DĂ©cembre 14, 2020
Par Lundi matin
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Ce texte, signĂ© collectivement, est paru dans la revueKosmoprolet, (No 5, 2018). Cette revue est en partie Ă©ditĂ©e par le collectif de Berlin, Les ami-e-s de la sociĂ©tĂ© sans classes, qui, depuis 2003, dĂ©veloppe un travail de discussion et de publication de textes ; ce collectif s’inscrit dans les courants inspirĂ©s de l’hĂ©ritage de la gauche radicale et anti-autoritaire allemande.

Ce texte se veut un hommage Ă  notre ami et camarade Peter Rambauseck, dĂ©cĂ©dĂ© le 26 juillet 2016 Ă  l’ñge de 82 ans. En tant que soixante-huitard restĂ© fidĂšle Ă  ses convictions radicales, Peter nous a transmis ses expĂ©riences, Ă  nous qui venions aprĂšs lui. Par la prĂ©cision de ses analyses, il nous a permis de partager le souffle qui a caractĂ©risĂ© ce dernier soulĂšvement rĂ©volutionnaire au niveau mondial. Toutes les Ă©nergies de la rĂ©volte antiautoritaire sont restĂ©es vivantes chez lui jusqu’à ses derniers moments, y compris dans le plaisir de contredire, dans le refus inconditionnel de tout le vieux fatras. Mais, parfois, il prenait consciemment une attitude infantile et tĂȘtue que ni les dĂ©nonciations des renĂ©gats, ni les compromis rouges-verts ne rĂ©ussissaient Ă  Ă©touffer. Comment peut-on, en tant qu’antiautoritaire, rester tout au long d’une vie inconditionnellement fidĂšle Ă  ses convictions ? Et comment pouvons-nous honorer nos morts ? « Nous Â», qui ne disposons ni de mausolĂ©es, ni de monuments aux morts ni de brĂ©viaire pour rendre hommage ; « nous Â», qui ne disposons ni d’un parti, ni d’un catĂ©chisme qui stĂ©rilise l’élan rĂ©volutionnaire, l’embaume et le perpĂ©tue pour des siĂšcles Ă  venir. Si l’on prend Peter comme exemple, ce qu’il aurait refusĂ© d’ĂȘtre, ce serait comment rester fidĂšle Ă  une cause sans s’enfermer dans le cercueil en verre du dogmatisme, tĂąche presque impossible Ă  rĂ©soudre.

La vie de Peter Rambauseck qui reflĂšte presque un siĂšcle d’histoire de la gauche radicale en Allemagne, y compris dans ses moments magnifiques et ses catastrophes, nous permet finalement aujourd’hui de poursuivre le chemin. Peter a grandi dans un milieu prolĂ©taire communiste. Son pĂšre, Hans Janocha, Ă©tait peintre en bĂątiment et, selon Peter, « il avait appris le mĂ©tier dans une petite ville oĂč il y avait plus de chĂątiments que de nourriture Â». À l’époque de la rĂ©publique de Weimar, Hans Janocha Ă©tait connu Ă  Berlin comme un « voyou du KPD  Â» [2]

 ; il Ă©tait membre de l’Union des combattants du Front rouge, organisation qui s’affrontait mĂ©thodiquement et passionnĂ©ment aux nazis. AprĂšs la prise du pouvoir par ces derniers, Hans fut parmi les premiers communistes internĂ©s par les sections d’assaut nazi (SA) dans un camp de concentration improvisĂ© oĂč il subit d’innombrables sĂ©vices. Peu aprĂšs la naissance de Peter en 1934, il Ă©migra Ă  Prague puis s’incorpora Ă  la « colonne ThĂ€lmann Â» des brigades internationales pendant la guerre civile espagnole. En aoĂ»t 1938, il fut tuĂ© au cours de la bataille de l’Ebre. Charlotte Rambauseck, la mĂšre de Peter, stĂ©nodactylo de mĂ©tier, Ă©tait Ă©galement membre active du KPD. Avant de partir se former Ă  l’école LĂ©nine de Moscou, afin d’intĂ©grer comme fonctionnaire le service secret du parti et de poursuivre la lutte antifasciste, elle plaça son fils d’à peine 1 an chez une mĂšre nourriciĂšre. Peter ne la reverra plus jamais, elle non plus.

