Février 2, 2021
Par Questions De Classe
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J’apprends en lisant la newletter de l’académie de Paris qu’on peut faire labéliser notre école « Génération 2024 ». Depuis quand on labellise des écoles ? C’est quoi encore cette usine à gaz… Alors, voilà, cet article ne va pas être très long et je vais essayer de ronchonner dans les notes de bas de page pour pas vous prendre trop de temps. Si vous souhaitez lire un texte calme et argumenté, je vous enjoins à lire cet article qui date de 2014. Quant à moi, je vais me permettre un billet d’humeur, un coup de gueule.

Bref, cherchant à en savoir plus sur ce slogan publicitaire peu inspiré [1] , je me documente un peu. « Génération 2024 », c’est le label de promotion des Jeux olympiques et paralympiques de Paris en 2024.

Cette labélisation, d’un point de vue pédagogique, c’est assez vide : on nous propose de faire du sport. Et d’éduquer nos élèves aux valeurs de l’olympisme parce que vraiment, l’excellence, la compétition, le plus haut, plus vite, plus fort, c’est très important pour être un bon citoyen [2].

Et pour cela, on nous propose de « à travailler étroitement avec les collectivités territoriales, ainsi qu’à tisser des liens avec le monde sportif local et éventuellement les entreprises » [3] [4]

A l’école, nous faisons déjà du sport, enfin…de l’ « éducation physique et sportive ». Et il ne me semble pas que nous ayons besoin du CIO pour éduquer nos élèves à devenir des citoyens respectueux.Bien au contraire… On se demande vraiment en quoi les valeurs de l’olympisme aurait-elle leur place dans le cadre scolaire.

Pour Pierre Courbertin, l’olympisme, c’était « la religion de l’énergie, le culte de la volonté intensive développée par les pratiques des sports virils s’appuyant sur l’hygiène et le civisme et s’entourant d’art et de pensée ». Alors depuis, cette définition a évolué pour correspondre aux valeurs de l’école, il viserait à faire des « citoyens équilibrés mentalement et physiquement, coopératifs, tolérants et respectueux de la paix » (dixit un colloque olympique de l’an 2000) [5]

Sauf que concrètement, quand on est un peu attentif, les Jeux Olympiques, c’est rarement ça.

Organisation des JO dans des dictatures, suspension des législations locales concernant le droit du travail, omniprésence des sponsors, sur-investissements dans des infrastructures ne répondant pas aux besoins des populations, corruption, dopage, destruction de l’environnement… Sans parler de la dimension sportive en elle-même : patriotisme [6], individualisme, séparation des hommes et des femmes, compétition exacerbée…

“” Le sport, c’est la citoyenneté en actes”

Roxana Maracineanu, marraine Génération 2024 académie de Paris, ministre déléguée en charge des Sports”

« Il est nécessaire de poser clairement la question suivante : l’éducation à l’olympisme a-t-elle un sens ? » écrivaient en 2014 les universitaires Christophe

Et bien, on peut répondre vite. Non, ça n’a pas de sens. Et donc, il faut refuser de se faire labelliser. Refuser d’aller étaler la propagande du CIO et de l’État. Refuser d’aller travailler au corps l’acceptation de la dépense de notre argent public au profit des sponsors et d’une vision élitiste du sport.

“”C’est une opportunité d’évoquer l’histoire, l’aménagement du territoire, le corps (son fonctionnement, sa perception), les métiers du sports et ceux qui gravitent autour, l’entre-mêlement entre sport et arts qui sont souvent opposés mais finalement très liés, l’engagement citoyen (au travers du programme bénévole), et bien plus encore. ” Etienne BARRAUX, IA-IPR éducation physique et sportive, référent Génération 2024”

Oui, si les JO 2024 rentrent dans nos classes, on pourra travailler sur leur histoire et sur l’aménagement du territoire [7]. On pourra parler d’engagement en effet. On pourra réfléchir àtous les saccages des JO,oui. On pourra parlerdes milliers de manifestant.espendant les JO de Rio en 2016. On pourra parler des collectifs qui se montent dans le monde entier. On pourra parler des droits humains bafoués et du droit du travail suspendu.

Ce sera aussi l’occasion de réfléchir au monde du sport, à son histoire politique et social. L’occasion de parler de son usage politique dans les dictatures, mais aussi du sport populaire. On pourra travailler sur l’histoire d’un club de foot du quartier et se demander pourquoi on n’y trouvait que des immigrés.

Et vous, pontes de l’académie de Paris, si vous souhaitez réellement vous faire du souci pour vos élèves en situation de handicap, peut être serait-il mieux, plutôt que de fétichiser l’handisport [8] de rémunérer correctement les assistant.es d’élèves en situation de handicap, et former les enseignant.es sur l’inclusion et le validisme…

Enfin, il y a le mot du recteur, Christophe Kerrero : “accéder à une communauté et à un réseau”. On se rappelle que le recteur est membre de l’Ifrap, et a probablement plus fréquenté les business school que les écoles primaires. Si les mots sont ridicules, c’est cependant la nouvelle marotte libérale dans l’éducation nationale. Mettre en synergie les acteurs locaux. Même principe dans les Cités éducatives [9]. Et à la limite, tant qu’il s’agit d’entrer en réseau avec les clubs sportifs du coin pourquoi pas. Si c’est le réseau du Decath’ du bout de la rue ça le fera moins. Mais la question fondamentale, elle serait plutôt celle-là : pourquoi donc on aurait besoin d’être labélisé “Génération 2024” pour aller discuter avec le coach du club de foot d’à côté ?

déso,

A l’école comme ailleurs,

A bas les JO et la compèt’,

Vive le sport populaire et inclusif !

Vive la pédagogie désolympique !

Arthur




Source: Questionsdeclasses.org