Avril 11, 2022
Par Le Monde Libertaire
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On pose ici que les métavers, dernier avatar de la science contemporaine, sont la réactualisation des fiefs du Moyen Âge. Le seigneur du fief détient les pouvoirs économiques et civils sur les sujets qui vivent sur ses terres, et les transmet ou les vend à son gré. Son suzerain lui délègue certaines opérations de police et de guerre ; fiscales également.

Quel rapport entre les fiefs, l’organisation politico-militaro-économique qui s’est développée sur les ruines de l’Empire romain, et les métavers ? Ces mondes virtuels à la croisée des jeux vidéo et des réseaux sociaux, dont on nous promet qu’ils enverront les murs et fils d’actualité Facebook, les réunions Zoom et les apéros Skype rejoindre les masques et les cotons-tiges qui saturent les poubelles du moment Covid.

La loi du Métavers est celle de son Seigneur
La réponse est directe : les métavers sont des territoires au sein duquel des humains interagissent, à ce titre ces mondes sont politiques et il apparaît déjà qu’ils sont autocratiques. Ces produits de la science la plus pointue sont le lieu d’un retour vers un passé moyenâgeux : les technosciences réactualisent les seigneuries du Moyen Âge, quand la possession du « territoire » était source du pouvoir politique. Comme le fief, le Métavers est dirigé par son propriétaire. Habitants et passants doivent obéir à sa Loi figée dans ses Conditions Générales d’Utilisation – les « CGU » – que ses juristes auront soigneusement élaborées, ligne après ligne, et qu’il faut accepter en bloc, le plus souvent sans même les lire ; encore moins les comprendre.

« Politiquement et juridiquement, le métanaute n’est Rien. »

Car elles sont illisibles, les « CGU », qui définissent pourtant les règles à suivre et les peines encourues. Quand le droit du fief s’écrivait en latin, l’ancienne langue des clercs, c’est une mathématique rigoureuse qui sous-tend les CGU – celle des « logiques déontiques » qui disent l’obligation, l’interdiction, la permission et le facultatif – ornée d’un incompréhensible jargon accessible aux seuls juristes – les nouveaux clercs. Simple traduction en langue juridique du bon vouloir du seigneur, le contenu même de la Loi n’aura fait l’objet d’aucune négociation, si ça n’est avec les marchands du Métavers. Les CGU changeront à volonté, c’est au bon gré du seigneur que l’interdit devient obligatoire, que le nécessaire se renverse en impossible. Politiquement et juridiquement le métanaute n’est Rien.

Le seigneur aide son suzerain

L’autorité du seigneur, est toutefois soumise à celle de son suzerain, ici l’État, qui conserve la faculté d’amender, supprimer ou imposer telle ou telle disposition. Mais le suzerain se doit d’être à l’écoute du seigneur dont il tire de copieux revenus et à qui il délègue l’application de ses propres lois ; comme celles régissant la parole et la propriété. Pour ne prendre qu’un exemple, les armées de bots de Zuckerberg, Seigneur de Facebook, sont infiniment moins coûteuses et infiniment plus efficaces que la centaine de « fonctionnaires » mobilisés pour faire la chasse aux contrevenants à la tristement célèbre loi HADOPI relative à la « diffusion et la protection de la création sur Internet » votée en 2009 à la demande des grands majors de la musique. Le Seigneur est également chargé de s’assurer de l’identité de ses sujets comme le font déjà les Zuckerbots depuis 2018 pour les utilisateurs ayant une (trop ?) large audience, ou pour toute autre raison à sa convenance. Le seigneur, qui sait presque tout de ses sujets, répond gracieusement à la « demande des juridictions pour les besoins de la recherche, de la constatation et de la poursuite des infractions pénales » ; parfois même, soucieux de lui plaire, il l’anticipe.

Peine capitale : la mort sociale
Le récalcitrant sera « désactivé » … extrait de ses sources d’informations, de ses réseaux relationnels et amicaux. Un Comité des Sages nommé par le seigneur traitera le cas des plus puissants, tel le « Comité de Surveillance » de Facebook créé en octobre 2020, qui aura validé le bannissement de Donald Trump, jusqu’il y a peu l’homme le plus puissant sur terre. En son fief, le seigneur est tout puissant.

Et l’on peut – l’on doit – d’ores et déjà s’inquiéter car des pans entiers de nos vies sociales ont déjà basculé dans le virtuel : mèls et blogs du Web 1.0, réseaux sociaux du Web 2.0. L’attrait du Métavers sera tel, en particulier sur les jeunes générations qui en seront « natifs », qu’il absorbera toujours plus de nos vies privées et sociales. Avec deux conséquences : en premier lieu, les machines électroniques ou électro-biologiques d’incorporation de nos corps dans les Métavers nous rendront infiniment plus observables et manipulables. Le dispositif voudra être total, pour lire et écrire nos pensées. En second lieu, l’incorporation de toujours plus de nos vies privées et collectives dans les Métavers nous rendra toujours plus dépendant et donc plus obéissant à sa Loi.




Source: Monde-libertaire.fr