Roscoff, retour d’Eire, aube d’aoĂ»t, cieux menaçants, air immobile et poisseux, le ferry se vide, les touristes se traĂźnent avec leurs valises sur le trottoir qui tremble, Fukushima, je titube direct bar de la gare maritime, de concert avec Hector, vieux voyageur ivre et las attifĂ© en pingouin mondain, je bois le cafĂ© calva, il boit la mousse, la der des der, faut dire le bourbon bu toute la nuit sur la mer d’huile, cafĂ© calva, mousse, cafĂ© calva, mousse, boum, trop lourde la tĂȘte d’Hector tombe sur le zinc, coma d’houblon, il ronfle l’écume aux lĂšvres, les bretons dĂ©chirĂ©s se pavanent comme des paons, on est des hommes, on tient la marĂ©e, ils gerbent calembours sur cochonneries, je ris, mon rire les Ă©nerve, je m’en fous, je ris, craie sur tableau noir, je regarde les serveuses, besoin de me rincer l’oeil, faut dire le brouillard de boisson, aguicheuses, sportives de la croupe, Lila et Lola, tout entendu elles n’écoutent plus rien, blindĂ©es contre les allusions hauteur de ceinture, mieux vaut crever cocu que cancĂ©reux, les mots en rut ricochent sur elles, Ă  toute Ă©preuve elles sourient, parait que la femme de Bic sert de boĂźte postale au facteur, papillons dans la mĂąle pesanteur, mais tout Ă  coup assez, dĂšjĂ  vu dĂ©jĂ  entendu, tchao Hector, hasta luego Lila, see you Lola, partir ma vocation, au dos le sac et go, marre de cette foire, je dĂ©gage, je marche, ma sueur suinte et dĂ©gouline, ma chemise s’imbibe, je marche, on se croirait dans un record de moiteur tropicale sur le net, je tends le pouce, pas de 06 pas de covoit, je traverse, merde, je suis pas dans le bon sens, j’enjambe la barriĂšre de sĂ©curitĂ© du sĂ©parateur central, pensĂ©e absurde, je suis pas Ă  cheval sur le code de la route, ça m’emplit d’un bonheur tout aussi absurde, le cafĂ© calva me met en osmose avec mon environnement, je tends le pouce, aussitĂŽt stoppe une auto, j’ai le cul beurrĂ© de nouilles, c’est Byzance, je monte, le chauffeur me larguera voie express, direction Rennes, pas de problĂšme, banquette arriĂšre assise Ă  mon flanc une brune aux yeux verts, deux lacs Ă  malice qui brillent comme des Ă©meraudes, noir corsage ouvert sur deux pommes dorĂ©es, comme elle est jolie la jolie, elle m’a remarquĂ© Ă  bord, pas moi, elle aussi de retour d’Eire, j’étais le plus bronzĂ© de tous les passagers, une mine Ă©clatante, vraiment, si si, sourire Ă  faire fondre un moinillon, oiseau dĂ©licat sa main droite atterrit entre mes cuisses, ah ma jolie, elle me branle Ă  travers mon pantalon, elle fait joujou avec ma braguette, petit oiseau joue du piano, ronron du moteur, je bande, c’est infernal, champs humides, Ă©tincelles dans le soleil levant, que fais-tu dans la vie, curieuse elle veut savoir Ă  quel genre de queue elle a affaire, moi rien, et souvent moins encore, ronron du moteur, je bande, c’est affolant, je regarde dehors, vert Ă©lectrique, bleu pub, gris atomique, orange mĂ©canique, rouge impossible, jaune sang, blanc mĂ©taphysique, champs, champs, champs, un tournis dĂ©licieux s’empare de mon Ăąme, les vaches sont des apparitions dans les prĂ©s, oĂč vas-tu, oĂč va le monde, elle s’informe, mystĂšre et boule de gomme, la curiositĂ© vilain dĂ©faut, poil au dos, ronron du moteur, pas loin de jouir, je serre les dents, je me retiens, petit oiseau joue du pipeau, tous mes caleçons irradiĂ©s de crasse qui pue, Ă  l’avant le chauffeur et sa chaude s’engueulent, poissonniers, histoire de chĂšque en bois, je pense