Novembre 7, 2020
Par La Brique
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plague1Pendant le confinement, quelques personnalitĂ©s entreprenantes se sont rĂ©vĂ©lĂ©es. Solidaires dans l’Ăąme, souvent issues de milieux aisĂ©s mais ayant bien compris l’importance d’ĂȘtre proche des personnes « en grande difficultĂ© » et « vulnĂ©rables », dont les conditions d’existence Ă©taient dĂ©jĂ  tendues avant le confinement et que celui-ci n’a pas amĂ©liorĂ©es. Bref, les pauvres, les prolĂ©taires, les sans-domicile-fixe. Nous proposons de refaire le portraits de ces hĂ©ros en carton.

Allan Ballester, 30 ans « Freepreneur »

À peine une vingtaine d’annĂ©es et Allan commence Ă  travailler pour Nike puis DĂ©cathlon. En quelques annĂ©es, il dĂ©note dans l’entreprise par sa spontanĂ©itĂ© et son investissement au sein de la firme des Mulliez. En observant les dĂ©placements professionnels, malin, il lance un service de couchsurfing entre collĂšgues.les interne Ă  DĂ©cathlon. PlutĂŽt que d’aller Ă  l’hĂŽtel, tu vas dormir chez ton.a collĂšgue. IdĂ©e lucrative pour l’entreprise : plus besoin de payer les frais d’hĂ©bergement des employĂ©.es, on peut leur conseiller d’utiliser ce service. Bonus touche « start-up nation » : elle incite Ă  ne jamais dĂ©connecter et nouer des liens indĂ©fectibles entre collaborateur.rices. La sociĂ©tĂ© parfaite oĂč tout le monde s’unit dans l’intĂ©rĂȘt des patrons.

Un tipi pour les pauvres, un tepee pour les riches

C’est ainsi qu’un an plus tard, il dĂ©veloppe l’application Tepee.pro pour faire sortir le service des murs bleus et l’ouvrir au monde entier : « le couchsurfing entre professionnels pour aider Ă  lutter contre la pauvretĂ© ». Il use du socialwashing pour enfoncer le clou : pour chaque nuit rĂ©servĂ©e via la plate-forme, une nuit d’hĂŽtel est offerte Ă  un SDF, via un systĂšme de dons, de 1 Ă  15€ par mois. Bien plus que le couchsurfing classique gratuit ou demandant un don de 50€ Ă  vie.

La lutte contre la prĂ©caritĂ©, Allan la connaĂźt bien. Il a tout quittĂ© pour aller aider les pauvres en 2017. Il se dĂ©finit alors comme SDF, et n’hĂ©site pas Ă  squatter chez ses potes pour dĂ©montrer qu’on peut entreprendre et ĂȘtre dĂ©tachĂ© des contingences matĂ©rielles. Allan a donc crĂ©Ă© « RiSE – Homeless giving Â», une application pour rĂ©fĂ©rencer les SDF (avec leur accord), pour faciliter les dons. L’asso RiSE et Tepee.pro sont basĂ©es Ă  Lyon d’oĂč vient le startupeur.

À qui profite la solidaritĂ© ?

Pendant le confinement, Allan a l’idĂ©e de monter un mouvement (rien que ça), « #PourEux ». Concept simple : une team « cuistots », une team « livreur.ses de sens », toutes et toutes bĂ©nĂ©voles. Les premier.es font de la bouffe pour les gens Ă  la rue. Les seconds livrent les paniers (nourriture, kits d’hygiĂšne, ou de vĂȘtements) Ă  vĂ©lo, tournant dans la ville Ă  la recherche de SDF.
Les liens entre collaborateur.trices se fait via un groupe Facebook et une application qui permet l’organisation. Quelques riders que nous avons rencontrĂ©s tĂ©moignent d’une gestion managĂ©riale : politique de chiffres et d’images, de ce qui est censĂ© ĂȘtre une simple action humanitaire. Leur attestation dĂ©rogatoire de confinement est signĂ©e par RiSE ( lien de subordination ? ).