À partir de 1941, commencĂšrent pour Peter les longues et pĂ©nibles annĂ©es au cours desquelles les enfants des grandes villes furent Ă©vacuĂ©s vers les campagnes. Une vĂ©ritable odyssĂ©e, oĂč il fut trimbalĂ© de foyers national-socialistes de Thuringe en Prusse orientale, de PomĂ©ranie au Danemark et en TchĂ©coslovaquie. Le but de ces institutions consistait Ă  mettre au pas et Ă  briser les enfants. Les gamins devaient porter des uniformes ; si l’ordre ne rĂ©gnait pas dans leurs dortoirs, ils Ă©taient soumis Ă  des chĂątiments corporels. Ceux qui mouillaient leur lit Ă  cause de cette ambiance de terreur Ă©taient obligĂ©s d’exposer leurs draps souillĂ©s dans la cour.

Du fait de cet excĂšs de violence permanente, de ces abandons et transferts rĂ©pĂ©tĂ©s, la perte dĂ©finitive de ses parents reprĂ©senta pour Peter une blessure qui le rongea toute sa vie durant. C’est de lĂ  que probablement rĂ©side l’origine de sa rĂ©volte constante contre l’autoritarisme et sa sensibilitĂ©. Au moment de l’effondrement de l’État national-socialiste, dans les derniĂšres semaines de la guerre, les enfants devaient se dĂ©brouiller en voyageant sur les toits et les marchepieds des trains sous les bombardements alliĂ©s, en traversant les bois et les champs ainsi que les villes en ruine. Solitaire, de BaviĂšre jusqu’à Berlin, c’est probablement alors que Peter acquit la conviction que mĂȘme le plus misĂ©rable devait se battre seul pour son propre sort.

Dans l’aprĂšs-guerre, en Allemagne de l’Est (RDA), pris en charge par des anciens combattants de la guerre d’Espagne, Peter suivit une formation de mĂ©canicien et essaya de suivre les pas de son pĂšre, ce hĂ©ros inconnu. À cause en partie de « l’angoisse de devoir vivre seul  Â», comme il le formula un jour, il s’engagea dans la « police populaire militarisĂ©e Â»  [3], situation qu’il ressentit bien vite comme une prison. Il apprĂ©henda l’État du socialisme rĂ©el de la RDA comme paralysant et Ă©touffant, ce qui ne l’empĂȘcha pas d’apprĂ©cier le fait d’avoir Ă©tĂ© soutenu, malgrĂ© ou plutĂŽt Ă  cause de ses origines prolĂ©tariennes, dans sa formation scolaire et mĂȘme universitaire. Il vĂ©cut mal l’encasernement gĂ©nĂ©ralisĂ© de la sociĂ©tĂ© et perçut ses institutions rĂ©pressives comme une continuitĂ© historique de certains aspects du national-socialisme. Le cercueil de verre oĂč Ă©taient conservĂ©es les histoires des hĂ©ros rĂ©vĂ©la des fissures. C’est alors que se concrĂ©tisa en son for intĂ©rieur la certitude que le but de l’émancipation devait lui apporter, Ă  lui aussi, quelque chose, que c’était aussi son destin personnel qui Ă©tait en jeu.

