Juillet 7, 2021
Par Rapports De Force
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Alors que le congrĂšs du Rassemblement national (RN), devant servir de lancement Ă  la campagne de Marine Le Pen, se tient ce week-end Ă  Perpignan, une manifestation nationale contre l’extrĂȘme droite avait lieu ce samedi dans la ville. Une respiration dans la plus grande ville française dĂ©tenue par le RN.

« Nous sommes 3000 rassemblĂ©s aujourd’hui, le pari est rĂ©ussi, nous avons rĂ©ussi Ă  Ă©clipser le congrĂšs du Rassemblement national Â», clame au mĂ©gaphone un des organisateurs, alors que la manifestation finit son parcours sur place de Catalogne. LĂ  oĂč elle l’avait commencĂ© deux heures plus tĂŽt.

Comme un soupir de soulagement. VoilĂ  un an que les militants perpignanais attendaient une manifestation significative contre l’extrĂȘme droite. Dans la seule ville française de plus de 100 000 habitants aux mains du Rassemblement national, la rĂ©action face Ă  l’élection de Louis Aliot au mois de juin dernier n’avait pas Ă©tĂ© Ă  la hauteur de leurs espĂ©rances. « Le soir de l’élection, nous Ă©tions une cinquantaine Ă  rappeler devant la mairie que le RN n’est pas un parti comme les autres Â», se remĂ©more douloureusement GĂ©rard, militant CGT retraitĂ© Ă  Perpignan. Et depuis : pas grand-chose d’autre.

Une manifestation de militants, surtout syndicalistes et antifascistes Ă  Perpignan

PrĂšs d’un an plus tard, le travail coordonnĂ© d’une trentaine de syndicats, associations, partis politiques et autres organisations permet enfin de faire Ă©merger publiquement une opposition Ă  l’extrĂȘme droite. Mais avec 3000 participants selon les organisateurs et un peu moins de 2000 selon notre dĂ©compte, la manifestation du jour n’a pas eu l’ampleur nationale revendiquĂ©e et n’a pas vĂ©ritablement fait de l’ombre au congrĂšs du RN.

Des militantes et militants se sont certes dĂ©placĂ©s de loin, certains depuis Paris, Lyon, et mĂȘme Strasbourg, mais le gros des rangs est fourni par les bus affrĂ©tĂ©s – notamment par la CGT – depuis les dĂ©partements voisins de la rĂ©gion Occitanie. Du cĂŽtĂ© des locaux, les militants des structures organisatrices sont prĂ©sents, mais la journĂ©e n’a pas fĂ©dĂ©rĂ© plus largement les Perpignanais. Finalement, cette journĂ©e contre l’extrĂȘme droite ressemble plus Ă  une manifestation militante rĂ©gionale que nationale.

Effectivement, peu de personnalitĂ©s de premier rang ont fait le voyage parmi les partis de gauche, signataires de l’appel national Ă  manifester Ă  Perpignan. Seul le NPA a envoyĂ© un poids lourd en la personne de Philippe Poutou, son candidat Ă  l’élection prĂ©sidentielle. La France insoumise s’est contentĂ©e, comme porte-drapeau, de la dĂ©putĂ©e de l’HĂ©rault, Muriel Ressiguier, l’ancienne prĂ©sidente de la commission d’enquĂȘte sur la lutte contre les groupuscules d’ultradroite et n’a pas constituĂ© de cortĂšge. Pas plus que GĂ©nĂ©ration.s, qui a dĂ©pĂȘchĂ© Thomas Portes, le prĂ©sident de l’Observatoire national de l’extrĂȘme droite (ONED). Rien pour les Verts, ni personnalitĂ© nationale ni dĂ©filĂ© en nombre. Seuls deux drapeaux perdus dans la manifestation, tout comme le PCF guĂšre plus visible.

Ainsi, le dĂ©filĂ© de ce samedi Ă©tait surtout composĂ© de militantes et militants syndicalistes ou antifascistes. En tĂȘte de la manifestation, derriĂšre un « Ensemble contre l’extrĂȘme droite Â» floquĂ© sur une banderole unitaire et non siglĂ©e, le cortĂšge de la CGT suivi de celui de Vigilance et initiatives syndicales antifascistes (VISA), un rĂ©seau d’une centaine de structures syndicales regroupant en plus de la centrale de Montreuil, la FSU, Solidaires, le Syndicat de la magistrature ou la CNT-SO.

Venaient ensuite les libertaires (UCL, CNT), le NPA, puis un cortÚge antifasciste animé par la Jeune Garde, talonné de militantes féministes et de catalanistes venus des deux cÎtés de la frontiÚre pour fermer la marche.

Banalisation du RN, criminalisation de l’antifascisme

« L’extrĂȘme droite est toujours la mĂȘme, raciste, fasciste, contre les libertĂ©s et contre les salariĂ©s ». Les figures politiques qui se sont dĂ©placĂ©es, Thomas Portes de GĂ©nĂ©rations et Philippe Poutou du NPA, ont beau le marteler, force est de constater que le travail de dĂ©diabolisation entrepris par le parti de Marine Le Pen depuis des annĂ©es fonctionne pleinement Ă  Perpignan et que l’opposition au RN ne dĂ©place plus les foules.

Pourtant l’ambiance et l’énergie restent de mise dans les rangs des plus jeunes antifascistes qui scandent « il y a trop de fachos dans nos quartiers, il n’y a pas trop d’immigrĂ©s, il n’y a pas trop de sans-papiers Â», entrecoupĂ©s du maintenant traditionnels « Siamo tutti antifascisti Â» ou de « Et tout le monde dĂ©teste les fachos Â».

En revanche, du cĂŽtĂ© des autoritĂ©s, la manifestation contre l’extrĂȘme droite reçoit un traitement trĂšs particulier. « Le prĂ©fet a interdit le transport de matĂ©riel pyrotechnique, de produits inflammables, ainsi que de la vente d’alcool Â», raconte Julien BerthĂ©lĂ©my, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’Union dĂ©partementale CGT 66 (PyrĂ©nĂ©es-Orientales). Le matin de la manifestation, le local du NPA perpignanais a reçu la visite de la police nationale. Un militant ira faire un tour au commissariat avant d’ĂȘtre relĂąchĂ©. « Des intimidations comme on en a l’habitude et qui montrent que le problĂšme de l’extrĂȘme droite ne s’arrĂȘte pas aux frontiĂšres du RN Â», dĂ©nonce Philippe Poutou.

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Source: Rapportsdeforce.fr