a) Historique détention de Georges

Ne laissons pas Georges Ibrahim Abdallah passer une 36ème année de détention en France

Georges Ibrahim Abdallah est né en 1951 au Liban. Arrêté à Lyon en octobre 1984, il fait alors partie des FARL (Fractions armées révolutionnaires libanaises), il est condamné en 1987 à la réclusion criminelle à perpétuité pour complicité dans l’exécution d’un responsable des services secrets israéliens en France et d’un attaché militaire états-unien à Paris [note] .

En juin 1982, l’armée israélienne envahit le Liban. Elle y fera des milliers de morts civils notamment lors des massacres de Sabra et Chatila, les 16 et 17 septembre, qui feront près de 5000 victimes. C’est à cette époque que Georges Abdallah rejoint le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Ceci pour situer l’engagement de Georges Ibrahim Abdallah dans les années 80.

En prison depuis octobre 1984, il est libérable depuis 1999. La neuvième demande de libération conditionnelle de Georges Ibrahim Abdallah a été déposée en janvier 2012. Suite à l’avis favorable donné en novembre 2012 par le Tribunal d’application des peines, tout a été entrepris par le Parquet pour bloquer sa libération : refus du ministre de l’Intérieur de signer l’arrêté d’expulsion nécessaire, reports et appels multiples et pourvoi en cassation. Au bout de 15 mois, la demande de libération est jugée irrecevable. Depuis, toute nouvelle demande de libération est jugée irrecevable en l’absence de mesure d’éloignement.

Georges Ibrahim Abdallah est aujourd’hui en France le plus ancien prisonnier politique, à 66 ans, il a commencé en octobre 2018 sa 35ème année de prison.

La justice française reproche à Georges Ibrahim Abdallah de ne pas avoir renoncé à son engagement politique : celui d’un communiste, défenseur de la cause des peuples en lutte contre l’impérialisme, le sionisme et pour la libération de la Palestine [note] .

Ce combat, il le poursuit infatigablement, courageusement, par des déclarations politiques de soutien, par des grèves de la faim solidaires, en particuliers en écho à la lutte des prisonnier.e.s palestinien.ne.s, et par une résistance quotidienne alors qu’il aurait dû recouvrer la liberté en 1999 !

Aujourd’hui pour continuer à exiger sa libération, on peut prendre contact avec les collectifs de soutien qui existent dans plusieurs départements, participer à la manifestation annuelle fin octobre devant la prison de Lannemezan (65) où il est détenu, et on peut aussi lui écrire :
Monsieur Georges Ibrahim ABDALLAH
N° d’écrou 2388/A221 – CP de Lannemezan
204 Rue des Saligues – BP 70166
65307 LANNEMEZAN Cedex

Portrait de Georges en prison : enfermement entre les murs de Lannemezan et ouverture d’esprit sur le monde en lutte pour son émancipation

Mes visites régulières au centre pénitentiaire de Lannemezan pour visiter Georges Ibrahim Abdallah m’ont permis de découvrir une personnalité érudite tant en matières scientifiques, historiques et politiques. Il est particulièrement ouvert sur l’actualité des résistances dans le Monde, en particulier le monde arabo-musulman mais pas seulement. Il suit avec intérêt la résistance kurde et tout récemment les mouvements populaires au Soudan, car ce pays est à la croisée de plusieurs mondes : Afrique noire et Afrique blanche, mondes musulman, chrétien et animiste, mondes agricole et urbain, etc. Il a été intéressé par le fait que les mobilisations sociales contre la dictature islamique aient regroupé des Soudanais de toutes origines sur des bases de classes plutôt que communautaires. Il a participé aux mobilisations des prisonniers pour améliorer la vie quotidienne des prisonniers et les conditions des visites des proches (parloirs séparés, …), il participe aussi à distance à la mobilisation des prisonniers palestiniens détenus en Israël en particulier par des grèves de la faim dans lesquelles il arrive à solidariser d’autres détenus. Il suit avec grand intérêt les mobilisations sociales en France, luttes ouvrières syndicales comme gilets jaunes ou ZAD. C’est d’ailleurs pour lui le meilleur moyen de le soutenir que de participer aux mouvements sociaux. C’est aussi quelqu’un de fier dans ses convictions qui n’est pas prêt à les renier alors qu’il a déjà subi 35 années de prison. En particulier, il se refuse à multiplier les demandes de libération provisoire, tant il est sûr du résultat négatif [note] .