Peu aprĂšs la construction du mur de Berlin en 1961, Ă  l’aide d’un passeport d’un soldat amĂ©ricain falsifiĂ©, Peter Rambauseck fuit l’Allemagne de l’Est en direction de Berlin-Ouest oĂč il commença des Ă©tudes en sciences politiques afin de « comprendre et maĂźtriser le passĂ©  Â» comme il disait. Il rejoint le SDS  [4], plus prĂ©cisĂ©ment le groupe « Anschlag Â» autour de Rudi Dutschke, Bernd Rabehl et Dieter Kunzelmann. LĂ , Peter dĂ©couvrit une organisation qui proposait de combattre l’aliĂ©nation de l’existence par la lutte sociale. Peu avant d’entreprendre des Ă©tudes en sciences politiques, il essaya briĂšvement de suivre des Ă©tudes de mĂ©decine. Mais, en tant qu’enfant d’ouvrier de Berlin-Est, il se sentit perdu au milieu d’une grande majoritĂ© d’enfants de la bourgeoisie. De mĂȘme, Ă  l’intĂ©rieur du SDS, lui, le prolo, ne semblait pas trouver sa place. Sauf que lĂ , au contraire de ce qui s’était produit avec les Ă©tudiants de mĂ©decine, il n’accepta pas que le jargon « Ă  la Adorno Â» et les combats de petits chefs le renvoient au rĂŽle que la sociĂ©tĂ© bourgeoise avait prĂ©vu pour les personnes de son origine. Dans une interview, il dĂ©crivit ce processus d’acquisition de connaissances et d’attitudes comme le moment fondateur de sa libĂ©ration : « C’est Ă  partir de ce moment-lĂ , parce que je prenais de plus en plus confiance en moi, que j’osais davantage : je posais des questions sans avoir la crainte d’ĂȘtre considĂ©rĂ© comme l’ignorant de service Â». Le mouvement des annĂ©es 60, avec les espoirs qu’il charria, devint pour Peter un pĂŽle de rĂ©fĂ©rences et imprĂ©gna son comportement jusqu’à son dernier jour. Tout en maintenant sa libertĂ© d’esprit, nous avions toujours l’impression de nous trouver face Ă  un trentenaire de 1968, que ce soit par le geste qu’il faisait en ouvrant d’un seul coup une bouteille de biĂšre ou la façon dont il fumait un joint. C’était la mĂȘme chose quand, ne percevant pas le sens de certains sujets de discussion, il prenait un ton rude et dĂ©sapprobateur, qui rappelait les rĂ©unions des mĂąles du SDS. Peter avait trouvĂ© dans l’élan antiautoritaire, en tant que mouvement d’émancipation universaliste, ce pour quoi il valait la peine de s’accrocher de façon fondamentale. Cette dimension universaliste avait pour lui une telle importance que cela l’amena Ă  ignorer, voire Ă  rĂ©prouver certains courants tels que le mouvement fĂ©ministe.

Lorsqu’à l’intĂ©rieur du SDS commença Ă  s’imposer la conviction selon laquelle les ouvriers avaient un rĂŽle Ă  jouer dans une rĂ©volution communiste, la voix « authentique Â» du camarade « Ramba Â» prit du poids ; mais il se refusa fermement Ă  ĂȘtre instrumentalisĂ© car il Ă©tait conscient du fait que la condition prolĂ©tarienne ne devait pas ĂȘtre idĂ©alisĂ©e. L’idolĂątrie croissante envers la classe ouvriĂšre parmi les enfants de la bourgeoisie, l’utilisation soudaine d’un langage soi-disant proche des masses pour ĂȘtre bien compris, Peter considĂ©rait tout cela comme un mĂ©lange de masochisme et d’arrogance. DĂšs le dĂ©but, cela l’amena Ă  un rejet systĂ©matique des innombrables groupes « communistes Â» de « religion Â» stalinienne qui se formĂšrent. Opposition qu’il exprima lors de la rĂ©union fondatrice du parti maoĂŻste KPD/AO  [5] par une attaque Ă  la farine contre Christian Semmler, son prĂ©sident fraĂźchement Ă©lu.