Pour Allan l’image est importante. Il conseille ainsi Ă  tout rider de se photographier avec les cuistots lorsqu’il rĂ©cupĂšre de la bouffe, ou avec les « potos de la rue » quand il la livre. Il s’agit de faire la dĂ©monstration de l’authenticitĂ© du mouvement, tout en mettant l’accent sur son aspect social.
Une fracture se matĂ©rialise dans les images publiĂ©es sur les rĂ©seaux sociaux, entre les philanthropes dĂ©vouĂ©.es et les bĂ©nĂ©ficiaires en galĂšre : plus de doutes sur qui appartient Ă  quelle classe. D’ailleurs, une partie importante des riders pendant le confinement Ă©tait employĂ©e chez DĂ©cathlon. AprĂšs le dĂ©confinement, la derniĂšre personne qui fait encore des livraisons est une personne sans-abri. D’aprĂšs des utilisateurs de la plate-forme, il bosse comme un ouf
 gratuitement. C’est aussi ça la solidaritĂ© macronienne, trouver un travail bĂ©nĂ©vole Ă  une personne en demande. En espĂ©rant qu’elle reste bien pauvre et dĂ©vouĂ©e. Force Ă  lui.

Difficile de critiquer un mouvement qui Ă  premiĂšre vue veut aider les personnes dĂ©munies tout en attisant l’esprit de solidaritĂ© chez les gens. Cependant, Allan publie tout ce qu’il fait sur une page de financement participatif continue sur le site Patreon. Les internautes peuvent donner des pourboires aux gens dont ils soutiennent les projets. Le sien, c’est celui d’un podcast audio qui donne la parole aux « potos de la rue ». Comme ça, Allan gagne un petit bonus 455 euros mensuel de 60 donateur.rices, en plus de son salaire plafonnĂ© chez Tepee.pro (un choix de sa part).

Dessin savior vigue

Florian Thieffry, 27 ANS
Louis-Arnaud Motte, 32 ANS
Entrepreneurs de guerre

Pendant le confinement, les lillois.es s’indignent de la crĂ©ation d’une marque, « Maskouzu1 Â», qui vend des masques faits main Ă  10 euros piĂšce. Une marque avec des valeurs : rĂ©munĂ©ration juste des couturier.Ăšres « solidaires », produit 100% français et local (les fils d’attache sont parfois tricolores). Ces arguments peinent Ă  dĂ©tricoter l’image d’un « profit de guerre ».
L’un des associĂ©s, Florian Thieffry, est connu comme chargĂ© de cours Ă  Lille 2 en Sciences Politique, il fut Ă©galement candidat LREM Ă  la mairie d’Hellemmes (15,53% des suffrages au second tour).
La marque est dĂ©posĂ©e par la sociĂ©tĂ© « LA Consulted » une entreprise de gestion dont le nom commercial est Les Hauts de Couture. LA, c’est pour Louis-Arnaud Motte. Un autre qui s’est mis Ă  entreprendre aprĂšs une rupture avec le monde du salariat. Il a lancĂ© ResponsaC en 2018, une marque de sacs recyclĂ©s qui met en avant des couturier.es de la rĂ©gion !
Tout le monde s’accorde sur un point : il faut faire travailler les couturier.es du coin et mettre le plus de drapeaux français dans la communication et idĂ©alement sur les produits directement.

Des inconnus au bataillon

Dans la nébuleuse, un autre Motte, Hubert, a créé La vie en Belt, une marque qui produit des ceintures ou slips à partir de récup de pneus ou de tissus. Cette fois, en employant des personnes en situation de handicap (mais aussi des couturier.es de la région) !
Les Motte sont une famille illustre de la rĂ©gion de Lille, comme les Mulliez, les Prouvost ou les Masurel. CĂŽtĂ© « entrepreneur qui sort de nulle part », on repassera. Louis-Arnaud a quand mĂȘme tentĂ© de masquer son identitĂ©. Quand il se prĂ©sente dans ses vidĂ©os promotionnelles ou sur les rĂ©seaux sociaux, il dit juste son prĂ©nom ( Louis-Arnaud est un prĂ©nom vraiment « lambda »).
Les Thieffry sont moins connus, mais ils sont liĂ©s Ă  Vitamine T (T pour « travaille ! »). Une plate-forme d’insertion professionnelle assez importante pour le patronat local, crĂ©Ă©e par Pierre de Saintignon (ex-premier adjoint de Martine Aubry). Florian ne vient donc pas non plus « de nulle part », son nom discret est pratique pour Ă©viter de se faire repĂ©rer trop rapidement.