Ă  autre chose, rien de clair, devenir caillou, devenir planĂšte morte, la voie express, sauvĂ©, l’auto stoppe, je descends, ma jolie se marre en douce, merci salut, l’auto redĂ©marre, je marche, je bande encore, j’enjambe une barriĂšre branlante et vermoulue, champ avec vaches, je tombe le pantalon, mon slip vole, pas de la littĂ©rature, mon engin se dresse vers des cieux immaculĂ©s, les oiseaux chantent, je m’astique le poireau, sensation satyre, des vaches Ă  hublot me reluquent avec tendresse, me finir dans une bouse encore fumante, ou me faire lĂ©cher par une ruminante, et puis non, autant faire la chose proprement, le gland coulisse entre pouce et index, je pense plus Ă  rien, mĂ©canique monotone, pas un fantasme, rien vraiment rien, pan, j’éjacule, Ă©toile de sperme dans une toile d’araignĂ©e, ça brille plus que VĂ©nus encore, les oiseaux chantent encore, bucolique en diable, les vaches me reluquent encore, je m’endors dans l’herbe humide, je me rĂ©veille, je me rhabille, je mange une saucisse bƓuf dinde porc coincĂ©e dans du pain de mie, made in Cork, beurk, je lape l’herbe humide, nectar, j’expire une buĂ©e d’alcool, un vrai yogi, je fume une cigarette, je pisse le plus loin possible, je mets les voiles, j’enjambe la barriĂšre, je marche, je tends le pouce, je m’arrĂȘte, peu d’autos si bon matin, je tends le pouce, une vraie pub ambulante pour facebook, enfin une stoppe, je monte, jusqu’à Morlaix me dit Ali, il est kabyle, il a fui du bled il y a vingt ans, sa femme Khadija est mal en point, poumon HS, la vie est une chienne qui mord sans remords, l’hĂŽpital Ă  demeure c’est pire que la mort, hier encore Ă  Brest il a dĂ©posĂ© une vieille aux urgences, mais c’était le bordel because la grĂšve, elle Ă©tait dans le cirage, tombĂ©e raide, un coup de chaud, faut dire avec la canicule, il s’est tirĂ© incognito, peur des flics, mĂȘme si il est rĂ©glo, rien de voyou, nickel jusqu’au bout des doigts, papiers en poche, pays de merde, tous en jaune pour foutre la merde dans ce pays de merde, rien d’autre Ă  faire, quoi d’autre, foutre la merde, non rien d’autre Ă  faire, basta la milice, Ali se tait, ronron du moteur, hypnose macadam, Morlaix, l’auto stoppe, je descends, salut merci, mords les morts laids, bon mot, tous les mots sont bons, ah ah, je marche, une carcasse de chouette sur le talus, mĂ©taphore de la sagesse en ce bas-monde, philosophie poil au zizi, mettre la forme au pire, je m’arrĂȘte, terrains vagues et grandes surfaces, entre ville et campagne, je suis Ă  la limite, Ă  la limite de tout, dans le lointain tintent des cloches, c’est dimanche matin, c’est messe, je tends le pouce, je me sens tout ding-dong, tout sonnĂ©, tout flagada d’errer, tout chose, besoin d’un mythe pour vivre Ă  la limite, je suis comme tout le monde, je me leurre pas, je sifflote pouce tendu, clignotant, une auto va stopper, elle stoppe, youpi, je monte, le mec va Ă  Saint-Brieuc, noces d’or, la galĂšre monstre, trois heures de route pour une putain de noces d’or, pardon seigneur, le blasphĂšme est pas son kif mais quand mĂȘme, faut ronger l’ennui jusqu’à l’os, rien d’autre Ă  faire, mais quand mĂȘme, mais quand mĂȘme, mais quand mĂȘme, je suis tombĂ© sur un rĂąleur, trois heures de route pour bouffer comme un porc, avec en prime la crise de foie, quand on pense Ă  tous ces migrants qu’ont pas un anchois Ă  se mettre sous la dent, il se tait, ronron du moteur, il allume la radio, bip-bip, onze heures, news, La Grande