MĂȘme si Peter partageait avec la RAF (« Fraction armĂ©e rouge Â»), avec le Mouvement du 2 Juin et avec d’autres groupes militants oĂč il avait des amis, la conception selon laquelle la lutte pour une sociĂ©tĂ© meilleure Ă©tait une affaire d’engagement absolu, il considĂ©rait nĂ©anmoins que leur stratĂ©gie Ă©tait prĂ©tentieuse. Car celle-ci consistait Ă  allumer de façon volontariste la mĂšche de l’antagonisme de classes. Peter prĂ©fĂ©rait, lui, une « propagande indirecte par l’action  Â», comme il le formula postĂ©rieurement. Dans le groupe de base de « Wedding Â», quartier prolĂ©taire de Berlin oĂč se trouvaient des ouvriers de Telefunken et d’AEG, on se devait d’essayer de nouveaux types de rapports sociaux prĂ©figurant une sociĂ©tĂ© libĂ©rĂ©e. C’est dans ce but que les camarades crĂ©Ăšrent un local de rĂ©union ouvert Ă  tous, avec une bibliothĂšque, oĂč ils affirmĂšrent, sans se cacher, leurs objectifs. Ce lieu devint, en effet, un centre d’attraction pour de jeunes ouvriers qui sentaient, malgrĂ© toutes les campagnes mĂ©diatiques, que les buts affichĂ©s les concernaient tout autant.

La popularitĂ© de Peter dans ce mouvement et son activisme dans le milieu spontanĂ©iste Ă©veillĂšrent Ă  partir de 1970 la curiositĂ© de la police politique est-allemande (Stasi)  [6]. À travers Peter, celle-ci essaya d’obtenir des informations sur le milieu de la gauche radicale de Berlin-Ouest. La Stasi le considĂ©rait comme faisant partie du noyau dirigeant des antiautoritaires, c’est Ă  dire de ceux qui critiquaient toute forme de direction. Pour preuve, le dossier de 140 pages constituĂ© Ă  son nom par la Stasi. La mĂ©thode utilisĂ©e pour tenter de recruter Peter est exemplaire de la pratique ignoble et manipulatrice du « fascisme rouge Â» (formule d’Otto RĂŒhle  [7]). Elle confirma toute l’aversion de Peter pour ces mĂ©thodes. La Stasi avait identifiĂ© dans le drame de son enfance perdue son talon d’Achille ; elle avait retrouvĂ© un ancien combattant de la guerre d’Espagne qui avait reprĂ©sentĂ© pour Peter un pĂšre de substitution. Ce dernier devait prendre contact avec Peter, sous prĂ©texte de motifs personnels, et devait mesurer son sentiment de culpabilitĂ© envers la RDA, compte-tenu du destin de son pĂšre et du fait que Peter avait fui le pays. CulpabilitĂ© dont il pourrait se libĂ©rer. Le fonctionnaire de la Stasi qui rĂ©digea le rapport rĂ©suma laconiquement le rĂ©sultat de cette tentative : « Le contact “espagnol” et sa femme furent accueillis chaleureusement par le sujet “Rotgardist” (nom de code donnĂ© par la Stasi Ă  Peter). Ce dernier fut trĂšs Ă©mu de les revoir. Â» Quatre ans durant, la Stasi tenta de faire parler « Rotgardist Â» sur son milieu politique en manipulant son traumatisme d’enfance. Mais Peter confirma tous les prĂ©jugĂ©s qu’un fonctionnaire stalinien pouvait avoir vis-Ă -vis d’un vaurien ou d’un anarchiste. Il esquivait les questions prĂ©cises et rĂ©pondait de façon vague ; il ne venait pas aux rendez-vous, soi-disant par nĂ©gligence. « Une fois sa mentalitĂ© bien cernĂ©e Â», la Stasi, frustrĂ©e, mit fin en 1974 Ă  cette tentative de recrutement menĂ©e avec beaucoup de moyens.