Le Souffle du Medef

Toutes ces belles personnes se sont retrouvĂ©es dans les mĂȘmes espaces, des incubateurs, chez Entreprises & CitĂ©s (une pĂ©piniĂšre d’intĂ©rĂȘts patronaux basĂ©e Ă  Marcq-en-BarƓul), dans les dĂźners de famille… Des moments parfaits pour tisser ces liens de networking qui s’autopersuadent que l’entrepreneuriat « innovant » est un truc mĂ©ga important.
Ainsi Tepee.pro (Allan Ballester) a organisé sa soirée de lancement en invitant La vie est Belt (Hubert Motte) et Stirrup (Delphine Barthe) en octobre 2018 dans un bar branché du Vieux-Lille. Nickel.
Dans le mĂȘme genre, Entreprises & CitĂ©s permet la rencontre de Hubert Motte, Louis-Arnaud Motte et Florian Thieffry avec Yann Orpin, le prĂ©sident du Medef de Lille. Parfait.
DerniĂšrement, Delphine Barthe a Ă©tĂ© invitĂ©e Ă  causer dans Keep Cool, « l’Ă©mission tech qui fait du bien », auprĂšs de Christophe Itier (LREM, actuellement Haut-Commissaire Ă  l’ESS et Ă  l’Innovation sociale), mais aussi le patron de French Tech (Euratechnologies) et le prĂ©sident d’Entreprises & CitĂ©s. Un vase clos, on vous dit !

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Delphine Barthe, 38 ans
Aider les pauvres tout en aidant les riches

Delphine a vite fait le tour de son taf de consultante, cheffe commerciale ou responsable RH. Il lui fallait quelque chose de plus ancrĂ© dans le rĂ©el (ou benchmarkĂ©) mais qui garde un modĂšle Ă©conomique viable (business plan). VĂ©ritable storytelleuse, elle trouve une petite histoire pour chaque crĂ©ation d’entreprise. « On a tous un vieux tombĂ©, restĂ© coincĂ© comme une tortue pendant des heures », donnera Smart Alert, un bracelet Ă©lectronique pour vos parents (spoiler : ça n’a pas marchĂ©). « J’ai rencontrĂ© une famille sur la Friche Saint-Sauveur que je ne pouvais laisser accoucher Ă  NoĂ«l dans le froid », donnera Stirrup, un dispositif de logement « tremplin » pendant 6 mois pour les SDF, sur base d’un partenariat avec des propriĂ©taires de logements vacants. Les deux projets ont Ă©tĂ© incubĂ©s Ă  Euratechnologies. Un incubateur, c’est l’occasion de confronter son projet d’entreprise avec des professionnels de l’innovation (ils savent vous faire dĂ©coller, et faire de votre concept quelque chose d’unique).
Stirrup est dĂ©posĂ©e sous la forme d’association dĂ©but 2019. Une forme qu’elle destine a devenir start-up au long terme, en adoptant dĂšs maintenant son fonctionnement. L’asso permet une facilitĂ© de dĂ©marches et le rayonnement de crĂ©dibilitĂ© dans ses aspirations.

« Capter des logements vacants »

Puisque Stirrup agit avec des associations, le prĂȘt de logement est considĂ©rĂ© comme un don en nature et permet aux propriĂ©taires de bĂ©nĂ©ficier d’une dĂ©fiscalisation entre 60 et 66%.
Elle propose aux proprios de payer Ă  sa startup le coĂ»t du logement vacant (qu’elle estime Ă  2500 €).
Une Ă©conomie rĂ©alisĂ©e grĂące au « contrat de prĂȘt de logement » inventĂ© pour l’occasion. Si ça se passe mal avec les personnes hĂ©bergĂ©es ? « Ça se passera bien quand mĂȘme » rĂ©pond Delphine au micro d’Europe 1.
Delphine a rĂ©ussi Ă  convaincre le MinistĂšre du Logement que sa plate-forme lui permettrait d’Ă©conomiser 8500 € par an par personne ( prendre en charge les pauvres serait une vĂ©ritable charge pour l’État). L’idĂ©e est bonne, sauf qu’en remerciement, l’État donne Ă  l’entreprise une partie des Ă©conomies effectuĂ©es et cautionne donc le manque Ă  gagner sur les taxes non-perçues.
Si Delphine atteint son objectif pour 2020, soit 300 personnes hĂ©bergĂ©es, et qu’elle prend la moitiĂ© de l’argent Ă©conomisĂ© par l’État et par les rentiers, ça fait environ 1,6 millions d’euros pour Stirrup. À noter que le travail d’accompagnement des familles est effectuĂ© par d’autres associations avec lesquelles Delphine travaille.

