Mai 22, 2022
Par Contretemps
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À propos de : Magali Bessone et Matthieu Renault, W. E. B. Du Bois : double conscience et condition raciale, Paris, éditions Amsterdam, 2021.

Magali Bessone et Matthieu Renault nous proposent dans cet ouvrage[1] dense le regard de deux philosophes sur l’œuvre trop méconnue en France de William Edward Burghardt Du Bois (1868-1963)[2]. Il fut le premier Africain-Américain qui soutint une thèse en histoire à Harvard en 1895, à propos de la « Suppression du commerce des esclaves africains en Amérique ».

Page de garde de la thèse de W. E. B Du Bois, 1895.

Il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages. Il participa en 1909 à la fondation de la première grande organisation de lutte contre les discriminations et la ségrégation, la National Association for the Advancement of Colored People, et fut le directeur de publication durant des années de son magazine, The Crisis.

Un temps membre du Parti Socialiste, en 1910-1911, il s’en éloigna car celui-ci ne menait aucune action sérieuse contre les discriminations raciales. Cependant à la fin des années 1940 il rejoignit ouvertement le Parti communiste américain, c’est-à-dire au moment même où le maccarthysme rendait tout lien avec la gauche dangereux. Il affronta un long procès en 1951, accusé comme bien d’autres d’être un « agent d’une force étrangère ».

Dans son ouvrage le plus connu, Les Âmes du peuple noir, publié en 1903, Du Bois décrit la condition des Africain·es-Américain·es dans la société états-unienne, dans des pages qui n’ont rien perdu de leur force, ni de leur beauté littéraire[3]. Il place en exergue de chaque chapitre les vers de poètes classiques qu’il associe à des extraits de partitions de spirituals, une manière de mettre en valeur la culture africaine-américaine et cette musique qu’il qualifie de seule véritablement américaine[4].

Il y introduit le motif conceptuel de la double conscience, dont Magali Bessone et Matthieu Renault démontrent à la fois l’importance décisive pour comprendre les situations subies par des sujets racisés face au double héritage de l’esclavage ou du colonialisme, mais aussi la complexité, alors qu’il est trop souvent limité à l’analyse du déchirement vécu par les Africain·es-Américain·es dans une société qui les met à l’écart.