Ce fut cette mĂȘme « mentalitĂ© Â» qui incita Peter Ă  participer activement Ă  Berlin-Ouest Ă  l’organisation d’un congrĂšs sur Cronstadt en 1971, Ă  prendre part aux actions autour de l’immeuble occupĂ© « Georg von Rauch Â» [8] ainsi qu’à la publication de la revue, La rĂ©volution sociale n’est pas une affaire de parti (1971-72), qui prĂ©cĂ©da par ses positions politiques la revue Kosmoprolet  [9]. Au-delĂ  de son intĂ©rĂȘt pour la dissidence communiste et en particulier pour le communisme de conseils, Peter portait une attention particuliĂšre Ă  la pĂ©dagogie Ă©mancipatrice, en s’inspirant des thĂ©ories de Marcuse sur les groupes marginaux et des idĂ©es exposĂ©es par Ulrike Meinhof dans Bambule  [10] ainsi que des expĂ©riences de sa propre enfance. Ceci l’amena Ă  confronter les conclusions thĂ©oriques Ă  l’épreuve de la pratique. Ainsi, participa-t-il activement pendant des annĂ©es Ă  la Werkschule  [11], oĂč des adultes cohabitaient avec des adolescents ayant fui les institutions pour enfants, en tant que partenaires Ă©gaux, dans le but de rĂ©aliser un processus d’apprentissage et de travail qui permette de sortir la tĂȘte de la boue d’une existence mĂ©diocre.

À 70 ans passĂ©s, Peter rejoignit le collectif de la revue Kosmoprolet. Il participait Ă  des dĂ©bats, animait des confĂ©rences, tel qu’il l’avait fait des dĂ©cennies auparavant. Il nous invitait Ă  des discussions dans sa petite maison d’étĂ© qu’il avait aidĂ© Ă  restaurer, dans la province de Mecklenburg-Vorpommern. Dans son appartement de Wedding, situĂ© au rez-de-chaussĂ©e, il nous rĂ©galait avec des tartes qu’il faisait lui-mĂȘme et hĂ©bergeait des camarades Ă©trangers de passage. Par la chaleur de ces relations, on ressentait toujours un germe d’espoir, celui de pouvoir revivre dans toute leur dimension les rapports humains qui avaient surgi durant la rĂ©volte antiautoritaire des annĂ©es 60. Peter souffrit de leur disparition durant la triste pĂ©riode des annĂ©es 1990 et 2000. Dans les conversations autour d’un verre, il mentionnait souvent le vide laissĂ© dans son ĂȘtre par des parents qu’il n’avait jamais connus et le choc amer provoquĂ© par une dĂ©couverte faite aprĂšs la chute du mur. Contrairement Ă  ce qu’il croyait, sa mĂšre n’avait pas Ă©tĂ© assassinĂ©e par la Gestapo mais avait Ă©tĂ© exclue du KPD pour dĂ©viation trotskiste et avait vĂ©cu jusqu’à sa mort, au dĂ©but des annĂ©es 90, en Allemagne de l’Ouest.

À l’hĂŽpital, au cours des longs mois de souffrance qui prĂ©cĂ©dĂšrent sa mort, des copains lui avaient offert le livre d’Ulrike Heider, Vögeln ist schön. Die Sexrevolte von 68 und was von ihr bleibt  [12] [Il est bon de baiser. La rĂ©volte sexuelle de 68 et ce qu’il en reste]. Peter le lut avec grand plaisir. Il prenait probablement encore plus de plaisir Ă  le mettre bien en Ă©vidence sur sa table de chevet car cela provoquait l’irritation du personnel soignant qui avait en moyenne 40 ans de moins que lui. Ce qui prouve finalement que 68, et surtout les aspects qui concernaient directement Peter, n’étaient ni une rĂ©volte de jeunesse ni un conflit de gĂ©nĂ©rations mais plutĂŽt un projet de vie global qui s’alimentait de la ferveur des besoins existentiels. Peter Ă©tait le compagnon de ceux qui souffraient ; il prenait la condition des faibles et des mutilĂ©s comme point de dĂ©part de ses rĂ©flexions sur la sociĂ©tĂ©. D’aprĂšs cette perspective, la rĂ©volution serait — en paraphrasant Kafka — la hache pour l’ocĂ©an de glace qui est en nous, et dans un sens politique, la hache pour fissurer le cercueil de verre.

Les ami-e-s de la société sans classes

Traduit par Gisela Richter et Marc Geoffroy

Portrait de Peter Rambauseck, crayon, auteur inconnu, vers 1990.




Source: Lundi.am