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En football le mercato c’est Ă  la fin de l’étĂ© ou en automne, en politique c’est plutĂŽt tous les cinq ans au printemps lorsqu’une Ă©lection Ă  la prĂ©sidentielle est en vue. Dans un cas comme de l’autre il y a plusieurs cas de figure de transfert d’un club Ă  un autre.

‱ Un jeune footeux talentueux cherche un club plus huppĂ© (et une meilleure paie) pour poursuivre sa carriĂšre. En politique on a connu ça dans les annĂ©es post 70 principalement dans le mouvement trotskiste fournisseur de cadre au PS naissant. On pense Ă  Henri Weber ou Julien Dray pour la LCR ou Ă  Lionel Jospin et Cambadelis pour les lambertistes. Les Verts aussi, quoique moins talentueux, ont eu leur part de transfuges intĂ©ressĂ©s : de Pompili Ă  de Rugy les exemples ne manquent pas.

‱ Un joueur confirmĂ© s’étiole dans une formation en difficultĂ© qui n’est plus ce qu’elle Ă©tait. Il cherche Ă  ĂȘtre transfĂ©rĂ© dans un club en bonne santĂ© et plein d’avenir, quitte Ă  ne plus y jouer provisoirement un rĂŽle de premier plan ou mĂȘme, s’il est en fin de carriĂšre, Ă  accepter un second rĂŽle sur le banc. Le PS est un bon fournisseur de ces deux cas d’école que ce soit aprĂšs l’élection de 2017 avec Ferrand, Parly ou Le Drian qui quittĂšrent un navire endommagĂ© pour poursuivre une carriĂšre de premier plan, ou plus rĂ©cemment avec Marie-Sol Touraine, Elisabeth Guigou ou François Rebsamen qui prĂ©fĂšrent terminer une carriĂšre sous le maillot d’« En marche Â» comme second couteau plutĂŽt que sombrer dans l’anonymat d’une Ă©quipe de troisiĂšme division (Rebsamen avait Ă©tĂ© jadis dans le cas de figure prĂ©cĂ©dent, transfĂ©rĂ© de la Ligue communiste au PS).

‱ Il y a aussi le cas d’honnĂȘtes joueurs de terrain dont la carriĂšre un temps prometteuse, stagne et qui acceptent des transferts Ă  l’autre bout du monde ou l’herbe est plus verte financiĂšrement et la considĂ©ration locale plus allĂ©chante, en Chine ou au Moyen-Orient par exemple. L’échec est parfois au bout et le retour dans la mĂšre patrie douloureux, demandez Ă  Manuel Valls.

‱ Enfin il y a les transferts rĂ©ussis de joueurs qui deviennent ou restent des vedettes dans des clubs europĂ©ens prestigieux. On ne connaĂźt pas Ă  ce jour d’équivalent en politique sinon celui de Bernadotte [1] qui date un peu.

Le parallĂšle entre la vie footballistique et la vie politique s’arrĂȘte lĂ  car la premiĂšre, malgrĂ© toute la rĂ©pulsion qu’elle peut provoquer de par la valse des millions, la corruption et l’embrigadement des masses, elle nous procure quand mĂȘme quelques petits plaisirs dans ce monde de brute. Un but de Kylian MbappĂ© est quand mĂȘme plus jouissif qu’un orgasme Ă©lectoral oĂč tout le monde prĂ©tend n’avoir pas perdu. La vie politique ne nous procure, elle que du dĂ©goĂ»t tellement elle est obscĂšne.

La mutation du corps enseignant

Nous sommes jusque-lĂ  dans des cas plus ou moins individuels. Mais, en politique, il existe aussi parfois des transferts plus ou moins massifs qui correspondent Ă  des modifications structurelles et idĂ©ologiques de classe. Un cas en exemple : le corps enseignant et les mutations de la gauche.