Nous avons essayé de comprendre ce qui était gagné concrÚtement via Stirrup :

  • une personne ou une famille Ă  la rue ne l’est plus
  • l’État a fait des Ă©conomies sur le fait que des personnes ne sont plus Ă  la rue
  • le logement reste en bon Ă©tat – le proprio pourrait spĂ©culer sans craindre de voir la valeur de son bien immobilier diminuer
  • le propriĂ©taire est dĂ©fiscalisĂ© (c’est de l’« optimisation fiscale »)
  • l’association utilise une partie des Ă©conomies de l’État et des propriĂ©taires pour se payer

Ce genre de start-up entĂ©rine la propriĂ©tĂ© privĂ©e tout en jouant complĂštement des inĂ©galitĂ©s sociales et l’enrichissement des propriĂ©taires. Pas du tout un frein Ă  la spĂ©culation, au contraire, elle a tendance Ă  l’aider, car les logements tiennent mieux lorsqu’ils sont occupĂ©s. Peu lui importe la raison qui fait qu’un logement est vacant.

Un socialwashing bien huilé ?

La duplicitĂ© de Delphine repose sur la maniĂšre dont elle dĂ©finit son projet. En novembre 2019 sur Europe 1, elle dĂ©clare : « [j’ai] toujours voulu fonder une start-up qui va gagner de l’argent, avec un enjeu business ». Dans les publi-reportages qu’elle se paye pendant le confinement, Stirrup est prĂ©sentĂ©e comme une asso. C’est toujours mieux de se dire associatif que start-up : pour les initiatives solidaires, l’anglicisme sonne mal. Premier socialwashing.

Au micro de BFM-Grand Lille en octobre 2019, elle emploie une rhĂ©torique qui ne ment certes pas, mais qui priorise l’information « altruiste » sur l’information « capitaliste ». Dans un sourire Ă©hontĂ©, elle affirme que le premier intĂ©rĂȘt des proprios est d’« ĂȘtre solidaires » puis « pour faire en sorte que les logements soient occupĂ©s et entretenus plutĂŽt que vacants. ». Ils ne voudraient pas participer Ă  la vacance. Le socialwashing profite aux bienheureux partenaires de Delphine.

Cependant, « quand un immeuble a des logements vacants, il peut y avoir des dĂ©gradations, du squat, des tags. Â». Elle finit par admettre avec une petite moue : « c’est pour ça qu’ils prĂȘtent, parce qu’ils gagnent de l’argent, en fait, tout simplement ». L’ intĂ©rĂȘt serait pour les propriĂ©taires, mais il ne faut pas le dire trop vite !

Stirrup loue des logements Ă  bas coĂ»t Ă  des propriĂ©taires sans en assumer la responsabilitĂ© juridique. Les possibles dĂ©gradations sont Ă  la charge des locataires, clause stipulĂ©e dans leur contrat de prĂȘt de logement. Delphine Barthe favorise la spĂ©culation immobiliĂšre. Celle responsable de la crise du logement, des « 50% de sans-domiciles supplĂ©mentaires entre 2001 et 2012 », Ă©voquĂ©s sur son site web. Stirrup fait partie donc de ces start-up-associations qui substituent un colmatage de fortune aux manquements Ă©tatiques. Ce que semble valider le MinistĂšre du Logement.

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GĂ©rard Mulliez, 89 ANS
AuCHANgé LE MONDE

GĂ©rard Mulliez, 89 ans et figure patriarche du groupe Auchan, cerne les nouveaux enjeux du prochain capitalisme. Dans un contexte oĂč, selon l’AFP « la perte annuelle du groupe Auchan Holding a atteint 1,286 milliard d’euros, [soit] une dĂ©gradation de 12,3% par rapport Ă  2018 », il est urgent de se rĂ©organiser. Le vieux « GĂ©rard » comme il aime se faire appeler, donne de nouvelles pistes
 En effet, dans une confĂ©rence « Flandres Business Club » donnĂ©e en avril 2019 Ă  Entreprises & CitĂ©s (siĂšge du MEDEF et autres bons samaritains), GĂ©gĂ© annonce ses plans.
À une question sur la transition Ă©cologique, GĂ©rard Mulliez, rĂ©pond de maniĂšre trĂšs lucide et l’on comprend trĂšs vite oĂč peut se situer la reconversion du groupe Auchan. « Un garçon est venu me voir en me disant “est-ce que je peux utiliser quelques mĂštres carrĂ©s Ă  cotĂ© de votre centre de formation pour faire de la permaculture”, je lui ai dit “ok tu peux y aller” puisqu’il n’y a rien (
) aujourd’hui il a mis en Ɠuvre 4 hectares de permaculture, il a prouvĂ© qu’on pouvait vivre avec un Ă  deux hectares de permaculture pour une famille, on peut sortir un revenu de 4000 euros par mois ».

