Parfois les membres des classes dominantes ont des éclairs de lucidité.
La question reste de savoir si ces éclairs de lucidité représentent réellement le fond de leur pensée ou si c’est de l’opportunisme.
Je lis aujourd’hui un articulet intitulé: “Ce sont les gilets jaunes qui tiennent aujourd’hui le pays à bout de bras”.
En soi cela n’a rien de surprenant, ce qui l’est, c’est que l’autrice de ces paroles est Rachida Dati !!!
“On ne pourra pas revenir à la situation d’avant”, dit encore la candidate Les Républicains à la mairie de Paris. Elle appelle même à “réfléchir à un autre mode de gouvernance” et à “une plus grande attention aux conditions de travail et à la protection des salariés”  [note].
Diantre!

Pour un peu, elle aurait même des regrets de ne pas avoir participé aux manifestations contre la Loi-Travail, contre la réforme des retraites.
Aujourd’hui elle a une pensée émue et reconnaissante pour ceux qui sont amenés à se déplacer pour aller travailler, “Cette France qui travaille tout en vivant dans des situations précaires : aides-soignantes, infirmières, ambulanciers, aides à domicile, femmes de ménage, caissières, livreurs ou encore personnel pénitentiaire”.
Dans les colonnes du Journal du Dimanche du 5 avril, elle a même été jusqu’à écrire que la crise du Covid-19 “rend encore plus aiguës” les inégalités.
Foutre!

La rivale d’Anne Hidalgo (ceci expliquant sans doute cela), déclare: “Cela fait des mois que nous entendons monter la colère d’une partie de la France”. Elle aurait pu aussi bien dire: “Cela fait des mois que nous restons sourds à la colère d’une partie de la France”. Cette France-là, ce sont “ceux qui nous ont alertés il y a quelques mois sur les ronds-points, qui tiennent aujourd’hui le pays à bout de bras !”.
Et elle ajoute: “il faudra en tirer les conséquences et agir, à la sortie de la crise, pour mieux valoriser leur utilité sociale et revaloriser leurs salaires”. L’ex-garde des Sceaux s’exclame: “Je défends les classes populaires qui travaillent”: “Ceux qui étaient sur les ronds-points n’étaient pas des assistés, mais beaucoup de travailleurs pauvres. Cette crise du coronavirus va amplifier tous les problèmes pour lesquels nous avons eu des signaux d’alerte en amont.”
Elle propose “un grand débat national” à la fin du confinement, “en tout cas avant l’élaboration du prochain budget de L’État qui devra tenir compte de ce qu’a révélé cette crise”. Selon elle, “on ne pourra pas revenir à la situation d’avant. Cela suppose donc de réfléchir à un autre mode de gouvernance, un plus grand contrôle des administrations et de leurs décisions, ainsi qu’une plus grande attention aux conditions de travail et à la protection des salariés”.
Bravo, Rachida.

Mais on pourrait faire mieux. On pourrait proposer un “Nuremberg de la casse hospitalière”.
Vous savez, à Nuremberg a eu lieu fin 1945-début 1946 le procès des 24 principaux responsables du Troisième Reich, accusés de crimes contre l’humanité. Sans pour autant assimiler à des nazis les responsables de la casse hospitalière dont nous sommes les victimes, on ne peut pas contester qu’elle soit responsable de trop nombreux décès.

Lorsque le confinement auquel nous sommes astreints sera terminé, il faut que les responsables de cette casse hospitalière soient jugés, d’une façon ou d’une autre. Il faut désigner non seulement le système, l’idéologie qui a conduit à cette situation, mais aussi les hommes et les femmes qui ont personnellement mis en œuvre cette casse.
On ne les autorisera pas à dire: “Nous ne savions pas!”, “Nous avons obéi aux ordres!”

R.B.
04-04-2020


Article publié le 05 Avr 2020 sur Monde-libertaire.fr