« Il est interdit toute distribution gratuite de boissons et denrĂ©es alimentaires dans les rues listĂ©es ci-dessous [du centre-ville de Calais] pour mettre fin aux troubles Ă  l’ordre public et limiter les risques sanitaires liĂ©s Ă  des rassemblements non dĂ©clarĂ©s Â», a dĂ©cidĂ© le prĂ©fet du Pas de Calais par un arrĂȘtĂ© longuement motivĂ© publiĂ© le 10 septembre.1

Pour favoriser une meilleure comprĂ©hension de cet arrĂȘtĂ©, nos associations en ont rĂ©alisĂ© une rĂ©Ă©criture, dĂ©barrassĂ©e des faux-semblants du langage bureaucratique.

CABINET DU PRÉFET

DIRECTION DES SÉCURITÉS – BUREAU DE LA RÉGLEMENTATION DE SÉCURITÉ

ConsidĂ©rant que l’Europe et ses États membres mĂšnent une politique visant Ă  maintenir Ă  distance respectable de leurs frontiĂšres les personnes qui tentent de fuir les guerres, persĂ©cutions et autres calamitĂ©s provoquĂ©es par les Ă©lites politiques, Ă©conomiques et financiĂšres ;

ConsidĂ©rant que la prĂ©sence persistante dans le centre ville de Calais de personnes que leur aspect dĂ©signe comme Ă©trangĂšres et totalement dĂ©munies met en Ă©vidence l’inhumanitĂ© de cette politique et constitue en consĂ©quence une nuisance insupportable ;

ConsidĂ©rant que la prĂ©sence de ces exilĂ©.es Ă  proximitĂ© de la frontiĂšre franco-britannique accroĂźt d’autant cette nuisance que, selon des sources bien informĂ©es, confrontĂ© aux pressions du Royaume Uni en faveur d’un accord visant Ă  renvoyer tous les migrant.es en provenance de France, le ministĂšre de l’intĂ©rieur fait valoir que “si on accepte ça, on deviendra la poubelle des Anglais Â»2 ;

ConsidĂ©rant que les actions dĂ©terminĂ©es menĂ©es jusqu’à ce jour pour soustraire ces dĂ©chets personnes aux regards de la population et les dissuader de s’accumuler se rassembler sur le territoire de la commune et, si possible, du dĂ©partement, voire du territoire national, n’ont pas encore parfaitement atteint leur but ;

ConsidĂ©rant notamment que si les destructions quotidiennes de campements, tentes et cabanes de mĂȘme que les opĂ©rations policiĂšres de harcĂšlement et de dispersion ont largement contribuĂ© Ă  rĂ©duire significativement leur visibilitĂ©, nombre d’entre elles s’obstinent pourtant Ă  apparaĂźtre Ă  la vue de tou.tes et ce, Ă  toutes heures du jour ;

ConsidĂ©rant que doit en consĂ©quence ĂȘtre empĂȘchĂ©e toute rĂ©union de personnes paraissant Ă©trangĂšres et dĂ©munies ainsi que toute action favorisant ces rĂ©unions, notamment les points de fixation crĂ©Ă©s pour assurer la satisfaction de leurs besoins Ă©lĂ©mentaires ;

ConsidĂ©rant que des associations subversives persĂ©vĂšrent Ă  distribuer quotidiennement la nourriture dont ces personnes manquent et que, rĂ©vĂ©lant les carences de la commune et de l’État, elles discrĂ©ditent ainsi leur action ;

ConsidĂ©rant que par une ordonnance du 22 mars 2017, le tribunal administratif de Lille avait certes sanctionnĂ© les dĂ©cisions prĂ©cĂ©demment prises par la maire de Calais visant Ă  interdire ces distributions en violation de la Convention europĂ©enne de sauvegarde des droits de l’Homme ;

Mais considĂ©rant qu’aprĂšs concertation entre la maire de Calais et le ministre de l’intĂ©rieur, il est apparu nĂ©cessaire, pour assurer l’éradication dĂ©finitive des points de fixation, de passer outre cette dĂ©cision de justice et, la police Ă©tant Ă©tatisĂ©e sur la commune de Calais, que soit pris un arrĂȘtĂ©, prĂ©fectoral cette fois, rĂ©itĂ©rant les dĂ©cisions interdisant la distribution de nourriture aux personnes Ă©trangĂšres qui en ont besoin ;

ConsidĂ©rant que la pandĂ©mie de Covid 19 constitue dĂšs lors l’occasion inespĂ©rĂ©e de fonder un tel arrĂȘtĂ© sur les risques de propagation du virus, peu important que ces risques ne puissent ĂȘtre majorĂ©s par la rĂ©union de personnes dĂ©jĂ  en situation de proximitĂ© permanente et au demeurant parfaitement informĂ©es des mesures de distanciation Ă  prendre ;

ConsidĂ©rant en consĂ©quence que cet arrĂȘtĂ© doit ĂȘtre pris et ainsi motivĂ©, quand bien mĂȘme cette motivation apparaitra pour ce qu’elle est : un prĂ©texte ;

ArrĂȘtĂ©

Article 1er : Il est interdit aux personnes Ă©trangĂšres exilĂ©es et migrantes de se nourrir et, par voie de consĂ©quence, Ă  toute personne ou association de leur procurer de la nourriture ;

Dans le prolongement de cet exercice de rĂ©Ă©criture, nos associations appellent chacun.e Ă  Ɠuvrer pour que, sans dĂ©lais, soient mises en Ɠuvre des politiques tournant dĂ©finitivement le dos Ă  ces dĂ©rives nausĂ©abondes et fondĂ©es sur le principe de la libertĂ© de circulation et d’installation.

CCFD Terre solidaire

PROJECT PLAY

DÉLINQUANTS SOLIDAIRES

SALAM Nord / Pas de Calais

GISTI

SOLIDARITY BORDER

HUMAN RIGHTS OBSERVERS

SYNDICAT DE LA MAGISTRATURE

LDH Dunkerque

TERRE D’ERRANCE

MÉDECINS DU MONDE

UTOPIA 56

MIGRACTION 59

Le 17 septembre 2020

Contacts presse :

- Claire Millot (Salam) 06 34 62 68 71

- Liza Le Roy (Human Rights Observers) 06 52 82 82 65

1. Ouest-France, avec AFP. PubliĂ© le 11/09/2020 Ă  00h43 ; voir l’arrĂȘtĂ© en piĂšce jointe

2. Le Monde, “Le Brexit qui vient pĂšse sur la fragile collaboration franco-britannique sur les migrants” par CĂ©cile Ducourtieux et Julia Pascual ; PubliĂ© le 11 septembre 2020 Ă  14h45


Article publié le 18 Sep 2020 sur Solidaires.org