Canarie crĂąme, Bolsonaro recommande de chier un jour sur deux pour polluer moins, De Rugy redevient dĂ©putĂ© aprĂšs sa dĂ©mission de l’écologie, il change de station, il recommence Ă  s’agiter de la langue, tous les mythes se dĂ©gonflent comme des soufflĂ©s au fromage, l’écologie c’est de l’idĂ©ologie pure, je hoche la tĂȘte, il a son avis sur la chose, la politique comme saloperie c’est pas de la tarte, il peut se permettre, il est Ă©tudiant en Histoire, Histoire avec un grand H, il en est Ă  la licence, mais ça le fait chier, il en a marre de tout, ça le perdra, il veut crĂ©er un nouveau parti rĂ©volutionnaire, dĂ©chaĂźnĂ© des dogmes, libĂ©rĂ© des carcans, Ă©vadĂ© des tutelles, monde de merde, et puis non, pas de nouveau parti, l’idĂ©e de faire la rĂ©volution c’est trop tendance, ça va devenir une activitĂ© capitaliste Ă  temps plein, Macron a jetĂ© un pavĂ© nommĂ© RĂ©volution dans les vitrines des libraires, IkĂ©a planche sur une cabane en kit tout en rĂ©cup, Hidalgo se livre Ă  la permaculture sur le toit de la mairie de Paris, monde de merde, je hoche la tĂȘte, cul bite et couilles la politique est pourrie, je hoche encore la tĂȘte malgrĂ© ma gueule de bois, il change de sujet, avant la Bretagne il vivait en Afrique avec ses vieux, allergie aux bananes, les zombies la queue raide, le vaudou, je fais mine de m’endormir, il se tait, il me demande rien, ça tombe bien, j’ai pas envie de parler, ni de moi, ni du monde, ni de rien, ronron de la radio, ronron du moteur, on avale du kilomĂštre, j’ai la nausĂ©e, Saint-Brieuc, ça tombe bien, l’auto stoppe, je descends, merci salut, je vomis mes excĂšs, je marche, je ramasse un roulement scintillant dans la poussiĂšre, je le fourre dans une poche, je pense Ă  Samuel Beckett, je marche, je m’arrĂȘte, je tends le pouce, attente infernale, les autos passent, je les compte, Ă  1789 je partirai, je dors debout, les autos sont-elles plus somnifĂšres que les moutons, vaste question, dans un chenil des chiens de race hurlent, 1789, assez c’est assez, je fous le camp, je marche vers la ville, une amie y vit, envie de sieste infinie, je traverse un long pont tendu sur un ravin vert, perroquets Ă  vendre, j’envahis le centre-ville, dĂ©but d’aprĂšs-midi, l’ennui rĂšgne en maire bedonnant sur sa citĂ©, les ivrognes traĂźnent leur soif dans les rues mortes, les touristes cherchent du pittoresque Ă  convertir en pixels, j’ai mal au cerveau, vivre me crĂšve, j’ai la corde autour des neurones, si j’avais des larmes pleurer serait doux, je marche, je cherche Emma, mon amie, je demande mon chemin, je tourne en rond, je redemande mon chemin, je marche, je cherche, je trouve, une maison volets clos, je sonne, personne, je sonne, personne, je sonne, personne, je glisse un mot sous la porte, je m’en vais, je marche, je cherche un banc idĂ©al, je le repĂšre vite, tous les bancs sont idĂ©aux, faut dire la fatigue, je m’étends, je somnole, je rumine la vie l’amour la mort, Ă©ternelle rengaine, vertigineux refrain, pas Ă  dire, c’est quand mĂȘme quelque chose, pirogue indigĂšne attaquĂ©e par les crocodiles, le temps passe, rĂȘveries tropicales, faut me lever, je me lĂšve, je marche, la maison d’Emma, je sonne, toujours personne, je sonne, jamais personne, je repars, je remarche vers la route de Rennes, perroquets Ă  vendre, j’arrache la pancarte, le long pont tendu sur le ravin tout vert, la voie express, je tends le pouce, dans le chenil les chiens de race hurlent, les heures et les