Permaculture de classe

Demain les Mulliez pourront ĂȘtre propriĂ©taires des outils de productions agricoles et Ă  la fois diffuseurs de productions Ă©co-responsables. Imaginez les profits Ă  rĂ©aliser et l’écart Ă  diminuer entre bĂ©nĂ©fice sur un travailleur indĂ©pendant et une force de travail pressurisĂ©e par le groupe Auchan. GĂ©rard de voir les yeux briller : « Aujourd’hui, il n’y a aucune raison qu’il y ait du chĂŽmage en France, puisqu’un cultivateur en France a besoin de 50 hectares pour vivre alors que la permaculture s’en contente d’un ou deux ». C’est qu’il a le sens du commerce, et de souligner « la permaculture permet de la culture permanente toute l’annĂ©e du 1er janvier au 31 dĂ©cembre. Toute l’annĂ©e. » Et de montrer qu’il s’y connaĂźt, le marlou : « la permaculture, c’est du bio plus large que du bio » dit-il. Il y connaĂźt un rayon, au rendement ! Il n’hĂ©site pas Ă  se lancer dans une apologie hallucinante et trĂšs concrĂšte de cette technique agricole plus Ă©colo que les Ă©colos.
S’installer en permaculture Ă  son compte, c’est impossible ou masochiste. Heureusement, les Mulliez sont lĂ , grands philanthropes. Les ouvrier.es du textile de jadis sont les agriculteurs « plus larges que le bio » de demain…
Vous voilà prévenus !

Nos solidarités
Leurs humanitarismes

C’est le moment de faire la diffĂ©rence entre nos solidaritĂ©s et leur humanitarisme (dans le dico : Doctrine humanitaire jugĂ©e utopique, vaine ou mĂȘme dangereuse). Sous le vernis « solidaires », leurs initiatives Ă©talent une morale judĂ©o-chrĂ©tienne qui se positionne entre assistance Ă  personne en danger et charitĂ© mal placĂ©e. Le bourgeois s’offre le luxe d’une bonne conscience, par ses bonnes actions dĂ©goulinantes de bons sentiments. Nos solidaritĂ©s, elles, sont des actes partisans, des soutiens Ă©thiques aux opprimĂ©.es par des dominations contre lesquelles l’on s’insurge. L’humanitarisme manipulĂ© par la classe dominante devient un secteur d’activitĂ© du capitalisme. Ici la pitiĂ© devient valeur marchande moraliste, au dĂ©triment de l’éthique.

Si la forme associative est la forme privilĂ©giĂ©e de nos solidaritĂ©s. Ces entrepreneur.euses lui prĂ©fĂšre la fomule start-up. Elle permet la levĂ©e de fonds bancaires et la revente, donc une plus-value future. Elle facilite Ă©galement l’entrĂ©e de mises de dĂ©part prĂȘtĂ©es par l’entre-soi (famille, investisseurs-potes de tout bord).

Si parfois la forme associative est retenue. La bougoisie y applique un fonctionnement entrepreneurial et gagne en souplesse sur les contrĂŽles financiers (un bilan comptable par an, les autres contrĂŽles ne se font que sur dĂ©nonciation). Cette gestion dĂ©montre la volontĂ© de muter notre modĂšle associatif en entreprise rejoignant les avantages Ă©voquĂ©s prĂ©cĂ©demment. Quelle soit l’option choisie c’est gagnant-gagnant.
On voit bien que nos hĂ©ros locaux n’en sont pas Ă  leur coup d’essai en termes de socialwashing et greenwashing. Ils ont senti de loin le filon lucratif. Il y a fort Ă  parier que ces personnes sont moralement persuadĂ©es de faire le bien. Leur propagande visuelle appuie cette authenticitĂ©. La crise de la Covid n’est qu’une bande-annonce de la version 2.0 du capitalisme. Ce nouveau capitalisme Ă  venir est celui qui s’empare des questions Socialistes : redistribution des biens de maniĂšre Ă©galitaire. Sans pour autant dĂ©construire la nĂ©cessitĂ© de surproduction et d’exploitation (pour ne citer que cela).
En somme pour nos hĂ©ros la seule solidaritĂ© Ă  l’Ɠuvre reste celle qui a toujours eu court : leur solidaritĂ© de classe. N’en dĂ©plaise Ă  leurs « bonnes intentions » (dont la route pour l’enfer est pavĂ©e).

Texte : Lud, Sacha, Harry Cover.
Dessins : Lazare et Vigue

1. LREM et coronavirus : les affaires sont les affaires, luttennord.wordpress.com, 5 mai 2020, kheynialo




Source: Labrique.net