Janvier 18, 2022
Par Union Communiste Libertaire (UCL)
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La petite enfance est un secteur professionnel à plus de 90 % féminin, à bas salaires, à conditions précaires, et l’actuelle réforme gouvernementale va aggraver la situation en abaissant les normes et les exigences, au bénéfice du secteur privé. La CGT a lancé une consultation pour faire émerger la parole et élaborer une campagne revendicative.

Comme l’écrit Marie Buscatto, enseignante-chercheuse à Paris-I, «  c’est moins le sexe que la socialisation sexuée que l’on reçoit dès l’enfance qui influence nos choix de métiers  ». Les femmes sont assignées à des métiers vus comme comme le prolongement «  naturel  » de leur rôle social de mère  : s’occuper gratuitement des autres et se rendre disponibles pour cela. Ce n’est donc pas un hasard si les femmes représentent 99 % des auxiliaires de puériculture et 97 % des assistantes maternelles et des éducatrices de jeunes enfants (EJE) [1]. Economiquement et identitairement disqualifiés, ces métiers sont peu valorisés, à faible niveau de qualification, à bas salaires, et vecteurs de nombreux stéréotypes genrés.

Il ne faut pas oublier que les milliers de femmes qui travaillent dans la petite enfance permettent à d’autres milliers de femmes de travailler et d’assurer leur indépendance économique, sociale, politique. La crise sanitaire a été un incroyable révélateur  : c’est grâce au soin aux autres, à l’écoute, au partage et à la solidarité que nous pourrons survivre au capitalisme et à ses crises. Sur ces bases d’entraide peut naître une société fondée sur les besoins plutôt que sur les profits. Et pourtant…

Le secteur marchand progresse

Sur les 2,2 millions d’enfants de moins de 3 ans que compte le pays [2], environ 60% seraient accueillis principalement par leurs parents, la famille ou des proches, et une fois sur deux, ce serait faute d’autre solution. En effet, à peine 50% des demandes de places de crèches seraient satisfaites. Pour répondre aux besoins, il faudrait 230 000 places de crèche supplémentaires, soit au bas mot 30 000 emplois.
Les collectivités territoriales et centres d’action sociale représentent encore 59 % de l’offre, et le secteur associatif 25 % mais, depuis une quinzaine d’années, les entreprises privées gagnent du terrain. De 2012 à 2018, elles ont créé 80 % des nouvelles places, et pèsent désormais 18 % de l’offre [3]. Le gouvernement, lui, favorise le privé en dégradant les conditions d’accueil et de travail de l’ensemble [4].

Abaissement des normes

En 2017, le gouvernement Macron, qui s’était targué de faire de la petite enfance une priorité, a publié un Cadre national pour l’accueil du jeune enfant. Constatant qu’il reprenait les préconisations de la psychologue de l’enfance Sylviane Giampino [5], le site web Les Pros de la petite enfance l’avait jugé « fort, fédérateur et exigeant ». Puis, en 2021, une commission d’expertise présidée par Boris Cyrulnik, a rendu un rapport au secrétaire d’État à l’Enfance et la Famille, Adrien Taquet, avec des recommandations pour mieux accompagner les parents durant les 1 000 premiers jours de l’enfant, déterminants pour le langage, la socialisation, la stimulation.

Mais la réforme qu’en tire Taquet est une catastrophe. Elle aligne vers le bas toutes les normes  : baisse du taux d’encadrement, du niveau des diplômes exigés, de la superficie minimale des locaux, etc. « 1 000 jours auront suffi au gouvernement pour dégrader les conditions d’accueil des jeunes enfants  ! », proteste le collectif Pas de bébés à la consigne.

Depuis 2009, ce collectif composé de syndicats, d’organisations professionnelles et de mouvements tels que les Cemea ou la FCPE défend les modes d’accueil collectifs et réclame un plan de recrutement de professionnel·les qualifié·es. Depuis 2019, des grèves sont régulièrement initiées, sans que le gouvernement ne prête attention aux revendications. Les salariées mobilisées décrivent pourtant toutes le même contexte  : du travail à la chaîne, moins de temps pour s’occuper des enfants, pour les éveiller, davantage de responsabilités… et un contexte sanitaire aggravant le tout.

« Mon travail le vaut bien »

L’utilité sociale de ces métiers doit être comprise, valorisée et politisée afin que ce secteur puisse s’organiser et conquérir des avancées sociales. C’est l’objectif d’une consultation lancée par la CGT, « Mon travail le vaut bien », qui veut faire émerger la parole dans les secteurs féminisés. Les résultats alimenteront une campagne de syndicalisation.

Plusieurs organisations et fédérations peuvent représenter les professionnelles du secteur, et il est quasi impossible d’évaluer leur taux de syndicalisation. Les femmes sont un peu moins syndiquées que les hommes, et les professionnelles de la petite enfance sont souvent les grandes oubliées, que ce soit dans la fonction publique territoriale ou hospitalière, ou dans le secteur associatif. L’idéal serait de pouvoir les rassembler dans un collectif syndical au sein des confédérations, afin qu’elles puissent peser et se faire entendre.


Il faudrait prendre en compte la réalité de terrain qui les unifie, leur histoire et le sens de leur intervention. Pour défendre un métier, il faut bien le connaître et reconnaître sa valeur, et c’est un immense travail. Dans ce secteur comme ailleurs, on se bat souvent pour empêcher des reculs sociaux, alors qu’il faudrait réclamer bien plus [6].

Anne (UCL Montpellier)


QUI SONT-ELLES, QUE FONT-ELLES ?

Les professionnelles de la petite enfance interviennent dans les crèches, relais d’assistantes maternelles, ludothèques, services de pédiatrie et de pédopsychiatrie, instituts médico-éducatifs (IME), pouponnières, maisons d’enfants (MECS), centres d’hébergement et de réadaptation sociale (CHRS), services d’action éducative en milieu ouvert (AEMO), lieux d’accueil parents-enfants, centres sociaux… Près de 200 000 travaillent dans des établissements d’accueil du jeune enfant (EAJE), avec des bébés et des enfants âgés de 3 mois à 3 ans.




Source: Unioncommunistelibertaire.org