autos passent, faut que ça circule, mouvement perpĂ©tuel, rien Ă  inventer, c’est l’homme, rien que moi immobile scrutant l’horizon noirci par les nuages, nuages plus noirs que moi qui suis plus noir que l’encre, je vais ĂȘtre propre, je m’en fous, petite pluie rĂ©jouit les grands esprits, les autos passent encore, l’orage se pointe, dans le chenil les chiens de race hurlent, les autos grondent, le ciel tonne, Ă©clairs, la foudre tombe Ă  mes pieds, l’orage Ă©clate, grosses gouttes tiĂšdes, il pleut, vache qui pisse, c’est le dĂ©luge, je suis bombardĂ© d’eau, Berlin, Sarajevo, Mossoul, mes os sont trempĂ©s et mon Ăąme transie, ai-je encore des os, ai-je encore une Ăąme, misĂšre, je fous le camp, je remarche vers Saint-Brieuc, dĂ©sert, lueurs bleutĂ©es derriĂšre les rideaux mal tirĂ©s, dĂ©luge, je marche, vite, je marche, vite, vite, vite, il faut aller vite avant que tout disparaisse, c’est la mousson, Bombay, faut dire l’angoisse, vite, vite, vite, pas la quille d’une arche en vue, solitude infinie, help NoĂ©, je suis de nouveau devant la porte de la maison d’Emma, mon amie, ruisselant, bon Ă  essorer, je sonne, toujours personne, je sonne, jamais personne, je colle un oeil au trou de la serrure, un guĂ©ridon encombrĂ© de paperasses, un parapluie pendu Ă  un clou, le dĂ©sespoir me fait de l’oeil, vautour, la pluie cesse, sauvĂ©, je suis sauvĂ© des eaux, je me fous Ă  poil, je suis tout nu dans la rue, chair de poule et queue ratatinĂ©e, tout nu dans la rue je ris, j’ai franchi le mur de la fatigue, j’entre dans le jardin de l’éveil, ça attire les curieux, klaxons, les puritains de service sortent leurs grands principes, c’est un scandale, enfermez les obsĂ©dĂ©s, des ados gloussent, je ris toujours, je me rhabille, je marche, un rayon de soleil au bord des lĂšvres, chaude chatouille, je suis gai, Ă©lu du rien, je chante Ă  tue-tĂȘte, Ă©lu du rien tsouin-tsouin, je fais mon entrĂ©e grand seigneur dans le bar de la gare, je commande une biĂšre, une supĂ©rieure, j’allume une cigarette, j’oublie l’interdit, le waiter me vire, je bois, je fume, je bois, je fume, torpeur, misĂ©rable torpeur, tous nous sommes des Ă©lus du rien, je sors du bar, je prends le train sans prendre de billet, zeitgeist composte-moi que je passe Ă  l’as, ça m’énerve, tout m’énerve, le contrĂŽleur passe, tant mieux, je dois ĂȘtre devenu transparent, un vieux dĂ©sir se rĂ©alise, l’invisibilitĂ©, je ferme les yeux, les cahots du train me bercent, mon enfance a plus Ă©tĂ© bercĂ©e par les trains que par ma mĂšre, j’ai toujours eu le dĂ©mon d’errer, souvenirs d’idĂ©es folles, visions de moments violents, je revis toutes mes fuites, je revois tous mes Ă©garements, Rennes, je dĂ©barque dans la gare, je m’y perds, le T.G.V. passe par lĂ , plus rapide que le progrĂšs, la mort est au bout du pĂ©riple, point de tansit commercial, prĂ©caire asile des zonards entre deux trips, patrouilles de flics, cinglĂ©s, sans-papiers, j’achĂšte un sandwich et une boĂźte de biĂšre, c’est cher, je m’affale dans un recoin, je me vautre, je mange et je bois, c’est bon, j’allume une cigarette, je regarde autour de moi, une autre cigarette, je regarde encore, ça m’énerve, tout m’énerve, je sors un livre de mon sac Ă  dos, Rilke, Rainer Maria Rilke, je lis, Da stieg ein Baum, lĂ  s’élevait un arbre, O reine Übersteigung, O pur surpassement, ça m’effleure et ça me pĂ©nĂštre, le sens toujours un rien terrible, je danse dans un rĂ©el imaginaire, Nijinsky abstrait des