Mobilisations : sortie du film de Pierre Carles le 24 octobre, manifestation à Lannemezan le samedi 19 octobre 2019 pour la fin de sa 35ème année de détention

Les très nombreux rassemblements, les pétitions, meetings et réunions publiques, interpellations d’élus n’ont à ce jour pas suffit à nous rapprocher de sa libération. Le Liban vient de mettre la situation de son ressortissant comme cause prioritaire. L’ambassadeur du Liban est venu voir Georges en prison et le président du Liban, Michel Aoun, devait interpeller le Président français, à l’occasion de sa visite au Liban prévue en février 2019. Emmanuel Macron a finalement annulé sa visite…

On notera l’affiche réalisée par Tardi, à l’instar de celle qu’il avait faite pour les prisonniers d’Action directe.

Aujourd’hui, le réalisateur documentariste Pierre Carles, sollicité, s’est lancé dans un film de témoignages sur Georges Abdallah, film qui sortira, à Bordeaux, le 24 octobre 2019, et après ailleurs dans le Monde.

Le samedi 19 octobre 2019 aura lieu la nouvelle manifestation à Lannemezan (64). Elle partira vers 14h de la gare SNCF pour se rendre avec forces slogans devant l’entrée du centre pénitentiaire de Lannemezan.

Un tribunal d’opinion pour « juger » des conditions de son arrestation [note] , de sa défense [note] , de son jugement [note] , de son maintien en détention [note] et des conditions historiques de son combat [note] est en stand-by faute de trouver les soutiens compétents nécessaires.

Le soutien d’anarchistes à un communiste libanais internationaliste

Certains pourraient trouver étonnant que des anarchistes s’intéressent au sort d’un prisonnier communiste. C’est une erreur car le combat anarchiste ne se mène pas, loin de là, que pour le bénéfice des anarchistes mais pour toutes et tous.
Par ailleurs, la situation de Georges Abdallah permet de s’intéresser aux luttes du monde entier, de la Palestine en particulier, à la situation des prisonniers en général et surtout au système judiciaire français. Les luttes qui intéressent Georges Abdallah sont aussi celles qui nous intéressent même s’il nous arrive de diverger sur les moyens, mais pas toujours.

La perpétuité réelle revendiquée par l’État français, demandée par les USA, avec l’Israël en embuscade prête à l’éliminer physiquement et à défaut éliminer toutes possibilités de libération.
Il est courant de considérer que la peine de perpétuité soit fictive avec les remises de peines. Or, il faut bien voir que les périodes de sûreté (périodes pendant laquelle un détenu ne peut demander de libération provisoire) n’ont cessé depuis l’arrestation de Georges Abdallah d’augmenter. De même, les conditions de la libération provisoire se sont durcies. Mais surtout avec les attentats islamistes de Daesch en France, les politiques ont fait preuve de surenchère sur la punition, en demandant la perpétuité réelle, la production d’une nouvelle loi semblant la réponse à tous les problèmes du moment. Le 30 mars 2016, devant le Sénat, le Garde des sceaux, Jean-Jacques Urvoas, répond à cette demande : « Parce que la perpétuité existe déjà aujourd’hui dans les établissements carcéraux, Monsieur le sénateur.

Ainsi, Georges Ibrahim Abdallah a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour terrorisme au mois de février 1987. Depuis cette date, il a demandé sa libération conditionnelle à neuf reprises. Or, chaque fois – et à bon droit, de mon point de vue –, elle lui a été interdite. Depuis février 1987, il est en prison, ce qui prouve bien que la perpétuité réelle existe déjà. » [<a title="http://www.senat.fr/seances/s201603/s20160330/s20160330_mono.html » class= »notebdp »>note]

Georges Abdallah ne sera libéré que mort ou mourant, tant que l’État français sera soumis aux intérêts matériels des USA et « moraux » de l’État israélien.

Pour plus d’informations : http://liberonsgeorges.samizdat.net

Philippe Arnaud
Cercle libertaire Jean-Barrué (33)


Article publié le 14 Oct 2019 sur Monde-libertaire.fr