Octobre 2, 2021
Par Le Numéro Zéro
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« Ă€ Saint-Étienne, le vert n’est pas qu’une couleur, c’est une philosophie Â» pavane la municipalitĂ© Ă  travers un clip vidĂ©o. Ritournelle bien installĂ©e depuis la campagne pour les Ă©lections municipales de 2020. « Faire de Saint-Étienne une ville durable, respectueuse de l’environnement Â», « crĂ©er des Ăźlots de verdure Â», « inscrire le critĂšre environnemental pour le choix des promoteurs Â», « isolation, performance Ă©nergĂ©tique, recours aux Ă©nergies propres ou encore utilisation de matĂ©riaux renouvelables Â», « politique de rĂ©vĂ©lation des espaces verts et des parcs urbains Â», « vĂ©gĂ©taliser les places Â», « dĂ©velopper la mise en place d’amĂ©nagements urbains destinĂ©s Ă  apporter une prĂ©sence vĂ©gĂ©tale et de la fraĂźcheur lors des pĂ©riodes d’intense chaleur Â», « rendre possible la vĂ©gĂ©talisation de chaque cours d’école Â»â€Š On allait en voir du vert ! On en craignait mĂȘme un peu pour notre rĂ©tine. Et la communication faite autour du lancement, au dĂ©but du mois de mars 2021, d’une opĂ©ration visant Ă  planter « 4 000 arbres dans les 6 ans Ă  venir Â» sur le territoire de la commune semble tĂ©moigner que, dĂ©cidĂ©ment, le maire et son Ă©quipe ont la main verte et se sont rĂ©solument engagĂ©s sur la voie d’une politique soucieuse du respect de l’environnement [1].

Mais de tout ce vert promis pendant la campagne, on attend encore de voir la couleur. Car jusqu’à prĂ©sent, les prĂ©occupations environnementales sont loin de guider l’action de la municipalitĂ© Perdriau – sous ce mandat comme lors du prĂ©cĂ©dent.

« Saint-Étienne protĂšge la biodiversitĂ© Â»

Chiche. Mais on se demande bien de quelle maniĂšre, les actions en ce sens se faisant toujours attendre. En revanche, l’artificialisation des sols, elle, progresse visiblement. On se souvient des platanes de l’avenue Denfert Rochereau, coupĂ©s Ă  l’hiver 2015, et dont le remplacement par des dessins sur papier ne pouvait mieux dire le statut accordĂ© Ă  la « nature Â» Ă  Saint-Étienne : faire joli, Ă  moindre coĂ»t. Ces images ont Ă©tĂ© retirĂ©es, mais les nouveaux arbres plantĂ©s font peine Ă  voir : ils prennent racine dans une terre mise Ă  nu (c’est manifestement Ă  l’absence de tout brin d’herbe qu’est Ă©valuĂ©e la « propretĂ© Â», bien relative selon d’autres critĂšres, des trottoirs) et paraissent peu Ă  leur place, fragiles brindilles tentant de s’élever au milieu du large plateau minĂ©ral que forment le trottoir et la route. En cherchant oĂč se loge ici la biodiversitĂ©, on ne serait pas contre accorder le bĂ©nĂ©fice du doute Ă  la municipalitĂ© : peut-ĂȘtre ses conseillers, abusĂ©s par des amĂ©nageurs peu scrupuleux, ont-ils confondu les essences d’arbres et l’essence (le pĂ©trole pour ĂȘtre plus prĂ©cis) nĂ©cessaire Ă  la fabrication du bitume qui constitue le trottoir et la route ?

Mais la mĂȘme opĂ©ration de bĂ©tonisation se rĂ©pĂšte en de multiples occasions. Que ce soit lors du rĂ©amĂ©nagement d’espaces publics tels que les places – les pavĂ©s du square Violette et ses Ăźlots de verdure ont par exemple cĂ©dĂ© la place au bitume – ou pour la rĂ©novation de lieux publics appartenant Ă  la ville. Ainsi, lorsque la cour de l’école Jules Ferry a fait l’objet d’un coup de frais Ă  l’étĂ© 2020, bitume et gazon synthĂ©tique ont Ă©tĂ© substituĂ©s Ă  l’ancien revĂȘtement et les arbres ont Ă©tĂ© eux aussi abattus.

D’aprĂšs la mairie, ces arbres Ă©taient malades, et ont Ă©tĂ© remplacĂ©s « par des essences plus rĂ©silientes adaptĂ©es aux conditions climatiques Â». Cela nous aurait presque convaincu.e.s. Mais renseignement pris, les arbres n’étaient nullement malades. En revanche, ils abritaient au moment de leur coupe des nids.

