Mars 22, 2020
Par Le Poing
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Plus personne ne peut nier que la pandémie du Covid-19 est un péril
sanitaire majeur. Les professionnels des établissements
d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad)
redoutent la mort de… 100
000 résidents
et réclament 500 000 masques pour limiter le
massacre. Problème : la France manque cruellement de masques. À
qui la faute ? À l’État, qui n’a pas renouvelé ses stocks
stratégiques. À Macron et ses semblables, qui n’ont cessé de
couper dans le budget de l’hôpital au prétexte qu’il
n’existerait pas « d’argent magique ». Mais,
dans une certaine mesure, les médias portent aussi une part de
responsabilité, puisqu’ils ont été nombreux à relayer, un
certain temps, les irresponsables discours du gouvernement selon
lesquels les masques ne seraient pas si utiles.

Avec
ou sans symptômes, le port du masque est une arme contre la pandémie

La confusion autour des masques commence enfin à s’amoindrir. Dans
un premier temps, les autorités n’ont cessé de dissuader la
population d’en porter. La porte-parole du gouvernement, Sibeth
Ndiaye, expliquait
ainsi le 4 mars « qu’il n’était pas nécessaire
d’acheter des masques pour se protéger »
. Même son de
cloche du côté du directeur de l’agence régionale de santé
(ARS) de Gironde, Michel Laforcade, placé sous la surveillance du
préfet et sous la tutelle du ministre de la santé, qui déclarait
le 8 mars lors d’une conférence de presse que « la
population n’a pas à porter de masque »
. Le 19 mars, le
premier ministre Édouard Philippe répétait
à l’assemblée nationale que « le port du masque pour la
population générale n’est pas recommandé »
,
tandis que le directeur général de la santé, Jérôme Salomon,
sermonnait :
« Il ne faut pas porter de masques si nous ne sommes pas
malades ».

Pour faire passer le message, l’État
a pu compter sur le soutien de la plupart des médias :
« 
Quand on va bien, porter un masque ne sert à rien »
(La
Voix du Nord
citant un médecin, le 2 mars), « [Les
autorités sanit
aires] n’ont eu de cesse de rappeler qu’il
n’était pas nécessaire de porter un masque en l’absence de
symptômes »
(Le
Figaro
, 6 mars), « Pourquoi le port du masque est
une fausse bonne idée »

(Le
Dauphiné
, 18 mars), « Faire ses courses avec un
masque ne sert à rien »

(La
Croix
, 18 mars), « La ruée des Français et
Françaises vers ces équipements médicaux [les masques] dès le
début de l’épidémie a […] créé une rupture de stock »

(Ouest-France,
18 mars), « Ne portez pas de masque, donnez-le aux
soignants »
(Yahoo
actualités
, 20 mars), etc.

Deux arguments sont avancés et
repris par les médias : d’une part, porter un masque ne
servirait à rien, ou si peu, pour lutter contre la pandémie ;
d’une autre, il faut en priorité donner les masques aux soignants.
Ces deux arguments sont absolument contradictoires. S’il faut
s’assurer que les soignants aient des masques – et c’est
évidemment une priorité absolue – c’est bien pour les protéger,
donc les masques protègent. Sinon,
le syndicat UNSA Police ne réclamerait pas un
million de masques
, les médecins de ville dépourvus de masque
ne fermeraient
pas leur cabinet, les professionnels des Ehpad ne réclameraient pas
500 000 masques, etc. Et,
petite anecdote personnelle, si les masques n’étaient pas si
utiles, un médecin n’aurait pas cru si urgent d’en donner
rapidement à mon père, récemment greffé d’un rein, et donc
immunodéprimé. La plupart
des médias qui ont entretenu la confusion gouvernementale
sur l’efficacité des
masques sont largement revenus sur leurs propos, et tant mieux.

Dans une « lettre
ouverte à Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la
Santé »
, Claude Got, professeur de médecine,
Catherine Hill, épidémiologiste, Michel Parigot, chercheur en
mathématiques et Chantal Perrichon, présidente
de la Ligue contre la
violence routière, dénonce l’irresponsabilité des autorités :
« Faute de disposer d’un nombre suffisant de
masques, la position du gouvernement et de la direction générale de
la santé a été de dire qu’ils ne servaient à rien en dehors de
l’équipement des personnels hospitaliers. Ceci est faux. Ils
protègent doublement : ils évitent à ceux qui sont porteurs du
virus (souvent sans le savoir) de le transmettre et évitent à ceux
qui ne le sont pas de le récupérer. Les pays du sud-est asiatique
arrivent à maîtriser l’épidémie sans confinement et le port
généralisé du masque est un des éléments de leur stratégie. »

