Janvier 6, 2022
Par Expansive
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Deep Green Resistance (DGR) est une organisation internationale principalement basée aux Etats-Unis, dans un courant qu’on peut qualifier d’”écologie profonde”. Un groupe local s’est monté à Rennes il y a quelques mois. Les positions de DGR sur la question des transidentités sont problématiques et Expansive a choisi de ne plus donner de visibilité à ce groupe pour cette raison, comme l’explique la lettre ouverte ci-dessous (qui leur a aussi été adressée directement).

Hello,

Comme vous le savez, à Expansive nous nous sommes posé la question de la publication de vos articles et évènements sur le site. C’est aussi le cas d’autres collectifs et groupe de collectifs rennais qui se posent la question du rapport à DGR.

Alors, après avoir étudié vos références politiques, on a décidé de suspendre vos publications en attendant un texte de désolidarisation de votre part vis-à-vis des thèses portées par l’organisation DGR concernant les questions de genre, comme il vous l’a été demandé en échanges inter-personnels. [1]

Si on est interrogé sur le fait de vous publier, c’est parce que votre mouvement prône un « féminisme radical » dit « critique du genre » depuis ses débuts et que « DGR = Transphobe » dans l’imaginaire de celleux qui vous connaissent . A Rennes, les miliant·es vous connaissent un peu moins et se posent peu de questions sur votre présence, peut-être séduit.es par vos côtés anticapitalistes et votre promotion du sabotage. Vous êtes le seul groupe local de DGR actif en France. En tant que DGR Rennes vous représentez donc DGR France sur le terrain.

Pour rappel, voici les idées que vous revendiquez et auxquelles vous êtes associées :

Sur votre site, vous dites « Les tentatives visant à créer plus d’ « options » au sein du système sexe-caste ne peuvent que renforcer la brutalité du pouvoir masculin ». Ce qui est sous-entendu, c’est que les personnes non-binaires, de genre non-conformes et les personnes trans en général renforcent le patriarcat. Nous sommes en total désaccord avec ces propos. Pour nous, ce qui renforcent le patriarcat, ce sont nos structures sociales tenues et maintenues par des hommes cis blancs valides.

Vous relayez un article de Meghan Murphy, transphobe, dont l’objet est de critiquer la loi de reconnaissance du genre en Irlande. Voici une citation de cet article qui illustre sa transphobie : « La promulgation de cette loi a créé un système dans lequel des hommes s’identifiant comme transgenres peuvent avoir accès à tous les espaces ou services réservés aux femmes, sans aucune précaution ». Cet argument selon lequel les femmes trans sont des hommes qui veulent s’immiscer dans les espaces réservés aux femmes pour les agresser est fréquemment utilisé par les TERFs (Trans Exclusionary Radical Feminist = “Féministes radicales excluantes des trans”).

Vous relayez aussi une tribune de soutien à J.K Rowling qu’on ne présente plus pour sa transphobie. Dans cette tribune, vous vous posez la question « Comment se fait-il que le seul média grand public à soutenir J.K. Rowling soit le journal d’extrême droite Valeur actuelle ? ». Peut-être parce que la posture transphobe de Rowling est facho-compatible ? Est-ce que vous vous êtes demandé ce que ça voulait dire sur votre opinion et votre idéologie ?

En ce qui concerne votre réponse aux accusations de transphobie déjà émises contre l’antenne locale rennaise, deux phrases nous ont particulièrement choquées : « les personnes trans sont donc les bienvenues au sein du mouvement (tout comme les personnes ayant détransitionné). Elles n’auront pas accès à l’espace non-mixte des femmes biologiques, mais pourront créer un ou plusieurs espaces en non-mixité qui leur sera dédié  ». Pourquoi évoquer les personnes détransitionnés si ce n’est pour les instrumentaliser et sous-entendre que transitionner serait une bêtise ? Dans un soucis d’inclusion que vous critiquez quand il s’agit d’inclure des personnes trans dans vos revendications féministes ? Par ailleurs le terme “femmes biologiques” et l’usage que vous en faites cherche à faire primer le biologique sur toute autre considération, ce qui n’est ni plus ni moins qu’un trait idéologique réactionnaire.

La tribune de soutien à Nicolas Casaux (qui a beaucoup oeuvré au développement de DGR en France). Dans cette tribune vous dites, pour répondre aux accusations de transphobie que « Qui a déjà participé à des réunions de femmes battues ou violées sait parfaitement qu’une transfemme, un homme devenu femme, un homme ayant grandit dans une société où règne l’asymétrie des genres dès la petite enfance, n’y a pas sa place, ne pas le comprendre c’est nier la souffrance des femmes  ». Ce propos fait appel à un poncif transphobe : la socialisation primaire. Si vous ne savez pas quoi penser de ce concept, voici un article pour vous éclairer sur le site des Guerillères.

Nous évoquons aussi succintement ici le site de DGR US avec une page qui parle explicitement de féminisme radical et d’idée transphobes.

Ces différentes prises de position de la part de DGR [2], récurentes et assumées, sous couvert d’une “divergence de point de vue” avec les personnes qui ont une approche politique du genre, sont une façon de décrédibiliser les luttes des personnes trans. C’est cela qu’expansive ne veut pas cautionner en promouvant votre organisation. Car en effet Deep Green Resistance étant une organisation, qui cherche à être rejointe, nous considérons que chaque événement ou analyse que vous diffusez a pour but de promouvoir cette organisation et ses principes, c’est pourquoi nous refusons désormais de publier les articles étiquetés DGR même s’ils ne sont pas explicitement problématique sur la question trans.

Nous considérons qu’il est important que des points de vue divergents sur tous les sujets puissent se confronter, mais pas en parlant à la place des personnes concernées et en les renvoyants du côté de l’ennemi (“renforcer la brutalité du pouvoir masculin”).

Avec tout ça, et après discussions, l’équipe d’Expansive a donc acté que la seule solution pour continuer à vous publier c’est que vous vous désolidarisiez des idées transphobes de DGR.

Certaines personnes l’ont fait, comme l’un des rédacteurs du livre fondateur du mouvement Deep Green Resistance, Aric McBay en 2013, ou le mouvement Earth First en 2018.

L’équipe d’Expansive




Source: Expansive.info