Octobre 3, 2022
Par Collectif Emma Goldman
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Pas une semaine ne passe sans que les manchettes économiques nous parlent d’une récession ou d’un ralentissement économique qui serait sur le point d’arriver. Pourtant, pour les classes populaires et ouvrières, la catastrophe est déjà là. On la voit dans les rues, dans les organismes d’aide, aux caisses, etc. Elle a un visage : le désarroi, la colère, la peine, la révolte ou la résignation. Elle porte un prénom et a tous les âges de la vie. Elle est là, mais les gens d’en haut font tout pour l’invisibiliser, pour l’effacer des paysages en carton pour les touristes.

Le Collectif Emma Goldman avait déjà dénoncé l’éviction en mars dernier d’un squat dans l’autogare de la rue Racine à Chicoutimi. Assez pathétiquement, la conseillère Mireille Jean, qui promettait de faire de Saguenay une « ville intelligente » lors de sa dernière campagne, affirmait avoir réclamé cette répression des personnes itinérantes pour ramener la « convivialité » et la « sécurité » dans le secteur. On se rappelle qu’alors que le collectif tenait une Marmite autogérée sur la rue Racine pour manifester son opposition à ce discours orwellien, Mme Jean disait aux médias que le collectif n’avait pas rapport, que la ville faisait beaucoup pour les personnes itinérantes. Avec quelques interventions dans les médias et des milliers de dollars octroyés à une firme d’agents de sécurité pour surveiller 24h/24 l’ancien squat, notre « ville intelligente » n’a rien changé au problème. La crise du logement que la députée de Chicoutimi Andrée Laforest, qui était ironiquement ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, refuse de reconnaître a continué de s’exacerber pour les moins nanti-e-s. Les proprios exploiteurs et leurs taudis sont laissé-e-s en paix par les pouvoirs publics pendant que la destruction de logements à prix modique ou leur rénovation s’accompagne d’évictions de locataires et de montée astronomique des loyers. Les Airbnb, où des logements sont transformés en domiciles temporaires pour les touristes, se comptent également par centaines à la ville de Saguenay même si ceux qui respectent la règlementation municipale se comptent sur les doigts de la main. Sous le coup de l’embourgeoisement, la « ville intelligente » est de moins en moins habitable. Et pendant ce temps, les besoins dans les organismes communautaires se sont accrus alors que ceux-ci demeurent sous-financés pour répondre adéquatement à leur mission.

Mireille récidive dans la chasse aux pauvres. Son dernier accomplissement : le démantèlement de trois campements de personnes itinérantes à Chicoutimi le 20 septembre (près de la fontaine et à côté du club de yacht au Vieux-Port et dans un boisé près du boulevard Saint-Paul). Cette fois-ci les pauvres ont été chassé-e-s sous le prétexte de sécuriser et de nettoyer les lieux. La conseillère Mireille Jean se félicitait de l’intervention policière. « Ils sont pas là le jour, on a fait ça le jour, ça s’est fait dans la cordialité », disait-elle. Le moins que l’on puisse dire c’est que ces propos ne rayonnent pas d’empathie envers les personnes itinérantes! On note que la ville n’était pas aussi pressée d’agir lorsque des locataires devaient payer un loyer à Jean-Guy Caron pour habiter un immeuble sinistré dans un état macabre (après un incendie ayant causé la mort de Michael Labbé).

Dans la région, la Ville de Saguenay n’a plus l’exclusivité en matière de mépris envers les pauvres et les personnes en situation d’itinérance. Plus haut au Lac St-Jean, à Roberval, c’est également la police que la ville envoie lorsque des commerçants et des propriétaires de condominiums aux abords des quartiers populaires font part publiquement de leur sentiment d’insécurité. Il aura fallu qu’un campement de protestation soit réalisé sans permission, en bravant les menaces de répression policière, pour que la ville prenne conscience des besoins en matière de logement abordable et de ressources pour les personnes itinérantes.

Des entreprises d’économie sociale, le communautaire à la sauce néolibérale, se mettent également de la partie dans la répression des plus démuni-e-s. On apprenait dans un article paru la semaine dernière que la police est intervenue en lien avec des plaintes de vol déposées par certaines friperies de Saguenay. Aux fringues, dans le centre-ville de Chicoutimi, c’est un bénévole qui est désormais chargé d’agir comme agent de sécurité pour surveiller les vols dans la friperie. Des sommes importantes sont aussi dépensées pour « sécuriser » les boîtes de donations. Ces fausses solutions, que l’on peut facilement imaginer émaner de conseils d’administration déconnectés, ne sont pas différentes de celles de l’administration bourgeoise de la ville. Elles sont en fait identiques à celles des proprios de dépanneurs qui menacent de poursuivre ceux et celles qui volent de quoi se nourrir. Le centre-ville a faim. Il est mal-logé. On a entendu suffisamment de promesses et de pirouettes « intelligentes » de la classe politicienne. Les squatteurs et squatteuses, les petits voleurs et les petites voleuses, elles et ils affirment des droits véritables par leurs actions qui ne plaisent pas à la bourgeoisie. Celle-ci ne se prive pas de nous voler! L’aliénation capitaliste a amené bien des gens à placer la défense de la propriété privée au-dessus de la satisfaction de besoins aussi essentiels qu’un toit et du manger. Il faut se solidariser pour s’entraider dans les tactiques de débrouilles individuelles et en même temps pour que de celles-ci, on puisse passer à des ripostes collectives et organisées contre ceux qui nous affament, nous endettent, nous répriment et nous pourrissent la vie.

Maurice Bélanger




Source: Ucl-saguenay.blogspot.com