L’affaire a fait grand bruit. Six policiers de Rouen avaient échangé des dizaines de messages racistes, antisémites, sexistes et homophobes dans un groupe WhatsApp. Persuadés de l’imminence d’une « guerre raciale », pour laquelle ils affirmaient stocker des armes, ces policiers accablaient d’injures tous les « ennemis de la race blanche ». Elle témoigne une fois de plus de la façon dont l’institution policière accueille en son sein des militants d’extrême droite aguerris et violents. Le scandale était suffisamment gros pour que même Castaner s’en émeuve. L’enquête progresse et les sanctions devraient tomber. Le premier conseil de discipline se tiendra le 30 juin. Ils risquent la révocation. Leurs armes personnelles ont été saisies et leurs armes de service confisquées. Ils sont actuellement en congé maladie.
Le point avec cette enquête de Médiapart.

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 Cinq policiers doivent passer devant le conseil de discipline dans deux semaines. La préfecture a saisi les armes personnelles de certains d’entre eux. Ce mercredi, l’IGPN a auditionné trois de leurs collègues, visés par des propos tenus sur WhatsApp. Après les révélations de Mediapart et ARTE Radio, le 4 juin, sur six policiers de Rouen ayant échangé des dizaines de messages racistes, antisémites, sexistes et homophobes dans un groupe WhatsApp privé découvert fin 2019, l’enquête judiciaire progresse tandis que la procédure disciplinaire touche à sa fin. Persuadés de l’imminence d’une « guerre raciale », pour laquelle ils affirmaient stocker des armes, ces policiers (titulaires et « adjoints de sécurité », les emplois-jeunes de la police) accablaient d’injures tous les « ennemis de la race blanche » : les femmes (des « putes », même les policières), les Noirs (des « nègres »), les Arabes (des « bougnoules »), les gens du voyage (des « putain de manouches »), les Juifs (des « fils de pute » qui « dirigent le pays » en compagnie des « gauchistes »), les homosexuels (des « pédés »). Ce mercredi matin, des fonctionnaires de l’antenne IGPN de Rennes, chargés de l’enquête judiciaire ouverte par le parquet de Rouen en janvier, ont auditionné trois fonctionnaires de police directement visés par les propos injurieux et discriminatoires de leurs collègues.

Il s’agit d’Alex, le policier noir de 43 ans à l’origine de la plainte, ainsi que deux adjointes de sécurité, A. et V., cibles de paroles sexistes. Tous trois étaient entendus sous le statut de victimes, Alex étant également « témoin » de ces faits puisqu’il a mis au jour l’existence des messages. L’adjoint de sécurité qui avait contribué à les dénoncer avait, quant à lui, déjà été auditionné par l’IGPN début juin. En parallèle, les fonctionnaires impliqués ont été renvoyés devant le conseil de discipline à l’issue d’une enquête administrative confiée au service de déontologie de la direction départementale de la sécurité publique (DDSP). Le conseil de discipline, sorte de tribunal interne à la police, émet des propositions de sanctions – pouvant aller jusqu’à la révocation – entérinées ensuite par l’échelon central du ministère de l’intérieur. D’après les informations de Mediapart, le premier conseil de discipline doit se tenir le 30 juin (pour trois gardiens de la paix), le deuxième la première semaine de juillet (pour deux adjoints de sécurité). Le cas du sixième agent, un adjoint de sécurité actuellement en formation pour devenir gardien de la paix, est traité à part.

Dans la perspective de ces audiences imminentes, la préfecture de Seine-Maritime a confirmé à Mediapart avoir conduit, jeudi 11 juin, une opération de police aux domiciles d’agents impliqués dans cette affaire afin de procéder à « la saisie administrative d’armes personnelles déclarées », sur le fondement du Code de la sécurité intérieure. Cette procédure prévoit que « si le comportement ou l’état de santé d’une personne détentrice d’armes […] présente un danger grave pour elle-même ou pour autrui », le préfet « peut lui ordonner, sans formalité préalable ni procédure contradictoire, de les remettre à l’autorité administrative ». D’après les informations de Mediapart, que la préfecture a refusé de confirmer, deux fonctionnaires sur six, Gilles C. et Thibaut D., ont fait l’objet de ces saisies. Propriétaires de plusieurs armes dûment enregistrées auprès des autorités, ils se sont vu confisquer leur matériel. Les armes peuvent être conservées jusqu’à un an, avant d’être soit restituées à leur propriétaire, soit définitivement confisquées et vendues aux enchères publiques. Ni la préfecture de Seine-Maritime, ni le service de communication de la police nationale n’ont souhaité préciser combien d’armes ont été saisies, ni de quel type. Une source proche du dossier évoque « une mesure de précaution » et précise qu’il « ne s’agissait en aucun cas de la découverte de “caches d’armes”, qui aurait bien entendu donné lieu à l’ouverture d’une autre enquête, voire à la saisine du parquet antiterroriste ». Lundi 8 juin, Christophe Castaner évoquait l’affaire de Rouen en ces termes : « Je regrette de ne pas avoir expressément demandé la suspension immédiate » des fonctionnaires concernés. Jusqu’à ces derniers jours, ils exerçaient encore au contact du public, après avoir toutefois été privés de leur arme de service à titre préventif. La plupart sont désormais en arrêt maladie.


Article publié le 22 Juin 2020 sur Rouendanslarue.net