Février 7, 2021
Par Manif Est
189 visites


Ce qui caractérise une politique libérale de gouvernement, c’est le désinvestissement de l’État et la cession aux intérêts privés des services publics. Cette tendance s’est particulièrement accélérée avec Macron (énergies, transports, ONF, Santé…). L’Éducation nationale n’en est pas exempte car dans l’esprit de nos gouvernants, sous pression patronale et répondant aux directives européennes, l’école a pour mission de former et fournir de la main d’œuvre opérationnelle et représente une aubaine pour de juteux marchés.

Ainsi, une privatisation progressive et sournoise se développe sous différents aspects. De l’intérieur avec, la concurrence entre établissements et disciplines, les indicateurs de « réussite », des pratiques managériales issues du privé, le développement d’un secteur marchand de l’éducation (soutien scolaire, coaching, écoles alternatives…) et l’individualisation des parcours scolaires mise en exergue par la sélection Parcoursup. Une autre forme de privatisation consiste à laisser des entreprises privées gérer des activités du secteur public (lien).

Ainsi l’informatisation du traitement des données scolaires, appuyée par des politiques injonctives au numérique pédagogique, a donné la part belle à des sociétés privées dont de grands groupes financiers.

Dernier exemple en date, la mise en place et la généralisation de la plateforme d’évaluation des compétences numériques PIX dès le collège en remplacement du B2I. Elle sera obligatoire en 2021 en sortie de lycée, dans le supérieur et ambitionne de suivre l’individu dans sa vie professionnelle (PIX Pro).

JPEG - 56.8 ko

Cette logique d’évaluation par compétences est issue du monde de l’entreprise, elle vise avant tout l’adéquation des compétences des salarié·e·s aux besoins du marché du travail pour renforcer l’employabilité et la compétitivité (lien).

Elle se déploie dans le secondaire dès la réforme du Collège de 2015. Bien que rejetée à l’époque par le CSE et une forte opposition enseignante, le gouvernement Valls passera outre. Une première version de la plateforme PIX est créée par les ministères de l’Education nationale et celui de l’Enseignement supérieur en 2017 sous la forme d’un Groupement d’Intérêt Public (GIP) pour une durée de 5 ans. Ce statut a permis d’introduire des sociétés privées dans un service public. On retrouve ainsi des groupes comme Vinci, AG2R la mondiale, Crédit Agricole… Comment croire à une mission d’intérêt général ? Cette version pro permet la récupération des données afin de créer des programmes de formations sur mesure. Pour être conforme au RGPD, les données doivent être traitées en France ou en UE cependant certaines demandes hors plateforme (certification, assistance, formulaires…) sont traitées et récupérées par des sociétés privées hors EU parmi lesquelles de grandes fortunes.

De plus, le GIP même dissous permet aux membres de poursuivre ces activités lucratives hors cadre institutionnel. L’État aura déroulé le tapis rouge pour la privatisation d’une partie de ses attributions.

Au-delà, c’est notre mission d’éducateur·trice qui est en jeu car ces modules d’évaluation auxquels les enseignant-es ne contribuent pas, altèrent encore davantage notre liberté pédagogique et nous relèguent à des rôles d’exécutant·e·s, maillon du formatage des élèves à leur futur poste de travail. L’école que nous défendons doit être celle de l’émancipation, des choix et du rêve et non celle de l’adaptabilité digitale.

Article paru dans SUD éducation Lorraine Info n°42, janvier 2021




Source: Manif-est.info