Rendre la ville « plus rĂ©siliente [et] adaptĂ©e aux conditions climatiques Â»

De fait, les Ă©pisodes de canicule se multiplient, les pĂ©riodes de sĂ©cheresse sont de plus en plus frĂ©quentes et longues, et certains quartiers de Saint-Étienne sont connus pour ĂȘtre de vĂ©ritables Ăźlots de chaleur. À nouveau, donc, une prĂ©occupation louable et un engagement qu’on aimerait saluer. D’autant que GaĂ«l Perdriau communique volontiers sur l’argent investi afin d’amĂ©liorer la performance Ă©nergĂ©tique des logements et n’hĂ©site pas Ă  publier une tribune dans un journal national pour exprimer sa vision de la « transition Ă©cologique Â» et donner des leçons au gouvernement sur le manque de cohĂ©rence de sa politique environnementale [2]. Pourquoi alors, dans le mĂȘme temps, s’entĂȘter Ă  bĂ©tonner l’espace public, quand on sait qu’« une impermĂ©abilisation et une minĂ©ralisation des sols [sont] peu propices au rafraĂźchissement naturel Â» [3] ? En ayant de surcroĂźt recours Ă  un bitume de couleur sombre qui capte particuliĂšrement la chaleur. On ne sait s’il faut attribuer ces choix Ă  la persistance des modĂšles urbanistiques anciens ou Ă  la fragilitĂ© des convictions environnementales des Ă©lu.e.s stĂ©phanois.es face aux arguments financiers et autres intĂ©rĂȘts Ă©conomiques [4].

« Sensibiliser Ă  l’importance de la nature et de la biodiversitĂ© Â»

Un autre objectif proclamĂ© par GaĂ«l Perdriau. De ce point de vue aussi les actions menĂ©es laissent plus que dubitatif. À moins que
 l’exemple de l’abattage d’arbres abritant des oiseaux et que la vue de malheureux arbres pris dans l’asphalte d’un trottoir ou coincĂ©s entre les files de voitures en bordure du centre commercial Ă  Monthieu ne soient jugĂ©s de nature Ă  Ă©difier ces « petits StĂ©phanois Â» ? Peut-ĂȘtre peut-on, comme le maire, faire le pari qu’ils « sont dĂ©jĂ  sensibles Ă  ces questions Â» et que la vue de ce green washing pratiquĂ© sans vergogne saura effectivement les convaincre de rejoindre les rangs d’une mobilisation en faveur « d’une rĂ©volution Ă©cologiste, radicalement anticapitaliste Â» [5] ? On doute toutefois que ce soit vraiment l’option retenue par l’élu Les RĂ©publicains de Saint-Étienne, qui, dans sa tribune, raille les Ă©cologistes « guidĂ©s par une idĂ©ologie et non le pragmatisme Â».

Green washing et calculs Ă©lectoraux

De quelle « philosophie Â» relĂšve dĂšs lors le plaidoyer pour le « vert Â» de la municipalitĂ© actuelle ? La communication autour des arbres plantĂ©s au parc du puits Couriot ne laisse guĂšre de doutes. « 1 arbre par Ă©lĂšve Â» d’ici « 2026 Â». Si le choix est fait d’impliquer spĂ©cifiquement des Ă©lĂšves des Ă©coles primaires, c’est que ces Ă©tablissements sont sous la coupe de la mairie. Il ne faudrait tout de mĂȘme pas y associer les collĂšges ou les lycĂ©es et courir le risque de voir le dĂ©partement ou la rĂ©gion faire main basse sur cette opĂ©ration de marketing Ă©lectoral ! D’ailleurs, l’échĂ©ance fixĂ©e pour planter des arbres coĂŻncide justement avec la fin du mandat. Pour GaĂ«l Perdriau et son Ă©quipe, le calendrier Ă©lectoral est dĂ©cidĂ©ment la seule boussole pour penser l’action politique
 On comprend que son voisin lĂšve les yeux au ciel en l’écoutant.

P.-S.

Article issu du numéro 12 du Couac, paru au printemps 2021.

[4Le soutien accordĂ© par la mairie Ă  la construction de l’A45 est Ă  cet Ă©gard tout Ă  fait cohĂ©rent : poursuite d’un modĂšle d’amĂ©nagement urbain articulĂ© autour de la voiture individuelle, accentuation de l’artificialisation des sols au dĂ©triment des terres cultivables, mise en pĂ©ril de zones riches en biodiversitĂ©, etc.




Source: Lenumerozero.info