chemins tordus qui mĂšnent au pire, je ferme les yeux, ça m’énerve, tout m’énerve, je m’effondre, je m’assoupis, je vois des essaims de jambes mortes, des cauchemars me font la guĂ©rilla, des terreurs m’empoignent et me boulent comme un flipper, des ombres mordent mon coeur, je fais tilt, j’ai peur, je pense Ă  ma peur, ma peur me pense, je m’endors, me rĂ©veille, me rendors, me rĂ©veille, me rendors, me rĂ©veille, voix sensuelles, Paris, Brest, Caen, Le Mans, Nantes, l’ailleurs au bout des rails, enfin la peur me fout la paix, sur un prospectus je m’essaie Ă  la psychologie positive, je note, rĂ©duire la peur Ă  peu en redevenant le poĂšte que je n’ai jamais su ĂȘtre, ça veut rien dire, encore que, enfin l’aube se lĂšve, de nouveau l’aube se lĂšve, enfin je me lĂšve, de nouveau je me lĂšve, je marche, Rennes pionce encore, pas une femme Ă©veillĂ©e Ă  qui donner une pincĂ©e d’amour, je marche dans les rues vides, je rencontre un clochard, Sacha, on mange des croissants rances, c’est bon, on Ă©coute le silence, le silence doucement froissĂ© par des pigeons qui roucoulent, j’ai envie de chier, adieu Sacha, je pars, je marche, je chie dans un square, je me torche avec l’Ouest-France d’hier, Trump veut racheter le Groenland, tous les vautours du capital rĂȘvent de dĂ©gel intĂ©gral, pas de quoi faire un roman, je repars, je marche, je m’allonge sur un banc, je m’endors, je rĂȘve, mes pieds sont des racines, des racines qui s’enfoncent dans le rĂ©el, Ă  chaque pas plus profond, ça m’empĂȘche de fleurir, un jardinier satanique m’arrache, il cherche la petite bĂȘte, la petite bĂȘte qui me ronge la tĂȘte, je me rĂ©veille en sueur, une mouche Ă  merde se promĂšne sur mon front, je la chasse, elle fait des loopings, elle fait son bruit de mouche, elle me prend la tĂȘte, je repars, je marche vers l’A 84, je tends le pouce, je marche, je tends le pouce, je m’arrĂȘte, je tends le pouce, une auto va stopper, l’auto stoppe, je monte, deux jumelles aux crĂąnes rasĂ©s, elles vont au BĂ©ny-Bocage, ça va, soyez bĂ©nies tourterelles de la vipĂšre macadam, je m’étale Ă  l’arriĂšre, on roule, ronron du moteur, lignes blanches, elles arborent le mĂȘme tatouage sur la nuque, une sirĂšne Ă  visage de Gorgone, ça me mĂ©duse, celle qui conduit pas se retourne pour me regarder, je rougis comme un enfant pris en faute, en faute de quoi, les mĂ©dias du monde entier se le demandent, sortie Villedieu les PoĂȘles, je suis sage comme une image, loin du dĂ©lire d’arpenter ma solitude, je regarde dehors, les haies scintillent, bonjour Normandie, j’aime tes haies plus encore que les filles dĂ©coiffĂ©es, elles sont belles, elles sont lĂ  et nulle part ailleurs dans l’univers, bocage adorĂ© je suis ravi de te revoir, avec tes arbres aux frondaisons animales, avec tes arbres qui tendent leurs oreilles Ă  tous les vents, avec tes arbres qui m’ensorcellent, ravi je suis ravi, et bientĂŽt je serai arrivĂ©, arrivĂ©, arrivĂ©, oĂč au fait, au pied de l’arbre absolu, je me loverai dans ses racines, et puis, et puis non, arriver impossible, sitĂŽt arrivĂ© il faut repartir, s’enfuir, revenir, repartir, s’enfuir, revenir, repartir, s’enfuir, revenir, repartir, s’enfuir toujours vers l’infini et puis voilĂ .


plus à l’aise
entre nulle part et nulle part
que quelque part


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Illustration : SĂ©bastien Thomazo, extrait de “Ce qu’il en reste. (Souvenir de Chișinău)”


Article publié le 02 Sep 2019 sur Lundi.am