En Corée du Sud, le taux de mortalité du Covid-19 a fortement
baissé, et de nombreux médecins considèrent que c’est imputable
au port massif de masques, comme Jean-François
Timsit
, médecin en réanimation : « En
Corée du Sud, tout le monde est vigilant, la population est
paranoïaque et se balade avec un masque en permanence, et c’est
probablement ce qui a permis de donner cette faible
mortalité. Ce n’est pas du tout ce qu’on voit dans les pays
latins »
. Même écho chez Antoine Flahault, médecin et
professeur de santé publique à l’université de Genève :
« Quand on voit que les pays où les masques sont très
portés dans la rue, à Taïwan ou en Corée du Sud, sont ceux qui
ont réussi à arrêter la vague épidémique sans mettre de
confinement massif en place, on pourrait se dire empiriquement que ce
phénomène
a pu participer à leur succès »
(Le
Figaro
, 19 mars). Le
Monde
(21 mars) note que « le port préventif du masque
a contribué à juguler les contaminations dans les pays développés
d’Extrême-Orient »
et constate que « le
dénigrement du masque en Europe suscite la consternation en Asie »
.
Pour le docteur Raybaud, « la seule solution contre le
coronavirus, c’est un masque pour tous, partout, pendant trois
semaines »
(Regards,
12 mars).

Bref, pas besoin d’avoir un bac +8 pour comprendre que si les
masques chirurgicaux permettent d’empêcher de contaminer les
autres – sans parler des masques FFP2 qui empêchent carrément de
se faire contaminer –, leur port massif est évidemment un outil
non négligeable de lutte contre la pandémie. Alors pourquoi l’État
sème la confusion ? Tout simplement pour cacher une pénurie
honteuse. Et c’est d’autant plus scandaleux de culpabiliser les
non-soignants qui en porteraient, car eux ne sont pas responsables ni
de la casse du service public de l’hôpital, ni de la pénurie de
masque, et on ne peut pas leur reprocher de vouloir se protéger, et
protéger les autres, dont les soignants.

La santé sacrifiée

Les
autorités commencent tout juste à reconnaître une évidence
décrite par mille soignants : oui, la France manque cruellement
de masques. Le ministre de la Santé Olivier Véran a déclaré
sur France Inter le 17 mars : « Nous
avons assez de masques aujourd’hui pour permettre aux soignants
d’être armés face à la maladie et de soigner les malades. Mais
en fonction de la durée de l’épidémie, nous ne savons pas si
nous en aurons suffisamment à terme ».
Tandis
que le 20 mars sur France 2, le secrétaire d’État auprès du
ministre de l’Intérieur, Laurent
Nunez,
a
tout nié
:
« Non, je ne
reconnais pas qu’il en manque [des masques] »
.
Finalement, après
le déstockage
de 5 millions de masques
par l’armée,
le ministre de la santé a annoncé
ce 21 mars avoir commandé « 250
millions de masques »
,
livrés « progressivement »,
en reconnaissant que « lorsque
le Covid-19 est apparu, il ne restait [en France] que 117 millions de
masques chirurgicaux et aucun stock stratégique d’État en masque
FFP2 »
,
avant
d’avoir l’audace de dénoncer « la
désinvolture »

et « la
légèreté »

de ceux qui ne respecteraient pas le confinement, lui qui est membre
d’un gouvernement qui a maintenu le premier tour des élections
municipales en temps de pandémie et qui se révèle incapable de
protéger les Français et les médecins, à tel point qu’en
Nouvelle-Aquitaine, les autorités distribuent des masques
périmés aux soignants
et que les hôpitaux de Paris en sont
réduits à lancer un appel
aux dons sur facebook
pour se renflouer.

Pourtant, en mai 2009, lors de l’épidémie de grippe A (H1N1), les
stocks de masques FFP2 étaient évalués à 580 millions (dont 229
millions périmés) et le Sénat faisant déjà mention de
« difficultés ». En juin 2009, 400 millions de
masques FFP2 supplémentaires sont commandés mais « que
sont devenues les commandes des masques [de 2009] ? »

s’est récemment interrogé un député. En 2011, on comptait 600
millions de masques FFP2, mais périssables au bout de quatre à cinq
ans. Finalement, en 2013, l’État considère que « le
recours systématique aux masques de protection respiratoire de type
FFP2 a montré ses limites en termes d’efficacité car la gêne voire
la difficulté respiratoire liées à leur port, conduisent à un
faible taux d’utilisation
 » Une analyse criminelle. Ces
précieuses informations sont issues de Franceinfo,
et c’est l’occasion de rappeler qu’il est de la responsabilité
des « grands médias », entendus ici comme ceux disposant
de plusieurs dizaines de journalistes salariés, de vérifier les
affirmations gouvernementales.

Qu’on
se le dise une bonne fois pour toutes : une fois qu’aura
réglé nos comptes avec les
criminels qui nous gouvernent

qui sont capables de stocker des grenades anti-émeute en masse mais
pas des masques –,
on
s’assurera de nos capacités de production, de stockage et de
distribution
des masques, car
c’est un outil
ô
combien pertinent
pour
lutter contre les pandémies.




Source: Lepoing.net