoquĂ©e comme Ă©tant une entitĂ© supĂ©rieure, et pourtant, il faut rappeler que son instauration est aussi concomitante avec l’extension coloniale. La culture politique française sacralise un certain nombre de valeurs et d’institutions, et empĂȘche toute remise en question d’effets institutionnels qui sont parfois injustes. Lorsqu’une personne comme moi, minoritaire, questionne l’Ă©galitĂ©, la rĂ©ponse qu’on lui donne c’est : “Vous n’aimez pas la France.” DĂšs lors qu’on tente d’ouvrir une discussion rationnelle, on y introduit une rĂ©ponse irrationnelle. Et c’est quelque chose qui est trĂšs prĂ©sent dans le discours politique.

C’est d’ailleurs ce qu’essayait d’expliquer Lilian Thuram dans son interview au Corriere dello sport


Tout Ă  fait. Il est important de dire que ce qui caractĂ©rise la culture et l’histoire moderne, c’est la structuration du monde entre les Occidentaux et les pays exploitĂ©s par l’Occident. On ne peut pas ne pas se dire que l’on jouit aujourd’hui d’un passĂ©, sans penser Ă  ce que cela a coĂ»tĂ© Ă  d’autres.

En quoi les mots “blanchitĂ© ” et “racisĂ©” sont-ils importants selon vous ?

Il est trĂšs important de nommer les dynamiques de pouvoir. Pour moi, les mots les plus importants qui ont Ă©mergĂ© dans le dĂ©bat sont “Blanc” et “blanchitĂ©”. En France, on parle toujours du dĂ©bat anti-raciste en ne parlant que des “minoritĂ©s visibles”, mais jamais de la “majoritĂ© invisible”. La position blanche est vĂ©cue comme un point neutre Ă  partir duquel tous les autres sont dĂ©finis. C’est pourquoi il est important de dire qu’ĂȘtre Blanc est tout autant une construction politique que d’ĂȘtre Noir ou Arabe.

Et questionner cette position dominante est essentiel, car il ne s’agit pas de questionner des individualitĂ©s, mais au contraire des positions et ce qui en dĂ©coule en termes de poids et de privilĂšges. Ce qu’a fait Lilian Thuram, mĂȘme s’il l’a fait au prix d’une forte polĂ©mique, est profondĂ©ment salutaire. Placer les Blancs au centre du dĂ©bat sur la question raciale, c’est capital, car ce sont ces positions dominantes qui sont Ă  questionner. Quand on parle de la question noire ou arabe, on pense finalement que cela ne concerne que les Noirs ou que les Musulmans. Alors que, lorsque l’on parle de blanchitĂ©, cela engage davantage la responsabilitĂ© collective, et on dĂ©place le dĂ©bat.

Quand en 2016 Laurence Rossignol – Ă  l’Ă©poque ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes – a utilisĂ© le mot “nĂšgre” cela n’a pas fait un tel dĂ©bat, alors que c’est un terme injurieux reconnu comme Ă©tant raciste. Et je suis Ă©tonnĂ©e de me rendre compte qu’une ministre peut parler de “nĂšgres” sans aucune consĂ©quence… Mais trois ans plus tard, lorsqu’un homme noir parle des “Blancs” il se retrouve au centre d’une polĂ©mique incroyable, qui unit toutes sortes de personnes.

https://www.lesinrocks.com/2019/09/09/actualite/societe/pourquoi-il-faut-en-finir-avec-lexpression-racisme-anti-blancs/




Source: Nantes.indymedia.org