DĂ©cembre 9, 2020
Par Demain Le Grand Soir
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Quand le premier syndicat policier crĂ©e une cagnotte pour les agresseurs de Michel Zecler, qui aura encore le front d’affirmer qu’il ne faut pas stigmatiser le corps tout entier Ă  cause de quelques brebis galeuses ? C’est l’occasion de revenir sur un terme qui fait polĂ©mique : celui de racisme d’Etat.


Quand le premier syndicat policier crĂ©e une cagnotte pour les agresseurs de Michel Zecler, qu’est-ce que ça dit de l’état de la police ? Qui aura encore le front d’affirmer qu’il ne faut pas stigmatiser le corps tout entier Ă  cause de quelques brebis galeuses ? Comment douter que le racisme est la rĂšgle, et que les policiers qui n’y souscrivent pas sont les exceptions ?

C’est l’occasion de revenir sur un terme qui fait polĂ©mique : celui de racisme d’Etat. On a beaucoup reprochĂ© aux thĂ©oriciens indigĂ©nistes de ne pas savoir dĂ©finir ce terme qu’ils emploient pourtant souvent. On comprend, ou on fait semblant de comprendre, qu’il faudrait pour qu’il y ait racisme d’Etat qu’il y ait en France des lois raciales, s’appliquant diversement aux personnes Ă  raison de leur origine ethnique ou de leur religion. C’est ne pas comprendre ce qu’est l’Etat et faire mine de croire que le pouvoir ne s’exerce que par la loi.

Il y aurait sans doute plusieurs façons de dĂ©montrer l’existence d’un racisme d’Etat. Mais s’il en suffit d’une, le racisme dans la police fera parfaitement l’affaire. Combien de policiers ont des convictions racistes ? Nul ne le sait. Un nombre certainement consĂ©quent. Mais ce racisme des individus devient celui de l’institution tout entiĂšre puisque la solidaritĂ© de corps s’exerce, dans l’immense majoritĂ© des cas, au dĂ©triment des victimes pour couvrir les agresseurs. Ainsi passe-t-on d’un racisme individuel Ă  un racisme structurel, c’est-Ă -dire un racisme qui structure les actions du corps tout entier, les quelques exceptions Ă©tant neutralisĂ©es par la masse.

Or l’Etat se rend complice de sa police en refusant de la sanctionner, parce qu’il considĂšre que son image est indissolublement liĂ©e Ă  celle de son bras armĂ©. Ainsi a-t-on entendu la secrĂ©taire d’Etat Sarah El HaĂŻry sermonner des jeunes : « Il faut aimer la police, car elle est lĂ  pour nous protĂ©ger au quotidien. Elle ne peut pas ĂȘtre raciste, car elle est rĂ©publicaine ! Â» Mais l’Etat ne peut couvrir sa police qu’en chargeant Ă  son tour les victimes. Le prix du dĂ©ni du racisme est donc l’élaboration d’un discours raciste, chaque crime policier se transformant en un portrait Ă  charge de la victime. Plus la police frappe et plus les noirs et les arabes sont toxicomanes, dĂ©linquants, fous et violents. Ainsi les citoyens sont-ils Ă  leur tour mis face Ă  un choix : croire en leur Etat et reprendre Ă  leur compte ses discours racistes, ou croire les victimes et rompre avec l’Etat. On pourrait donc dĂ©finir le racisme d’Etat comme une idĂ©ologie qui est indisssociable de l’acceptation de l’autoritĂ© de l’Etat, idĂ©ologie dont l’enjeu premier est la lĂ©gitimitĂ© de la violence exercĂ©e au nom de l’Etat par la police.

Si c’est l’Etat tout entier qui est structurellement raciste et, par extension, la sociĂ©tĂ© entiĂšre qui est sommĂ©e de l’ĂȘtre, c’est donc la police qui est le coeur de ce racisme. C’est d’autant plus vrai que tout indique que l’Etat lui-mĂȘme a peur de sa police. Si les citoyens parvenaient, par un miracle de la vie Ă©lectorale, Ă  reprendre pied dans l’appareil d’Etat, il faudrait qu’ils soient prĂȘts Ă  mener la lutte contre un corps armĂ© qui ne cesse de manifester ses vellĂ©itĂ©s d’insubordination.

On se souvient tout d’un coup que le sort des rĂ©volutions dĂ©pend souvent de la façon dont l’armĂ©e se positionne face Ă  la police. Au fait, comment se porte l’armĂ©e française…?

Par Olivier Tonneau




Source: Demainlegrandsoir.org