Ces revendications s’inscrivent dans le contexte sanitaire du covid-19, afin de nous protéger de l’épidémie, alors que nous sommes déjà fragilisés par les inégalités sociales. Mais aussi, plus durablement, pour mettre fin aux politiques françaises et européennes de stigmatisation des immigrés.

Cet appel du 30 mai a aussi été relayé en Italie, à Bologne, où les luttes syndicales des travailleurs sans-papier prennent un tournant historique. Ces travailleurs immigrés brisent enfin le silence sur le racisme et l’exploitation qu’ils subissent au travail. Ils exigent un titre de séjour européen illimité et inconditionnel, qui soit indépendant de leurs conditions familiales, de leurs conditions d’emploi ou de revenu.

La crise du Covid-19, qui s’est propagée partout dans le monde, montre que si le travail des migrants est considéré comme essentiel, dans les exploitations agricoles ou d’autres secteurs vitaux de l’économie, la vie des femmes et des hommes migrants ne l’est toujours pas. On peut nous laisser crever en mer, nous enfermer dans des centres de détention, nous expulser, nous laisser au milieu de la rue, sans-abri… Et se souvenir de notre existence quand il faut prendre soin des personnes âgées, des enfants, des malades, lorsqu’il faut nettoyer les maisons et les bureaux, récolter les fruits et légumes dans les champs, faire tourner les usines et les chantiers. En Europe comme partout dans le monde, les États utilisent la pandémie pour réduire la main-d’oeuvre immigrée à un simple outil de profit, prête à être déplacée là où c’est nécessaire et uniquement pour le temps nécessaire. Nos vies ne servent qu’à enrichir celles d’une poignée d’autres : c’est le résultat des lois nationales sur l’immigration, des politiques européennes et des accords internationaux. C’est cela que visent les régularisations annoncées par plusieurs gouvernements européens.

Pour cela, aujourd’hui 30 mai, nous prenons la parole publiquement à Paris, Marseille, Bologne et plusieurs autres villes. Nous autres qui vivons depuis des années en Europe, avec un permis de séjour temporaire, nous qui sommes sans papiers, nous qui venons d’arriver, nous qui voyons notre demande d’asile refusée, nous qui faisons face à la violence des frontières, y compris à l’intérieur de l’Europe… A Marseille, toute à l’heure, nous montrerons notre détermination à lutter pour une vie meilleure, à travers une action symbolique, dans le respect des règles sanitaires de distanciation et l’interdiction de manifester.

Nous sommes demandeurs et demandeuses d’asile, réfugiés, futurs ou actuels sans-papier. Nous appelons les collectifs, associations de solidarité avec les étrangers, syndicats, à nous soutenir dans cette mobilisation qui commence. Nous appelons d’abord les personnes immigrées, qui se sentent concernés par ces revendications, à briser la peur qui les isole. Et à nous rejoindre, pour nous organiser et défendre ensemble notre désir de justice sociale.



L’action d’aujourd’hui est portée par un groupe déterminé de demandeurs d’asile, dont une partie est également engagée dans la nouvelle association de défense des droits des demandeurs d’asile à Marseille : « l’Association des usagers de la PADA ».

A Marseille comme ailleurs, les droits des demandeurs d’asile sont attaqués par les réformes successives. Quand ils ne sont pas bafoués par les guichets des administrations censées les appliquer : l’OFII, la PADA, la préfecture.

Cet hiver, la PADA, qui doit accompagner les demandeurs d’asile à Marseille, a égaré près de 200 lettres recommandées, dont beaucoup était des courriers importants de l’OFPRA. Ne pouvant y répondre dans les délais, cela a signifié l’exclusion des procédures d’asile et la coupure des droits sociaux de plusieurs d’entre nous. Ni Forum Réfugiés qui gère la PADA, ni l’OFII n’ont reconnu leur erreur. Nos droits aux allocations et au logement ont été coupés parfois en plein confinement par l’OFII, malgré les discours du Président Macron sur la solidarité.

Pendant toute la durée du confinement, des centaines d’immigrés et demandeurs d’asile ont continué de dormir à la rue, sous la Halle Puget, à la Porte d’Aix ou dans d’autres parties abandonnées de la ville. Le regard des institutions a été indifférent. Le confinement a aussi poussé dans la misère des milliers de personnes qui vivaient du travail non déclaré, sur lequel prospère l’économie française. A cause de cela, elles n’ont pu revendiquer leurs droits de salariés quand elles ont été mises à la porte.

Seules les maraudes et les distributions alimentaires indépendantes, comme le marché rouge du Manba, auquel nous avons participé, ont permis de rendre visible et d’apporter une réponse modeste au problème des conditions de vie des demandeurs d’asile à Marseille. Nous allons continuer à nous organiser, par des distributions alimentaires et des conseils sur la défense des droits des étrangers : de manière indépendante, puisque la PADA ne le fait pas.

Merci pour votre attention.

Des demandeurs et demandeuses d’asile de Marseille

Avec le soutien de : Collectif Al Manba, etc….


Article publié le 30 Mai 2020 sur Mars-infos.org