Jusqu’aux annĂ©es 70 la grande majoritĂ© des enseignants, surtout les instituteurs Ă©taient d’origine sociale qualifiĂ©e de modeste. Issus des classes prolĂ©tariennes, ils baignaient dans l’aire culturelle du socialisme tel qu’on l’entendait Ă  la fin du XIXe siĂšcle et au dĂ©but du XXe et par consĂ©quent la syndicalisation y Ă©tait importante. Le SNI (Syndicat national des instituteurs) jusqu’en 1970 syndiquait plus de 80 % de la profession et se partageait entre socialistes, communistes et syndicalistes rĂ©volutionnaires. Devenir instit ou prof c’était bien entendu une ascension sociale mais aussi un choix politique conclu par un engagement : ainsi, la quasi-totalitĂ© des instits firent une grĂšve politique contre le putsch du gĂ©nĂ©ral de Gaulle en 1958. C’était aussi une volontĂ© de mettre l’éducation et la pĂ©dagogie au diapason d’un projet social, aussi flou ou parfois totalitaire soit-il.

A partir des annĂ©es 1970, un changement se fait progressivement perceptible. L’origine sociale des enseignants Ă©volue. Celles et ceux qui arrivent sur le marchĂ© sont souvent d’une deuxiĂšme gĂ©nĂ©ration d’éducateurs, ce ne sont plus directement des « fils du peuples Â» comme leurs parents. S’ils passent encore par l’École normale, l’ambiance de cette derniĂšre change et se mute progressivement en une simple Ă©cole de formation technique jusqu’à disparaĂźtre en 1989 remplacĂ©e par les IUFM (universitaire) ; d’autres viennent aussi de l’UniversitĂ© mais sans avoir entiĂšrement terminĂ© leurs cycles, formant les bataillons de maitres-auxiliaires. La vocation s’estompe avec la difficultĂ© de trouver un emploi et la multiplication du nombre de diplĂŽmĂ©s. Le repli sur une carriĂšre enseignante se fait davantage pour une certaine sĂ©curitĂ© de l’emploi et des vacances provisoirement assurĂ©es, malgrĂ© un salaire jugĂ© faible, que sur une vocation ancrĂ©e et affirmĂ©e. C’est ainsi que taux de syndicalisation chute au profit d’engagements plus individuels et mĂȘme individualistes. Il n’est plus question de lutter mais de se caser, tout en se revendiquant d’une certaine Ă©thique, quand mĂȘme. Les annĂ©es 1970 finissantes, la contre rĂ©volution idĂ©ologique s’installe et est couronnĂ©e par l’accession au pouvoir des deux partis auxquels le corps enseignant se rĂ©fĂ©rait (le PC et le PS) unis pour achever les grandes rĂ©formes que le capitalisme requĂ©rait, mais dont on pouvait prĂ©voir le dĂ©clin une fois leur forfait accompli.

L’écologie survient Ă  point dans le paysage politique pour permettre un transfert d’une partie milieu enseignant vers une autre crĂšmerie, tout aussi inoffensive contre le capital mais plus en phase avec la pĂ©riode : la fin des grands projets collectifs est actĂ©e, l’horizon tend Ă  se borner Ă  une accumulation d’actes vertueux qui, s’ils ne changent pas le monde nous permettront de vivre mieux entre nous tout en pouvant se regarder dans la glace. Mais pour que ce transfert se rĂ©alise il a fallu attendre la fin des annĂ©es 1980 que l’écologie politique qui ambitionnait de participer au redĂ©ploiement des mouvements sociaux, se transforme en une Ă©cologie politicienne, digĂ©rĂ©e par la bourgeoisie et susceptible alors d’attirer des jeunes, vertueux mais ambitieux, vers des charges publiques « dans le vent Â». Une fois la revendication Ă©cologique sĂ©parĂ©e du mouvement social, les partis Ă©cologistes se sont succĂ©dĂ©s et multipliĂ©s au grĂ© de vagues d’arrivistes voulant tenter leur chance en premiĂšre division. Peu y sont parvenus, sauf Ă  une nouvelle fois solliciter un nouveau transfert et ĂȘtre « en marche Â» vers de nouvelles aventures. Le corps enseignant, les formateurs en tous genres, ont plus que de raison fourni leur quota de candidats au transfert.

JPD




Source: Oclibertaire.lautre.net