Pour beaucoup d’entre nous, les grandes manifestations parisiennes deviennent de plus en plus invivables et oppressantes, et les appels à multiplier les points de débordement fleurissent. Depuis que la police a pris la tête du cortège, la manif marche à la baguette, sous la forme d’une gigantesque nasse mobile, cernée de toutes parts par des policiers qu’on sait prompts à user de leurs différentes armes. Le dispositif policier a eu ainsi un effet mortifère sur le cortège de tête et toutes nos tentatives de débordements sont mort-nées depuis cette position tactique.

Comme de nombreux collectifs de lutte, l’Assemblée Générale de quartier Place des Fêtes organise depuis le début du mouvement des déambulations festives dans le XXe et des départs collectifs avant les grandes manifestations. Un nombre conséquent de participant.es à ces déambulations de quartier et départs collectifs les ont vécues comme les moments les plus joyeux et les plus réjouissants, et comme des moments d’expression libre dont on pouvait sentir immédiatement l’impact sur l’espace public. Moments qui s’éteignent bien vite quand nous rejoignons le grand fleuve de la manifestation dont le cours est contraint par les digues policières.

Prenant acte de cette frustration collective et d’une oppression importante imposée par le cadenassage policier du cortège syndical, l’Assemblée Générale a décidé d’organiser et d’articuler un départ commun en manif et un « cortège sans queue ni tête » #CSQNT : afin de proposer ouvertement et explicitement à qui le souhaite de prolonger la déambulation et de ne pas rejoindre tout de suite la manifestation syndicale.

Nous donnant ainsi les moyens d’accommoder et de satisfaire ce besoin de manifester en dehors du cordon policier, nous avons pu déambuler librement dans les rues du Marais vendredi 24 janvier.

Le cortège, parti de l’hôpital Robert Debré, s’est séparé en deux après Père Lachaise : une partie a rejoint directement la manifestation, l’autre a poursuivi librement sa propre route et s’est élancé joyeusement dans les rues du Marais. Un Cortège Sans Queue Ni Tête a ainsi déambulé dans des rues commerçantes du Marais pendant plus de 2 heures sans être autrement inquiété par les FDO trop occupé.es à encadrer le cortège national. Nous avons ensuite décidé collectivement de rentrer dans la manifestation syndicale (le contraire aurait pu aussi être décidé).

Nous avons démontré collectivement qu’il était possible de proposer une alternative aux manifestations encadrées par un dispositif policier oppressant en s’inscrivant dans la continuité d’actions locales. Et, par là même, d’inventer de nouvelles perspectives à un cortège de tête devenu impuissant sans pour autant revenir à un cortège de queue inutile. Il est intéressant de noter que nous ne nous sommes pas retrouvé.es dans des situations dangereuses ou violentes. Si le désarroi des passant.es et commerçant.es du marais était évident, nous n’avons pas été inquiété.es par les rares effectifs de policiers que nous avons croisés. Cela ne nous permet pas de dire qu’il en sera toujours de même par la suite mais cela nous permet de penser qu’il est possible de s’amuser un peu en marge du cortège déclaré.

L’AG place des fêtes vous propose de se joindre à la déambulation qui part de La cantine des Pyrénées – mercredi 29 janvier à 12h – 77 rue de la Mare Paris XXe – métro Jourdain.

Nous appelons à reproduire ces déambulations festives et à les multiplier de partout dans Paris, sous toutes les formes imaginables et organisables localement : offensives, pantouflardes ou carnavalesques, pink, black ou yellow block. Longue vie aux cortèges sans queues ni têtes et autres initiatives acéphales.

Lancer sa propre déambulation

Sinon voici la base sur laquelle on s’organise et que vous pouvez récupérer. Il suffit de :

– Fixer le parcours et ses objectifs ( lieux symboliques ? cortèges a retrouver ? rejoindre la manif declarée en milieu de parcours ? etc).

– Communiquer largement an amont le point de RDV dans ses réseaux, tout en gardant le parcours secret jusqu’au départ.

– Designer 2 personnes à l’avant du cortège qui connaissent le parcours pour guider la déambulation, et qui seront appuyé.es par des éclaireur.es à vélo qui pourront les renseigner sur d’éventuels changements à opérer (boucle Signal ou Telegram à créer le jour J).

C’est pas obligatoire, mais on a remarqué :

– C’est bien de prévoir une banderole, une sono, des percussions, bref de quoi animer et faire du bruit.

– Plus il y’a d’éclaireurs, mieux c’est.

– Ca peut être pas mal de clarifier le message que l’on veut diffuser, notamment à l’aide de tracts ou d’interventions au megaphone par exemple.

– Fixer des points de passages et les partager permet d’avoir des points de ralliement en cas de dispersion du cortège.

L’Assemblée de quartier Place des Fêtes

Article publié le 29 Jan 2020 sur Paris-luttes.info