Janvier 16, 2022
Par Partage Noir
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Les noms de Voline et de Piotr Archinov sont indissociables. Ces deux militants ont marquĂ© de leur empreinte le dĂ©bat sur la conception organisationnelle de l’anarchisme, mais avant cette passe d’arme idĂ©ologique, il y eut un militantisme, un travail commun et des contacts durables, nĂ©s de leur action au sein du mouvement makhnoviste.

Piotr Archinov — de son vrai nom Marine — est nĂ© vers 1887 Ă  Ekaterinoslaw (Ukraine), dans une famille ouvriĂšre. Ouvrier serrurier, en 1904, il travaille dans les ateliers de Khisil-Artavat, prĂšs de la mer Caspienne ; c’est lĂ  qu’il sympathise avec la fraction bolchevique du Parti ouvrier social-dĂ©mocrate russe. Il rĂ©dige des articles pour le journal illĂ©gal Molot (le Marteau). Poursuivi par la police pour ses activitĂ©s rĂ©volutionnaires, il retourne Ă  Ekaterinoslaw. C’est Ă  ce moment-lĂ  qu’il devient anarchiste. Cette pĂ©riode est, pour le mouvement anarchiste russe, encore fortement imprĂ©gnĂ©e par le nihilisme de la pĂ©riode des attentats et Archinov n’échappe pas Ă  la rĂšgle. Le 23 dĂ©cembre 1906, il fait sauter un immeuble de la police qui provoque la mort de plusieurs personnes.

Trois mois plus tard, le 7 mars 1907, il tue d’un coup de revolver Vassilenko, le chef des ateliers des chemins de fer d’Alexandrovsk, responsable de la dĂ©nonciation de plus de cent ouvriers qui avaient fait grĂšve entre 1905 et 1906. CondamnĂ© Ă  mort, son exĂ©cution se trouve ajournĂ©e car elle est du ressort d’un tribunal militaire. Il s’évade le 22 avril 1907 grĂące Ă  ses camarades, qui envahissent la prison et libĂšrent Ă©galement tous ses codĂ©tenus. Archinov passe la frontiĂšre et se rĂ©fugie pendant deux ans Ă  l’étranger (il semble sĂ©journer en France). En mĂȘme temps, il continue de militer pour le mouvement libertaire russe en passant clandestinement des armes et des livres. ArrĂȘtĂ© Ă  la frontiĂšre autrichienne, il est dĂ©tenu pendant un an Ă  Tarnopol. Puis, il est livrĂ© aux autoritĂ©s russes, qui le condamnent Ă  vingt ans de prison (ayant utilisĂ© divers pseudonymes, il n’est pas inquiĂ©tĂ© pour ses actes antĂ©rieurs). C’est dans la prison Boutirki, prĂšs de Moscou, qu’il rencontre Makhno et oĂč naĂźt leur amitiĂ©.

Avec la rĂ©volution de fĂ©vrier, Archinov et Makhno sont libĂ©rĂ©s. Leurs chemins se sĂ©parent momentanĂ©ment, l’enfant de GoulaĂŻ-PolĂ© retourne en Ukraine, alors qu’Archinov milite Ă  la FĂ©dĂ©ration des groupes anarchistes de Moscou, oĂč il organise une maison d’édition et deux journaux : l’Anarchie et la Voix de l’anarchiste. Lors de son sĂ©jour Ă  Moscou, en mai-juin 1918, Makhno lui demande de venir en Ukraine. C’est en janvier 1919 qu’Archinov rejoint la Makhnovtchina ; il est dĂ©tachĂ© Ă  la commission culturelle du mouvement, oĂč il travaille avec Voline. Archinov gĂšre le journal Poute k Svobode (la Route vers la libertĂ©). La rĂ©pression bolchevique frappe le mouvement, Archinov est chargĂ© par les instances de ce dernier de rĂ©diger son histoire. Il est obligĂ© de l’écrire Ă  quatre reprises, la Tcheka ayant systĂ©matiquement perquisitionnĂ© les lieux oĂč il avait dĂ©posĂ© le manuscrit — et donc saisi tous les documents — ; sans que l’on sache si cela tenait de l’acharnement ou du hasard.

En 1921, ayant passĂ© clandestinement la frontiĂšre, il gagne Berlin, refuge des militants anarchistes et des autres oppositionnels persĂ©cutĂ©s par le rĂ©gime bolchevique. Entre mai 1923 et mai 1924, il participe Ă  la publication d’Anarkhist vietsnik (le Messager anarchiste), qui compte sept livraisons. Puis il publie son Histoire du mouvement makhnoviste, dont la version française est prĂ©facĂ©e par Voline qui Ă©crit que ce ne fut que la conscience de la nĂ©cessitĂ© de donner un historique mĂȘme incomplet, mais suivi et intĂ©gral de la Makhnovtchina qui le dĂ©cida Ă  reprendre la plume.

Une fois arrivĂ© en France, en 1925, Piotr Archinov participe aux activitĂ©s du Groupe des anarchistes russes et polonais en exil, qui compte entre autres Nestor Makhno, Ida Gilmann (la future Ida Mett) et Ranko (de son vrai nom Goldengerg), et qui publie le journal Dielo Trouda (la Cause du Travail), revue de grande qualitĂ© selon les tĂ©moins de l’époque. Le groupe est surtout connu pour ses propositions concernant la plate-forme. Elles sont l’aboutissement de plusieurs rĂ©unions et d’un travail collectif qui donnent lieu Ă  ce texte restant, selon leur propre terme, un projet pour l’organisation future du mouvement anarchiste international. Le dĂ©bat avec le reste du mouvement anarchiste prendra toute son ampleur au cours de l’annĂ©e 1927. Archinov, qui est le secrĂ©taire du groupe, est au centre du dĂ©bat.

A la fin de l’annĂ©e 1929, il est expulsĂ© vers la Belgique et ne reviendra en France qu’en 1930 grĂące Ă  l’intervention de SĂ©bastien Faure auprĂšs d’Henri Sellier. TrĂšs affectĂ© par le manque de perspective du mouvement, selon ses termes, et Ă  la demande de sa compagne qui a comme lui le mal du pays, il prend contact avec un proche de Staline (SergeĂŻ Ordjonikidze, un de ses compagnons d’infortune dans les prisons tsaristes), pour rentrer en URSS. Les conseillers de l’ambassade d’Union soviĂ©tique, chargĂ©s de son retour, lui demandent une sorte de confession. Archinov rĂ©dige une brochure dans laquelle il dresse un constat d’échec du mouvement anarchiste. Archinov, sa compagne et leur fils partent pour l’URSS durant l’annĂ©e 1932, malgrĂ© les avertissements de ses compagnons Nestor Makhno, Nikolas Tchorbadieff, et de Voline. Il occupe un poste de correcteur jusqu’en 1937, annĂ©e oĂč, comme tant d’autres, il est victime des purges, le tribunal l’accusant de tentative de restauration de l’anarchisme en Union soviĂ©tique.




Source: Partage-noir.fr