Janvier 27, 2021
Par Questions De Classe
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Un article gratuit du dernier numéro de la revue Traces de changements, disponible ici

https://www.changement-egalite.be/TRACeS-248-Grammaire-decembre-2020

La grammaire, la fait-on comme on fait de la poterie, ou de la soupe ? Et, pour produire quoi ? Question incongrue. Il paraĂźt que c’est nĂ©cessaire Ă  la maitrise de la langue… VĂ©rifions-le dans un manuel (CE1&2 [1]).

On trouve des leçons, aux titres Ă©tranges, pour un enfant de sept-huit ans : Le complĂ©ment d’objet direct, COD, Les subordonnĂ©es circonstancielles, Le passĂ© simple de l’indicatif, avec des dĂ©finitions, puis une rĂšgle Ă  apprendre, puis des exercices d’application qui demandent d’appliquer la rĂšgle en prĂ©cisant si tel mot est, ou non, un COD, une subordonnĂ©e circonstancielle ou un passĂ© simple de l’indicatif.

OĂč est l’aide pour mieux utiliser la langue ? Et d’oĂč sortent ces rĂšgles que le manuel prĂ©sente ?

On doit les appliquer, donc, elles sont prescriptives. Mais alors, qui les a prescrites ? Quel Dieu de la langue les a dictĂ©es du haut d’un mont ?

En fait, aucune d’elles n’a la moindre lĂ©gitimitĂ© : fausses ou incomplĂštes pour la plupart, elles sont de pure invention, issues d’une paresseuse routine.

Quant aux noms Ă  donner, mal conçus, incomprĂ©hensibles, ils empĂȘchent les enfants de construire les notions qui permettent de comprendre comment fonctionne une langue.

Or, pour maitriser une machine, les noms des piĂšces ne suffisent guĂšre : c’est son fonctionnement qu’il faut connaitre…

Pour maitriser la langue, notre machine Ă  communiquer, les enfants ont donc besoin, non pas d’une grammaire qui enseigne les noms des piĂšces, mais d’un systĂšme d’étude qui permette de comprendre comment elle fonctionne. On passe du Comment ça s’appelle ? Ă  Comment ça marche ? C’est beaucoup plus compliquĂ© ? Et alors ?

Quelques esprits mal intentionnĂ©s pourraient penser, ici, qu’enseigner un savoir simple, qui ne sert Ă  rien, pourrait ĂȘtre en haut lieu, un choix conscient et dĂ©libĂ©rĂ© : fournir une illusion de savoir, Ă©vite les inconvĂ©nients d’un savoir solide trop rĂ©pandu
 Qui sait ?

En tout cas, une chose est certaine, la grammaire que proposent les manuels et les programmes officiels n’est pas celle qu’il faut.

Quelle grammaire alors ?

Une premiĂšre certitude pour rĂ©pondre : la langue Ă©tant un fait, une donnĂ©e de notre environnement, les rĂšgles qui la dirigent ne peuvent ĂȘtre que des rĂšgles de fonctionnement qui ne s’appliquent pas, mais se dĂ©couvrent par observation et analyse.

Le rĂŽle d’une grammaire, digne de ce nom doit ĂȘtre de permettre Ă  ceux qui utilisent le français, leur langue, de connaitre les Ă©lĂ©ments, les piĂšces qui la constituent, de comprendre comment elles sont reliĂ©es entre elles, comment elles fonctionnent, et comment on s’en sert, pour communiquer avec d’autres personnes.

Savoir cela est chose essentielle Ă  la libertĂ© de chacun. L’ouvrier qui sait comment marche sa machine est infiniment plus libre que celui qui ne sait que s’en servir : celui-ci sera perdu devant une nouvelle version de l’outil, tandis que celui-lĂ , parce qu’il en maitrise la thĂ©orie n’aura aucune peine Ă  s’adapter aux nouveautĂ©s. Et celui qui, par sa condition sociale risque d’ĂȘtre mal jugĂ©, ou mĂ©prisĂ©, saura se dĂ©fendre s’il maitrise le langage et ses ressources.

Le devoir de donner cette maitrise Ă  tous est un devoir sacrĂ© de l’école : c’est Ă  ça que sert la grammaire. Mais pas n’importe laquelle, ni n’importe comment !

Pour savoir Ă  quelles conditions une grammaire va pouvoir jouer ce rĂŽle, il faut ne pas oublier qu’étudier le fonctionnement d’une machine n’est possible que si la machine fonctionne, et qu’il faut pouvoir le faire pendant qu’elle fonctionne. Si je ne mets pas le moteur en marche, je ne saurai jamais comment marche une machine.

Or, cela sera impossible si j’ai Ă©talĂ© chacune de ses piĂšces par terre pour les Ă©tudier sĂ©parĂ©ment.

On voit l’intĂ©rĂȘt de la comparaison : les manuels qui Ă©tudient les sortes de mots les uns aprĂšs les autres (les noms, les adjectifs, les verbes, les fonctions, etc.) ne proposent que des piĂšces mortes, impuissantes Ă  faire comprendre comment elles permettent de communiquer.

Et voilĂ  pourquoi la grammaire que nous avons subie Ă©tant enfant ne nous a jamais servi Ă  rien, sauf — et encore, pas pour tous — Ă  Ă©taler des connaissances inutiles aux examens.

Une grande diffĂ©rence, cependant, sĂ©pare la langue, d’une machine : la machine existe, mĂȘme arrĂȘtĂ©e. La langue, au contraire, n’existe pas au repos. C’est une notion abstraite, qu’on ne peut ni observer ni analyser. Elle doit ĂȘtre en fonctionnement pour ĂȘtre Ă©tudiĂ©e
 c’est-Ă -dire dans les textes qui nous entourent.

Or, ces textes ont Ă©tĂ© produits dans des situations, dites de communication, dont tous les paramĂštres ont jouĂ© un rĂŽle dans la maniĂšre dont ils ont Ă©tĂ© formulĂ©s : le lieu oĂč elles ont eu lieu, les partenaires qui les ont menĂ©es et les projets de ces partenaires, etc.

Il s’ensuit que la connaissance de tous ces paramĂštres est indispensable Ă  l’étude. D’oĂč l’impossibilitĂ© de la mener sur des phrases inventĂ©es, hors de tout contexte, comme c’est le cas dans la majoritĂ© des manuels.

Faire de la grammaire, ou plutît Étudier la langue, n’est possible que sur des textes connus, dont on connait les auteurs, et la situation qui les a produits.

Le travail de grammaire apparait ainsi comme le prolongement du travail de lecture : en lecture, on construit la, ou les significations du texte ; en grammaire, on dĂ©couvre comment l’utilisation de la langue a permis de les comprendre.

Bref, en lecture, on consomme et savoure le texte ; en grammaire, on repĂšre la recette pour le produire. Une aide pour la production. Une lecture plus sure et des outils pour Ă©crire.



Une autre pédagogie


[…]

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Source: Questionsdeclasses.org