Les violences masculines sont notre quotidien, en tant que meufs ou personnes non-binaires. Pour donner quelques chiffres significatifs, en 2018, 86 % d’entre nous avons été victimes d’au moins une forme d’atteinte ou d’agression sexuelle dans la rue [1], 81% des mort-e-s au sein du couple sont des femmes. Parmi les 31 femmes auteures d’homicide, en 2018 toujours, 15 d’entre elles avaient déjà été victimes de violences de la part de leur partenaire, soit 48 % [2]. En 2015, parmi les victimes de violences sexuelles enregistrées par la police et la gendarmerie, 92% des victimes âgées de plus de 15 ans sont des femmes [3]. Les violences sexuelles sont commises dans 80% des cas par des proches [4].

Ces violences constituent bien un système, qui nous contraint à chaque moment de notre vie. La justice et la police, bras armés du patriarcat, cherchent pour autant à nous empêcher de nous penser comme victimes de ces violences, en témoignent l’inefficacité de la police à y mettre fin (en effet, selon un rapport du Ministère de la Justice, dans 65% des cas où des violences existaient avant un féminicide, la police avait été informée [5]) et au nombre de dépôts de plaintes refusées (60% des témoignages [6]).

Ces violences ne sont pas reconnues comme telles. Elles sont minimisées et la société nous apprend à faire avec et à ne pas nous plaindre, à considérer ça comme une contrainte inaltérable de notre vie. On nous apprend qu’il est de notre devoir de savoir réagir d’une certaine manière pour que cela ne nous arrive pas : ne pas sortir le soir, savoir répondre correctement… même si cela restreint nos libertés et ne change rien à la situation. On blâme les femmes victimes de violences conjugales et on leur demande encore aux procès « pourquoi elles ne sont pas parties ? » alors que de nombreuses recherches montrent la complexité de la situation et à quel point il est dur de s’en sortir, pour de nombreuses raisons.

On nous répète que c’est de notre faute, et que ce n’est pas si grave. On nous apprend à ne pas écouter notre rage et détresse, à comprendre que « Ce n’est pas sa faute, il était énervé » ou que « Il voulait juste nous draguer ». On nous apprend qu’il n’est pas légitime d’en avoir marre, de se défendre. On nous apprend que ce qui est du cadre du couple est la vie privée et qu’il ne faut pas l’étaler sur la place publique ; que nous n’avons pas su donner assez d’amour, d’empathie et de compréhension.

Mais qui s’arrête sur notre situation pour accorder cette empathie et cette compréhension ? Nos voix et vécus sont étouffés comme non légitimes, ne décrivant pas la réalité. Ce qui est important dans les agressions sexuelles jugées au tribunal c’est de savoir si l’homme l’a fait exprès. Et l’ignorance masculine est toujours vue comme une défense légitime, quand bien même il n’y a pas eu de volonté de savoir si il y avait consentement. De nombreuses pressions, l’amour qui devrait nous forcer à nous sacrifier, la peur de la violence… nous forcent à ne pas nous écouter.

Nous n’attendrons pas le gouvernement pour agir. Déclarer que les violences faites aux femmes constituent une « grande cause du quinquennat » est un écran de fumée. Cela n’a pas empêché la nomination d’un violeur au ministère de l’Intérieur, et d’un avocat étant de ceux qui les défendent, multipliant les discours sexistes devant les médias, comme ministre de la Justice. Les violences masculines ne sont pas « normales », elles constituent un schéma oppressif qui nous tue, nous broie, nous étouffe, nous reléguant aux rangs de subalternes de la gente masculine.

Face à cela, il est important de réagir. Si nous n’avons rien à attendre de la police, de la justice, du gouvernement, alors nous devons prendre en charge cela par nous-même.

Qu’est-ce que l’autodéfense féministe ? Ce terme regroupe différentes pratiques, il est avant tout pour nous un outil d’auto-organisation et de lutte concrète et collective contre les violences auxquelles nous faisons face quotidiennement. L’autodéfense féministe est un acte de sororité, c’est apprendre à se défendre soi mais surtout apprendre à se défendre collectivement face au patriarcat.

En mettant en place différentes stratégies, en lien avec les besoins des victimes de violences masculines, il s’agit de ne plus être contraintes à un éternel statut victimaire, mais bien de nous donner les moyens d’agir concrètement contre ce qui nous pourrit la vie.

Nous sommes un petit groupe de meufs de la région parisienne qui avons décidé de mettre en place un premier outil simple pour communiquer entre nous : une liste mail. N’importe quelle femme, ou personne non-binaire victime de violences masculines peut nous contacter à ce sujet, nous pourrons ensuite réfléchir ensemble à quelle stratégie mettre en place, quelle solution apporter au problème vécu. Nous n’avons pas la prétention de « sauver » qui que ce soit, nous avons simplement la volonté par la réflexion et l’action collective, de trouver et appliquer des solutions en accord avec les besoins et volontés de la personne qui nous contacte.

Prenons contact : [email protected]


Article publié le 18 Août 2020 sur Paris-luttes.info