Avril 4, 2020
Par CQFD
212 visites


« Est-il vraiment prouvĂ© et Ă©vident que les risques de contagion sont plus Ă©levĂ©s dans un marchĂ© en plein air que dans un supermarchĂ© fermĂ© ? Les risques de contagion sont-ils vraiment plus faibles pour des produits dont la chaĂźne de production nĂ©cessite une multitude d’intermĂ©diaires que pour des produits frais vendus en direct ? Â» Ce 27 mars, la question est posĂ©e par des paysans et paysannes de Notre-Dame des Landes, dans une lettre ouverte rĂ©agissant Ă  l’interdiction des marchĂ©s de plein air. Et elle est pertinente. Car non, il n’y a pas grand-chose de neutre dans les mesures gouvernementales de lutte contre la propagation du coronavirus.

DerriĂšre le masque du bon sens et de « l’union nationale Â», l’idĂ©ologie suinte : alors que l’agro-industrie s’est rendue coupable de tant de scandales sanitaires, on continue Ă  la favoriser en mettant la grande distribution en situation de quasi-monopole [1]. Combien de petits producteurs ne rĂ©chapperont pas Ă  cette crise ? MĂȘme interrogation pour les librairies de quartier, vampirisĂ©es par le gĂ©ant Amazon, dont les employĂ©s, eux, sont priĂ©s de continuer Ă  bosser, risque de contagion ou pas. GrĂące aux ordonnances permises par l’état d’urgence sanitaire, on pourra mĂȘme les faire trimer jusqu’à 60 heures par semaine.

Certes, quelques rares mesures sociales ont Ă©tĂ© prises pour Ă©viter l’explosion : entre autres, la prolongation de la trĂȘve hivernale des expulsions locatives et le report de l’entrĂ©e en vigueur des nouvelles rĂšgles de l’assurance chĂŽmage. Mais de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, le coronavirus est un puissant rĂ©vĂ©lateur – voire amplificateur – des inĂ©galitĂ©s. Rien de nouveau sous le soleil : pendant la peste de Marseille, en 1720, ce furent les mendiants qu’on chargea d’ensevelir les cadavres contaminĂ©s. Une fois ces gueux dĂ©cĂ©dĂ©s, on eut recours aux forçats
 Pendant l’épidĂ©mie, l’élite politique garda le droit de se promener Ă  sa guise, quand les pauvres avaient interdiction de quitter la ville, sous peine de mort.

Aujourd’hui, l’injustice perdure : les prolos bossent ou sont confinĂ©s avec leurs enfants dans 30 m2, les bourgeois se cassent Ă  l’üle de RĂ©. Idem pour le traitement des malades. Mi-mars, alors qu’elle ne prĂ©sentait aucun symptĂŽme, la prĂ©sidente du Conseil dĂ©partemental des Bouches-du-RhĂŽne, Martine Vassal, n’a pas hĂ©sitĂ© pas Ă  aller se faire tester – positive. Elle a mĂȘme fini par ĂȘtre placĂ©e en observation, occupant une chambre d’hĂŽpital Ă  l’heure mĂȘme oĂč les soignants attendaient fĂ©brilement un tsunami de cas extrĂȘmes… Dans leur maison de retraite, le papy et la mamie lambda n’ont pas droit aux mĂȘmes Ă©gards : beaucoup mourront sans qu’on prenne la peine de les envoyer Ă  l’hĂŽpital. Ce mĂȘme hĂŽpital public dont les diffĂ©rents partis au pouvoir ont fait fermer des milliers de lits ces derniĂšres dĂ©cennies, quand ils n’envoyaient pas leur police gazer les soignants extĂ©nuĂ©s qui rĂ©clamaient dans la rue des augmentations de moyens


C’est peu de le dire, l’ambiance gĂ©nĂ©rale n’est pas folichonne. Dans les rues vidĂ©es, la police s’en donne Ă  cƓur joie, verbalisant Ă  tout va, surtout des personnes racisĂ©es, mĂȘme quand celles-ci disposent d’une attestation de sortie des plus valables – les tĂ©moignages se multiplient. En cas de rĂ©cidive, ce sera la garde Ă  vue voire la prison, oĂč l’épidĂ©mie risque de faire des ravages, du fait d’une surpopulation que le gouvernement se refuse Ă  rĂ©duire sĂ©rieusement.

Dans le mĂȘme temps, la technopolice affĂ»te ses armes. Dans notre Ă©dito du mois dernier, nous Ă©crivions qu’en France, « on semble encore loin des villes chinoises mises en quarantaine et des drones policiers rappelant Ă  l’ordre les rĂ©calcitrants qui sortiraient de chez eux Â». On y est. Terrible accĂ©lĂ©ration de l’histoire : aprĂšs le terrorisme, la lutte contre la pandĂ©mie offre une justification rĂȘvĂ©e aux promoteurs des technologies de surveillance invasives. Ne rĂȘvons pas : quand le coronavirus se sera Ă©clipsĂ©, les dispositifs sĂ©curitaires et antisociaux mis en place pendant l’épidĂ©mie ne disparaĂźtront pas d’eux-mĂȘmes.

Comment rĂ©sister ? ConfinĂ©, le mouvement social est forcĂ©ment plus discret, mĂȘme si sur ce front des choses commencent fort heureusement Ă  bouger. À dĂ©faut de trouver d’inĂ©dites formes de lutte adaptĂ©es Ă  la situation actuelle, il faudra repartir au front en temps voulu. DĂšs le jour d’aprĂšs. En reprenant la rue.

L’équipe de CQFD

- Ces rĂ©flexions auront une large place dans le prochain numĂ©ro de CQFD, titrĂ© « Nous sommes en guerre
 sociale Â». En kiosque vendredi 3 avril.




Source: Cqfd-journal.org