Mai 31, 2022
Par Rapports De Force
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Une femme. Une enseignante. Une militante CGT depuis 20 ans sans passé avec le Parti communiste. Une partisane du rapprochement opéré par la CGT, sous le mandat de Philippe Martinez, avec des associations et ONG écologistes. Une militante favorable à l’unité la plus grande possible du syndicalisme de lutte. Et une syndicaliste soutenant la cellule de veille interne à la CGT contre les violences faites aux femmes. Six raisons de trouver quelques peaux de bananes sur le chemin qui pourrait la mener vers le poste de secrétaire général de la CGT l’an prochain.

L’information a fuité dans un article des Échos paru ce mardi en début de matinée : Philippe Martinez, âgé de 61 ans, quittera ses fonctions au prochain congrès qui se tiendra à Clermont-Ferrand du 27 au 31 mars. Et il propose une femme, Marie Buisson, pour lui succéder. Avant d’être officialisée demain dans une communication à la presse, la décision a été envoyée aux structures de la CGT à la mi-journée, après avoir été débattue ce matin en commission exécutive confédérale. Et même voté favorablement par 32 voix pour, 3 contre, 3 abstentions et 3 ne prend pas par au vote.

« Je pense qu’il nous faut donc franchir un nouveau cap, donner un signe fort à toutes les syndiquées, toutes les militantes en élisant pour la première fois une femme à la tête de notre organisation, non uniquement comme un symbole ou un alibi, mais véritablement comme une volonté politique de mettre en accord nos paroles et nos actes » a expliqué Philippe Martinez ce matin devant les membres de la commission exécutive. En proposant Marie Buisson pour le remplacer l’an prochain.

Faire évoluer la CGT

Mais au-delà de proposer un nom pour la future secrétaire générale, Philippe Martinez a fixé ce qu’il considère comme les enjeux à venir pour son syndicat : « nous avons besoin d’une CGT toujours plus ouverte vers d’autres, à l’écoute d’un monde qui change, qui bouge et notamment le monde du travail ». Derrière une formulation paraissant vague, il énonce plusieurs chantiers. « Je pense par exemple à notre structuration professionnelle avec l’émergence de nouveaux métiers qui percutent les contours de nos champs fédéraux » quitte à heurter certaines fédérations qui ne prendraient assez en considération que « de plus en plus de syndiqué.e.s ne se retrouvent pas dans nos modes d’organisation et restent souvent à la porte de la CGT ».

Mais les questions d’organisations internes ne sont pas les seules soulignées par l’actuel secrétaire général. « Je pense bien évidemment aux préoccupations environnementales très majoritaires parmi la jeunesse », avance-t-il en évoquant favorablement l’implication de la CGT dans « Plus jamais ça », un regroupement de syndicats et d’associations. Une position clivante dans la CGT. Comme celle d’ailleurs de la cellule de veille interne contre les violences faites aux femmes que Philippe Martinez valorise, alors qu’elle est pointée du doigt en interne par certains militants, notamment après la suspension de Benjamin Amar de ses mandats nationaux, parce qu’accusé de viol. Et Philippe Martinez enfonce le clou en affirmant : « il faut renforcer la place des femmes à des postes à responsabilité dans notre organisation ».

Une femme secrétaire générale ?

Ce serait une première depuis la création de la CGT en 1895. Mais il reste dix mois d’ici au 53e congrès confédéral fin mars 2023. Et rien n’est totalement certain. Les peaux de bananes risquent d’être nombreuses d’ici là. D’abord parce que le profil de Marie Buisson n’est pas habituel pour ce poste. En plus d’être une femme, elle est enseignante depuis 20 ans en région parisienne, certes en lycée professionnel, mais enseignante quand même. Or, depuis l’après-guerre, les militants ayant assumé cette responsabilité viennent pour l’essentiel des secteurs industriels de la CGT, souvent masculins, notamment la métallurgie ou les chemins de fer. De plus, la FERC-CGT, la fédération dont provient Marie Buisson, n’arrive que cinquième aux élections au comité technique ministériel de l’Éducation nationale avec 6,14 % des voix en 2018. Donc loin d’être un bastion CGT, même si elle peut s’appuyer sur son bilan à la tête de sa fédération depuis fin 2016, avec une progression en nombre d’adhérents et en voix aux élections professionnelles. Et cela, dans un champ professionnel où la FSU est quasi hégémonique pour des raisons historiques.

Mais au-delà de son secteur d’origine, c’est sa proximité avec Philippe Martinez et son action pour la CGT au sein du collectif « Plus jamais ça » qui pourrait lui être le plus préjudiciable. En effet, les critiques ont été vives sur ce choix piloté par Montreuil sans grands débats internes, il y a deux ans. Depuis, le secrétaire général de la puissante fédération des cheminots, Laurent brun, un proche de Fabien Roussel, le candidat communiste à la présidentielle, en a fait son cheval de bataille contre la direction confédérale. Mais il n’est pas le seul. Les fédérations de la Chimie ou de Mines et énergies partagent son hostilité sur ce sujet. De plus, au-delà des fortes crispations sur « Plus jamais ça », elle risque de faire face au même arc d’opposition hétéroclite que celui qui s’est exprimé contre la direction confédérale lors du congrès précédent.

« J’espère que ce ne sera pas une candidature clivante et qu’il va y avoir un maximum d’actes pour rassembler la CGT, parce que c’est ce dont a besoin », confie anonymement le responsable d’une union départementale, pas particulièrement défavorable à cette candidature qu’il a découvert dans la presse. Tout en n’étant « pas convaincu que ça ne va pas tirer dans tous les coins ». C’est aussi ce que pense un responsable départemental de la CGT Educ’Action proche de Marie Buisson qui pronostique « un front d’adversaires important », avec des « fédérations qui pèse symboliquement ». Pour ce militant, les positions des unions départementales seront déterminantes. Mais en attendant la fin du congrès, en mars 2023, qui désignera le ou la nouvelle secrétaire général, il faudra passer une étape qui pourrait être décisive : la prochaine réunion du Comité confédéral national (CCN) à la rentrée. Celui-ci réunira les responsables des fédérations et des unions départementales après l’été. Et donnera probablement le là en vue du congrès.




Source: Rapportsdeforce.fr