FĂ©vrier 20, 2020
Par La Rotative (Tours)
194 visites

Depuis fin 2017, en raison du manque de transparence des contrĂŽles rĂ©glementaires, un rĂ©seau de prĂ©leveurs et l’ACRO (Association pour le ContrĂŽle de la RadioactivitĂ© dans l’Ouest) effectuent un suivi de la radioactivitĂ© rejetĂ©e dans la Loire et la Vienne par les centrales nuclĂ©aires de Belleville (18), Dampierre (45), Saint Laurent des Eaux (41), Chinon (37) et Civaux (86). Dans ce but, les prĂ©leveurs ont Ă©tĂ© formĂ©s Ă  un protocole agrĂ©Ă© par l’Institut de Radioprotection et de SĂ»retĂ© NuclĂ©aire (IRSN).

Dans ce cadre, un prĂ©lĂšvement a Ă©tĂ© effectuĂ© le 21 janvier 2019 Ă  Saumur. Son rĂ©sultat, dĂ©voilĂ© le 18 juin 2019 par un communiquĂ© commun des prĂ©leveurs volontaires et de l’ACRO, atteste d’une pollution « hors normes Â» : ce jour-lĂ , une concentration de 310 Becquerels par litres de tritium a Ă©tĂ© mesurĂ©e dans l’eau de la Loire !

Le tritium est un isotope radioactif de l’hydrogĂšne dont la toxicitĂ© gĂ©nĂ©tique est avĂ©rĂ©e. Normalement, sa concentration dans un cours d’eau ne devrait pas dĂ©passer quelques Becquerels par litre. Une pollution par de l’eau tritiĂ©e ou du tritium organiquement liĂ©, directement incorporables dans le mĂ©tabolisme des ĂȘtres vivants, ne saurait ĂȘtre banalisĂ©e, et les associations antinuclĂ©aires ne sont pas les seules Ă  le dire.

Poursuivre le pollueur en justice

L’IRSN n’a pas remis en cause la mesure de cette concentration de 310 Bq/l en tritium, au contraire [1] ; ce qui vient conforter la validitĂ© de la dĂ©marche des prĂ©leveurs volontaires du bassin Loire Vienne. Son analyse resserre la responsabilitĂ© possible sur les cinq centrales nuclĂ©aires implantĂ©es sur la Loire et la Vienne, Ă  l’exclusion d’autres causes. À ce stade, elle n’entrevoit pas d’explication Ă  cette concentration, si ce n’est un prĂ©lĂšvement hors de la « zone de bon mĂ©lange Â» (!), qui n’expliquerait d’ailleurs pas tout.

L’IRSN Ă©carte la possibilitĂ© d’un rejet accidentel plus Ă©levĂ© que prĂ©vu. Mais comme le montrent nos calculs, cette concentration, observĂ©e bien en aval des points de rejets, est trop Ă©levĂ©e pour rĂ©sulter du cumul des rejets maximum autorisĂ©s des cinq centrales. Ceci laisse donc suspecter qu’une ou plusieurs installations n’aurait pas respectĂ© la limite de rejets autorisĂ©s.

Cette affaire souligne Ă©galement la dĂ©faillance du systĂšme de contrĂŽle de l’industrie nuclĂ©aire. L’IRSN a bien ses propres collecteurs d’eau, mais ses analyses sont moyennĂ©es sur un mois. Elle doit donc s’en tenir aux dĂ©clarations d’EDF, qui s’autocontrĂŽle. Mais peut-on croire cette derniĂšre sur parole lorsqu’elle affirme qu’aucun incident n’est survenu, au vu des nombreux cas de pollution au tritium minimisĂ©s ou dĂ©clarĂ©s tardivement par l’entreprise [2] ?

C’est pourquoi nous dĂ©posons plainte aujourd’hui contre EDF et contre X pour pollution des eaux, risques causĂ©s Ă  autrui et infraction Ă  la rĂ©glementation des installations nuclĂ©aires de base. Cette plainte n’est pas‚« symbolique Â» : nous souhaitons que le pollueur soit condamnĂ©.

En attendant que la justice traite l’affaire, nous restons mobilisĂ©s

AprĂšs ce dĂ©pĂŽt de plainte, le Collectif Loire Vienne ZĂ©ro nuclĂ©aire engagera d’autres actions en justice si nĂ©cessaire. De son cĂŽtĂ©, le rĂ©seau de prĂ©leveurs continue Ă  effectuer des prĂ©lĂšvements.

Nous ne souhaitons pas seulement voir le pollueur sanctionnĂ© : notre objectif principal reste l’arrĂȘt le plus rapide de tous ces rĂ©acteurs. Beaucoup ont atteint leur durĂ©e de vie initialement prĂ©vue, et leurs cuves, qui ont subi une forte pression, des variations de tempĂ©rature et le bombardement des neutrons pendant des dĂ©cennies, ne sont pas remplaçables. Certaines piĂšces de ces rĂ©acteurs ont aussi fait l’objet de malfaçons lors de leur fabrication.

Nous demandons Ă©galement l’abandon des nouveaux projets nuclĂ©aires, qu’il s’agisse des projets de rĂ©acteurs EPR ou des « petits rĂ©acteurs modulaires Â», ou encore le projet de‚« piscine de stockage Â» pour combustibles usĂ©s Ă  Belleville-sur-Loire [3], ainsi que l’accaparement des terres par EDF qui accompagne ces projets.

La sortie du nuclĂ©aire est indispensable pour Ă©viter les dangers et cesser de produire des dĂ©chets ingĂ©rables. Avec sobriĂ©tĂ© Ă©nergĂ©tique, efficacitĂ© Ă©nergĂ©tique et Ă©nergies renouvelables, cet avenir est Ă  notre portĂ©e !

Les organisations membres du Collectif Loire Vienne ZĂ©ro nuclĂ©aire signataires : SNE (Sarthe Nature Environnement), SDN Touraine, SDN 72, SDN 49, SDN Pays nantais, SDN 41, SDN Berry-Giennois-Puisaye, CSDN 79, RĂ©seau l’EPR ça suffit, ComitĂ© Centrales, CHENAL (CollĂšge d’histoire de l’énergie nuclĂ©aire et de ses alĂ©as), ACEVE (Association pour la cohĂ©rence environnementale en Vienne), ACIRAD Centre.




Source: Larotative.info