Juillet 7, 2021
Par Paris Luttes
271 visites


Nous ressentons un profond malaise.

Lorsque nous marchons dans la rue, lorsque nous prenons le métro, lorsque nous effectuons nos tâches quotidiennes, lorsque nous écoutons la radio… nous ressentons un profond malaise. Le plus souvent, nous détournons les yeux et nous le refoulons. Seulement, certains jours, un constat s’impose : ce malaise s’élève face à la vision conjointe de la souffrance et de la violence.

La souffrance de celleux qui ne savent pas s’iels auront de la nourriture ou un toit le soir. De celleux qui ont un boulot qui les épuisent et qui ne voient pas de porte de sortie. De celleux qui n’ont pas de boulot, et que cela détruit [1]. De celleux qui angoissent pour l’avenir de leurs enfants. Et bien d’autres.

La violence des personnes qui estiment que celleux qui souffrent l’ont mérité, d’une manière ou d’une autre. De Macron qui estime que les chômeurs sont de mauvaise volonté. D’une chroniqueuse de LCI qui sous-entend que si une personne est en difficulté, c’est parce qu’elle n’a pas bien travaillé à l’école [2]. De tout.e.s celleux qui, pour diverses raisons, pensent mériter leurs avantages, et qui justifient ainsi une organisation inégalitaire de la société aux effets dramatiques tant sur les humains que sur les écosystèmes.

Il serait trompeur de penser que ce malaise n’est qu’empathique puisque cette violence nous est aussi adressée. La précarité constitue une menace qui pèse sur toute la population, une épée de Damoclès qui nous rappelle constamment la fragilité de notre situation. Ce malaise est particulièrement exacerbé dans le cas de la précarité alimentaire.

En 2020, les acteur.rices de l’aide alimentaire parlent d’une hausse de 15 à 30% de demandes par rapport à l’année précédente. Mais en 2019, avant la pandémie, c’est déjà 5,5 millions de personnes qui étaient touchées par la précarité alimentaire. Là encore, la crise sanitaire a exposé davantage les populations les plus vulnérables, a amplifié des maux déjà bien ancrés dans notre société. Cette fois-ci, ce sont de nouvelles catégories qui sont touchées : étudiant.e.s, autoentrepreneur.euses, intérims et commerçant.e.s. On l’a dit, cette situation est d’une immense violence, et sa banalisation l’est plus encore. La nourriture ne manque pourtant pas : 1/3 de la production mondiale est même jetée chaque année [3].

Mais lorsqu’un Macron déclare vouloir maintenir un écart entre celleux qui travaillent et celleux qui ne travaillent pas [4], on ne peut espérer d’autres conséquences que le désastre en cours. Manger doit-il rester la contrepartie d’un chantage à l’emploi ? Une permission de l’Europe par ses financements [5] ? Le fruit de la providence, par les dons de généreux donateurs ? La dernière mesure pansement d’un État qui a perdu tout sens des réalités ?

Organisons-nous pour un droit à l’alimentation, un droit à se nourrir. Non pas du plus bas de gamme, des invendus, des restes, des miettes. Mais de quoi manger à sa faim, selon ses besoins, sa culture, ses régimes personnels, et même selon ses envies ! Organisons-nous pour un droit inconditionnel pour toutes et tous, avec ou sans travail, avec ou sans papiers, « qu’on ait réussi ou qu’on ne soit rien ».

Nous avons déjà à notre disposition un tel modèle : le droit à la santé, via l’assurance maladie. Nous avons su nous organiser pour créer des caisses locales de sécurité sociale, sans lesquelles nous n’aurions pas aujourd’hui le système hospitalier que nous connaissons, efficace et ouvert à toutes et tous [6]. Ce modèle est adaptable pour construire un droit à l’alimentation [7]. Nous considérons donc que la précarité alimentaire est un choix politique que rien ne justifie.

Après l’indignation vient le besoin d’agir. Ce samedi, nous avons exproprié une enseigne de la grande distribution en volant des biens de première nécessité, pour les remettre à une association d’aide alimentaire étudiante. Bien que purement symbolique, cet acte se veut un écho aux actions des mouvements d’autoréduction [8]. Sans le moindre état d’âme pour la grande distribution et son monde, nous venons grossir les rangs des collectifs autonomes qui ne veulent plus rester impuissants face aux injustices, mais s’organiser pour construire des Communs. Nous lançons ici un appel pour que tout.e.s celleux qui se reconnaissent dans ces idées les fassent vivre, par des actions directes ou symboliques, voire par la création locale de caisses de sécurité sociale alimentaire.






Source: Paris-luttes.info