Avril 14, 2016
Par Indymedia Bruxsel
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« La république, je l’emmerde ! »

Souvenons-nous, c’était il y a moins d’un an, à l’époque partout sur le territoire avaient lieux des manifestations émeutières pour protester contre le (énième) meurtre de sang-froid commis par la flicaille dans l’exercice de ses fonctions. Fonctions qui, rappelons-le, visent à faire respecter l’ordre capitaliste et son expansion. Un nouveau paradigme policier était en train de prendre place : les nasses commençaient à fleurir, permettant l’arrestation de centaines de personnes à un rythme hebdomadaire sinon quotidien ; les barrières anti-émeutes cernaient les centre-ville en pleine semaine aux heures de pointes ; dès qu’une manifestation était prévue dans une ville les autoroutes et voies rapides étaient maillées et l’on pouvait se faire contrôler dès les aires de repos ; tout ce qui portait un uniformes était acquitté d’office et avait droit à un supplément d’armes « non-létales » dans son happy meal préfectoral. Mais quelque part tout n’était pas si noir, les flics étaient de plus en plus haïs et on assistait, somme toute, à une sommaire polarisation de la société sous la forme triviale de « pour ou contre les flics » (en attendant, à défaut, le « pour ou contre les patrons et les commerçants », ou le « pour ou contre le travail », mais chaque chose en son temps ma bonne dame !).

Depuis ?

Depuis on serait tenté de se dire « plus grand-chose »…malheureusement.

Ô le meurtrier de Fraisse a été bien été relaxé, oui, et les cow-boys qui ont zigouillé Zyhad et Bouna également. Mais la colère sociale ne s’est pas déclenchée. En même temps, il faut dire que ce n’est pas tellement le condé qui a buté Rémi que la grenade qui l’a touché, et puis ce n’est pas les flics non plus qui ont tué les deux jeunes, il paraît qu’ils avaient employé le conditionnel dans leur description de la situation. Bref, tout n’est plus qu’une technicisation, on approche chaque barbouzerie avec le scalpel et après avoir tout disséqué reste incriminée une parcelle de la réalité qui elle n’a ni nom, ni état civil. Et alors ? Alors acquittez et circulez SVP, y’a rien à voir. Retournez travailler ! Donc « plus grand-chose ».

Cependant ce serait oublier que malgré la dynamite sociale d’il y a moins d’un an, on a réussi à se fader la « loi Macron » et la loi sur le renseignement, de l’économie et des barbouzes, du travail et de l’autorité. Bref, les deux lois les plus violentes de ce début de siècle en France…Le tout sans même une petite émeute !!!

Comme disait Calimero c’est « trop injuste » !

Mais qui c’est doudi donc qui peut expliquer un contraste aussi violent entre remontée de l’intensité des luttes et l’innommable tarte dans la gueule politique que l’on vient de se prendre ???

Évidemment, il vient à l’esprit de n’importe qui que l’histoire de « Charlie » doit bien « y être pour quelque chose », pour employer un euphémisme. L’applaudissement de colonnes de CRS a en effet de quoi foutre les jetons à toute personne n’étant pas propriétaire de ses moyens de productions, soit, en première approximation, beaucoup de monde.

Pourtant, ce serait rester partiellement prisonnier de l’illusion générée par le présent perpétuel. « Charlie » n’est d’une certaine manière qu’une conséquence, le symptôme d’une maladie plus profonde. Une maladie qui ronge la lutte des classes depuis l’instauration de la relation sociale capitaliste sous sa forme bourgeoise, tout particulièrement en France.

Cette maladie, véritable cancer des luttes sociales, les faisant dégénérer, c’est la république.

Le républicanisme est une folie furieuse, une hystérie collective qui pousse les groupes sociaux à vouloir violemment collaborer entre eux, mais toujours sous l’égide des plus puissants.

