Suite à l’élection du candidat RN Louis Aliot à la mairie de Perpignan dimanche 28 juin, le Comité de Vigilance Antifasciste des Pyrénées-Orientales (CVA66), qui nous avait déjà livré une analyse de la situation électorale avant le second tour des municipales, fait le point sur cette élection sans surprise.

La teneur de multiples réactions du Perpignan politicien annonce de très sereins mandats à l’hôtel de Ville pour Aliot, sauf gros ratage de sa part. Ce contre quoi il essaie manifestement de se prémunir.

Comme le laissait prévoir le bien mal nommé “barrage” républicain contre l’extrême-droite au second tour de ces élections municipales, le résultat et les leçons manifestement non tirées valident les pronostics qui étaient les nôtres. Les états-majors politiciens vont seulement tenter de rattraper le coup au moment de la nomination du Président de Perpignan Méditerranée Métropole. L’ex-maire Pujol ayant décidé de jeter l’éponge consécutivement à la gifle électorale reçue, cette désignation sera l’occasion de jouer un remake de la pièce en vogue « front républicain le retour » avec une doublure…

Déjà, en 1989…

En 1989 à Perpignan, la liste Sergent avait réalisé 25% des voix au 1ertour.
En 1995, avant la scission mégrétiste, de Noell obtenait 32% au 1ertour.
En 2014, le vice-président du FN Aliot atteignait 34,2% contre 30,6% à son adversaire Pujol. Dans le duel du second tour la ville lui échappait mais il réunissait 45% des suffrages.
En 2020, Aliot a fini par gagner Perpignan parce qu’il a appliqué à la lettre la recette du bonneteau électoral, dans une ville sinistrée : un faux nez, une dose de clientélisme, ici à la sauce “aldopujoliste”, de longues tirades sur “le tout sécuritaire”, des prises de guerre chez le plus grand nombre possible d’adversaires…

Tous ceux qui, à droite, prétendaient être les plus sûrs remparts contre l’extrémisme de droite  en récupérant souvent de ce camp, hommes et idées, ont contribué à faire le lit d’un “héraut” du nationalisme cocardier et ses amis!

Quant à celles et ceux, en provenance de l’autre côté de l’échiquier en abandonnant leurs « spécificités » comme les « fondements de leurs origines », elles et ils se sont usé-e-s à jouer une fois encore, une fois de plus, une fois de trop, la partition de la « démocratie élective/représentative ».

La gestion “pujolienne” entre 2014 et 2020, bilan du “front/barrage républicain” de 2014, a été validée par presque tous les mêmes acteurs politiciens, quand ces derniers vont reconstituer la même farce en 2020…

Le barrage républicain affiché par les battu-e-s de la veille s’est immédiatement avéré n’être qu’un replâtrage à la va-vite, une sorte de tartufferie. De politicien incapable de rassembler, autoritaire, ultra-sécuritaire, nationaliste fervent défenseur de l’Algérie Française et de l’OAS, anti-communiste obsessionnel, inversant le fascisme et l’antifascisme, le sortant se serait soudain mué entre les deux tours en parangon de la Démocratie et de la Tolérance?

L’affrontement électoraliste entre l’extrême droite et la droite extrême n’a offert à l’électeur que la possibilité de choisir plutôt l’original que la copie.

Les faillites éthiques

Il faudra aussi garder en mémoire la faillite éthique des pièces rapportées dites de gauche qui se sont enrôlé-e-s dans le “front républicain contre l’extrême-droite”.

Les édiles de la Région et du Département – Delga, Malherbe, Langevine – n’ont-elles pas utilisé leurs fonctions et déplacements officiels pour soutenir publiquement le très droitier Pujol, dont elles n’avaient pas obtenu le pur et simple retrait?

Quel crédit reste-t-il à des unions départementales d’organisations syndicales qui ont prétendu mobiliser le 28 juin contre le danger majeur de l’extrême-droite, mais qui encartent dans leurs syndicats, en toute connaissance de cause, des militants de mouvements d’extrême et d’ultra-droite, donc bien sûr FN puis RN ?

Quelle crédibilité attribuer, en juin prochain, aux organisations politiques et “personnalités” qui appelleraient mécaniquement comme tous les ans à manifester contre un hommage à l’OAS alors qu’elles viennent d’appeler tapageusement à sauver le maire sortant de Perpignan, ce même maire qui, avec son écharpe tricolore confiée par les électeurs en 2014 grâce à l’identique “barrage républicain”, déposait sur cette stèle une gerbe le 5 juillet 2019 ?

Le CVA

Après le Comité Anti Fasciste (CAF) dès 1984, le Comité de Vigilance Antifasciste (CVA) 66 n’a pas découvert l’extrême droite ce 28 juin 2020.

Nous travaillons depuis assez longtemps pour qu’Aliot nous tienne, comme il l’écrit, pour des “adversaires”. Il y a 5 ans, l’une de ses amies, cadre du FN local, nous accusait déjà de “jouer aux shérifs dans la ville “.

Nous sommes bien ses adversaires, et probablement parmi les plus déterminé-e-s. Mais nous ne sommes pas les adversaires que du FN/RBM/RN, ses satellites et ses poissons-pilotes. C’est aussi contre la matrice idéologique qui a permis à Aliot de devenir député en 2017, et aujourd’hui maire de Perpignan, que nous nous battons.

Loin des regroupements opportunistes qui se parent trop souvent de l’étiquette «démocratique», le CVA assume totalement l’axe de lutte anticapitaliste qui implique l’élimination de toutes les droites extrêmes et de toutes les formes de fascisme et de racisme.

Dès avant le premier tour, nous donnions ce rendez-vous aux Perpignanais : « Il sera quand même difficile de ne pas comprendre désormais que la lutte contre l’extrême-droite et ses supplétifs, ce n’est pas “dans les urnes que ça se passe”. Ce sera donc, pour les Perpignanais qui veulent réellement s’y opposer : dans la rue, et dans la résistance de tous les jours. »

Le Comité de Vigilance Antifasciste des Pyrénées-Orientales / CVA66


Article publié le 06 Juil 2020 sur Lahorde.samizdat.net