Octobre 1, 2022
Par Le Mouton Noir (QC)
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Par Bruno Tremblay 

Une rĂ©forme du systĂšme politique, « les gens n’ont pas d’appĂ©tit pour cela », nous a dit François Legault lors du dernier dĂ©bat Ă  Radio-Canada. Cette phrase rĂ©sume bien l’état gĂ©nĂ©ral de cette campagne oĂč le populisme s’est non seulement emparĂ© de certains candidats, mais est devenu le systĂšme politique lui-mĂȘme.

On parle au nom du peuple, de ses envies, de ses besoins, mais surtout pour se donner une image positive afin de grappiller quelques votes. Un peuple avec lequel les Ă©lites politiques n’ont ni connexion ni mĂȘme un semblant de comprĂ©hension. On utilise seulement ce mot Ă©tiquette parce qu’il sĂ©duit certains Ă©lecteurs. 

Beaucoup de politiciens ne veulent pas le bien commun, ils veulent le pouvoir. C’est un jeu, voire une drogue pour certains, un moyen pour se donner une chance au panthĂ©on de la gloire de la sociĂ©tĂ© quĂ©bĂ©coise.

 Si nous regardons d’un peu plus prĂšs, les sondages nous montrent que le prochain gouvernement risque fort d’avoir prĂšs de 80 % des dĂ©putĂ©s, avec autour de 40 % du vote populaire. Et, si on se fie Ă  la tendance des derniĂšres dĂ©cennies, avec un taux de participation qui risque d’atteindre au mieux les 60 %. 

Autrement dit, 25 % des gens ayant le droit de vote donneront 100 % du pouvoir Ă  un parti politique puisque, dans le parlementarisme, les contre-pouvoirs sont faibles, voire inexistants, pour un gouvernement majoritaire. En effet, il y a une grande concentration des pouvoirs en la personne du premier ministre et le gouvernement est aussi la force majoritaire au sein du pouvoir lĂ©gislatif. Ce qui veut dire, en quelque sorte, que le chef du gouvernement, qui exĂ©cute les lois, est aussi celui qui les Ă©crit. 

Si le supposĂ© peuple n’a pas d’appĂ©tit pour une rĂ©forme du systĂšme politique, ce n’est pas parce qu’elle n’est pas nĂ©cessaire ou souhaitable. C’est que le peuple n’a ni pouvoir ni voix dans ce systĂšme. Il est limitĂ© Ă  donner une impression, par le vote, pour dĂ©signer qui sera son maĂźtre pour les 4 prochaines annĂ©es. 

Le pire, c’est que l’électeur n’a pas besoin d’y connaĂźtre grand-chose, de s’y intĂ©resser, de dĂ©battre, de discuter. Seul dans l’urne, il peut se contenter d’une humeur pour voter. Il doit, en plus, tout au long des processus Ă©lectoraux, se contenter d’un rĂŽle de spectateur et laisser l’élite s’arracher son vote en y allant de marketing politique agressif. 

Ce qui est franchement absurde, c’est que les politiciens ont le contrĂŽle du menu et ensuite ils clament que le peuple n’a pas d’appĂ©tit. C’est comme un restaurant qui n’offre pas de salade sur son menu et dit qu’il n’en offrira pas parce que personne n’en commande
 

En plus d’ĂȘtre un argument boiteux, cela passe Ă  cĂŽtĂ© du problĂšme de fond : si c’est une bonne chose de manger de la salade pour la santĂ©, c’est peut-ĂȘtre une bonne idĂ©e d’en offrir si nous avons le bien de nos clients Ă  cƓur, si nous ne souhaitons pas nous servir d’eux comme un simple moyen de gĂ©nĂ©rer un profit. 

Le systĂšme Ă©lectoral, dans sa mouture actuelle, et j’ajouterais mĂȘme par essence, ne permet pas de donner une dĂ©putation et un gouvernement connectĂ©s au peuple. Il donne le champ libre aux dĂ©magogues, aux vendeurs, aux « combattants ultimes », aux slogans vides, aux mots-Ă©tiquettes plutĂŽt qu’aux idĂ©es
C’est une tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© d’un mois dans laquelle nous dĂ©signons le gagnant comme nous le ferions pour un prix du public.

Être dĂ©signĂ© gagnant d’un tel « freak show » est mĂȘme encore plus facile : pas besoin d’une majoritĂ© absolue ! Je le rappelle, selon les projections actuelles, environ 25 % des Ă©lecteurs couronneront notre prochain Souverain. Si nous savons lire entre les lignes, cela signifie que 75 % n’en voudront pas. Mais, j’oubliais, le peuple n’a pas d’appĂ©tit pour cela
 

Qu’est-ce qui distingue la monarchie, l’aristocratie et la dĂ©mocratie ? Nommer le systĂšme actuel dĂ©mocratie rend pour le moins confus le sens de ces trois termes. La concentration des pouvoirs dans la personne du premier ministre, c’est un concept monarchique : le pouvoir d’un seul. Les Ă©lections sont issues du systĂšme aristocratique, profondĂ©ment hiĂ©rarchisĂ© et Ă©litiste, dans lequel ce sont les «meilleurs» qui dĂ©cident. L’élection permet, semble-t-il, de choisir les meilleurs parmi les meilleurs. La dĂ©mocratie au sens originel, quant Ă  elle, Ă©tait une dĂ©mocratie directe parce qu’elle repose justement sur le pouvoir des citoyens. Sans ces distinctions, chacun de ces termes perd son sens et cela sĂšme la confusion. 

Autrement dit, nous finissons par croire qu’un systĂšme dans lequel une minoritĂ© privilĂ©giĂ©e dirige, menĂ© par un personnage puissant, est un systĂšme basĂ© sur le pouvoir du peuple. C’est Ă  tout le moins tordu
 

Dans le contexte actuel, force est de constater que la position la plus raisonnable n’est pas celle d’aller voter, comme tous les prĂȘcheurs de la «dĂ©mocratie» le demandent, mais de s’en abstenir. Donner de la lĂ©gitimitĂ© Ă  un tel systĂšme, ce n’est pas ce qui va produire l’avĂšnement d’un systĂšme rĂ©ellement dĂ©mocratique. 

SystĂ©matiquement, l’appĂ©tit pour une telle rĂ©forme du systĂšme politique se perd par les politiciens une fois placĂ©s au pouvoir par ledit systĂšme. Pourquoi le changer s’il donne ce qu’ils souhaitent, c’est-Ă -dire le pouvoir pour lui-mĂȘme ?




Source: Moutonnoir.com