C’est ce discours qu’on nous sort constamment dès qu’une augmentation de l’intensité des luttes sociales se fait sentir. Les serviteurs de la relation capitaliste veulent alors bien descendre de leur monde niché au-dessus de nous pour nous rappeler que nous avons des intérêts communs, comme…euh comme quoi déjà ? Ou pire, ils n’ont souvent pas besoin de descendre, les chaînes des médias maillant déjà bien le territoire, il nous suffit de lire un peu Marianne ou Le Monde pour se prendre une piqûre de rappel, si ce n’est le mal nommé Libération ou encore l’anciennement collaborationniste Ouest-France qui se chargent de mener l’offensive pour nous rappeler que les petits patrons, les grandes entreprises, le gouvernement et eux-mêmes ne nous veulent que du bien, puisque nous sommes tous « citoyens » !

La recette républicaine s’assaisonne selon plusieurs sauces, toutes indigestes selon nos frêles estomacs.

République et Religion

Plus ancré à l’extrême-gauche du capital que les scriboullards et les pisse-écrits de la presse, on trouve des groupes et des personnes qui croient conjuguer le verbe « républiquer » au négatif, « pensant » qu’au moins en France la république s’oppose souvent à la religion…rappelant alors l’héritage laïcard revanchard qui n’aime les religions que parquées dans le domaine privé et qui persécuterait donc les pauvres religieux qui ont le malheur de ne pas être bien intégrés en France.

Il semble pourtant qu’ils ne comprennent pas que ce n’est là qu’une bataille de religion justement, une ridicule guerre de clochers entre le laïc et le religieux, dont le premier a osé usurper le rôle du second tout en nous faisant croire qu’il le chassait.

Car religion et république suivent toute deux exactement le même but, cherchent la même chose : la création d’un vivre ensemble sur la base de la pacification sociale, créer du social en abolissant artificiellement la lutte des classes, c’est-à-dire en muselant le prolétariat. République et religion, voilà les deux voiles qui obscurcissent le monde social, alimentent et refondent le présent perpétuel du Spectacle. Ces armes de la bourgeoisie sont aussi vieilles qu’elle, parfois même plus, pourtant il existe encore aujourd’hui des groupes et des personnes pour penser qu’elles s’opposent. Sans voir que si elles sont l’une contre l’autre, c’est parce qu’elles sont l’une tout contre l’autre, elles dorment ensemble, vivent ensemble, se meuvent ensemble et vont ensemble au combat pour la préservation de la société de classe et de la relation sociale capitaliste.

Les religions sont des républicanismes comme les autres, détruisons les tous et toutes !

La république et le terrorisme

L’autre bonne blague recette vient de ceux, plus nombreux, qui opposent la république à son Grand Autre : le terrorisme. C’est oublier que la république n’est qu’une forme, un discours adopté par les gouvernements, et que ce sont justement ces derniers qui fabriquent, de façon direct ou indirect, les groupes ensuite qualifiés de « terroristes ». La pitrerie est connue : la CIA fondant Al-Qaida pour combattre l’URSS, Israël finançant le Hamas afin de réduire l’influence de l’O.L.P, Carlos financé par qui voulait bien le payer. Le terrorisme est une vieille création de l’État, et il n’est pas dur de voir que tous les Mohammed Merah et les frères kouachi ne sont que, sinon des créations, du moins des laissez-faire coupables de l’État, qui tourne la tête en sifflotant, misant cyniquement sur les bénéfices médiatiques de leur actions et les lois liberticides qui pourront ainsi mieux être passées. Le terrorisme n’est pas l’antithèse de la république, il lui redonne constamment vie. C’est pourquoi tout mouvement réellement émancipateur devra combattre les deux simultanément et faire la guerre à ceux qui veulent s’appuyer sur l’un contre l’autre.

Le cas Charlie est un exemple d’école de reconstruction du sentiment d’unité social permettant de faire passer les lois liberticides les plus violentes. Depuis Janvier, on ne peut plus diffuser un tract, refuser un contrôle de vigiles ou de flics, manifester, faire grève sans devenir un terroriste de la république, un assassin du vivre ensemble.

Contre la relation capitaliste et ses représentants de gauche et de droite : meurtre républicain !





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