Si au moins, vous aviez voulu décrocher la lune, mais non, vous demandiez seulement la possibilité de survivre. Franchement vous n’avez même pas eu le temps de vous déshabiller. Déjà leur regard vous avait balayé de bas en haut, avait reconnu l’homme fatigué, inquiet, timide, un homme flottant en quelque sorte, incapable de revêtir l’uniforme, de jouer, de figurer sur l’étiquette. Ah votre visage triste sur une étiquette de boîte de conserve aurait assuré la faillite à l’entreprise !
Ah qu’importe, en aveugle vous sondez le sol avec votre béquille. En aveugle, vous écoutez ce bruit sournois de votre béquille et enfin votre sourire éclate dans la nuit que vous vous êtes offert. Vous avez entre les mains un parchemin de nuit qui n’éclatera pas en sanglots. Vous êtes une page de nuit qu’Hamlet est en train de lire sur scène. Il transpire, illuminé par une tête de mort, objet macabre et ridicule. « Moi, un homme, dîtes vous, à Hamlet, moi vivant, faudra-t-il que je me soumette à l’idée que vous vous faîtes de moi ? Personne ne m’a inventé, vous comprenez, je ne crie pas, je ne me révolte pas. Je suis un spectateur et je suis riche, riche d’un temps incroyable que j’ai ouvert dans le chemin de la nuit, dans un trou de la nuit. Je ne me bats plus contre le temps, je suis le temps, le temps indéfinissable que met un homme à penser l’homme. C’est drôle n’est-ce pas et cela le restera. Ah d’expression pensive, d’égratignure ou fiente, détail de l’homme inachevé, j’entendrai mon rire gicler sur une boîte de conserve. Ne faut-il pas se quitter de temps en temps pour être. Adieu Hamlet, adieu forbans et révolutionnaires. Puisque vous n’avez pas su mettre un nom sur mon visage, je dors sur votre cul, chère Société !


Article publié le 23 Juil 2019 sur Monde-libertaire.fr