Avril 4, 2020
Par Mondialisme.org
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Publié le 3 avril 2020 sur le site doorbraak.eu

Les personnes sans titre de sĂ©jour sont particuliĂšrement touchĂ©es par la crise du Coronavirus, selon les expĂ©riences de groupes qui tentent de les soutenir, comme STIL (1) Ă  Utrecht et De Fabel van de illegaal (2) Ă  Leyde. En moyenne, les sans-papiers ont une santĂ© beaucoup plus fragile et peuvent difficilement prĂ©tendre Ă  des prestations qui sont encore disponibles pour d’autres. Ils sont donc particuliĂšrement vulnĂ©rables dans cette crise. Voici un aperçu court et Ă©videmment incomplet de quelques problĂšmes pratiques.

En raison de leur santĂ© plus fragile, les personnes sans titre de sĂ©jour sont, en principe, plus susceptibles de tomber gravement malades si elles contractent le coronavirus. De plus, l’accĂšs aux soins des sans-papiers pendant la crise du Coronavirus est encore plus mise sous pression que pour les autres malades. MĂȘme sans la crise du Coronavirus, les sans-papiers ont en moyenne beaucoup de mal Ă  recevoir des soins. En thĂ©orie, ils ont droit Ă  des soins mĂ©dicaux et il existe Ă©galement un fonds d’urgence du Centraal Administratie Kantoor (CAK, Bureau central d’administration), pour financer ces soins. Malheureusement, il arrive rĂ©guliĂšrement qu’ils soient refusĂ©s par les mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes, les hĂŽpitaux et autres Ă©tablissements de soins. Il peut y avoir toutes sortes de raisons Ă  cela : la stigmatisation du fait d’ĂȘtre « clandestin Â» ; la mĂ©connaissance par le personnel de santĂ© du systĂšme de fonds d’urgence ; la rĂ©ticence Ă  mettre en Ɠuvre ce systĂšme ; ou le postulat erronĂ© de ce personnel selon lequel les sans-papiers n’ont droit qu’à des soins d’urgence de base dans les cas graves, donc qu’ils seraient privĂ©s de tous les autres soins planifiĂ©s que reçoivent les patients bĂ©nĂ©ficiant d’une assurance-maladie.

D’ailleurs, tous ces soins planifiĂ©s sont actuellement sous pression pour tout le monde. Par exemple, les opĂ©rations sont reportĂ©es, mĂȘme pour les personnes gravement malades. Les mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes travaillent presque seulement au tĂ©lĂ©phone, ce qui est un gros problĂšme si vous ne parlez pas trĂšs bien le nĂ©erlandais. Les associations de soutien sont fermĂ©es, ou en tout cas moins accessibles. Et ceux qui sont malades, que ce soit du Coronavirus ou d’autre chose, ont besoin d’un endroit dĂ©cent pour se reposer ou se soigner, si nĂ©cessaire. De tels lieux manquent Ă©galement pour de nombreux immigrĂ©s sans-papiers.

Transfert

À Leyde, le BBB, qui est gĂ©rĂ© par la Fondation pour les rĂ©fugiĂ©s, et a Ă©puisĂ© tous ses recours juridiques, est menacĂ© de fermeture dĂ©finitive dans environ un mois et demi. La fermeture imminente doit ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme une pure mesure d’austĂ©ritĂ© de la part de la municipalitĂ©. À la fin de l’annĂ©e derniĂšre, les membres de la permanence de De Fabel van de illegaal avaient dĂ©jĂ  alertĂ© la municipalitĂ© par le biais d’une lettre virulente sur les problĂšmes que cette fermeture allait causer. Le SP (3) et le Partij Sleutelstad (4) ont Ă©galement protestĂ© contre cette fermeture lors d’une sĂ©ance du conseil municipal. Mais cela s’est avĂ©rĂ© vain, car la majoritĂ© du conseil municipal a rejetĂ© les critiques contre la fermeture. Les rĂ©sidents du BBB risquent maintenant d’ĂȘtre transfĂ©rĂ©s au LVV, Ă  Rotterdam, ou de se retrouver dans les rues de Leyde ou ailleurs.

En raison de la crise du Coronavirus, il est devenu d’autant plus risquĂ© pour les habitants du BBB d’ĂȘtre transfĂ©rĂ©s Ă  Rotterdam. Le transfert en tant que tel, bien sĂ»r, prĂ©sente dĂ©jĂ  un risque de contamination. Ce n’est pas pour rien que les autoritĂ©s nous appellent sans cesse de ne pas nous dĂ©placer d’une ville Ă  l’autre. En outre, contrairement au BBB de Leyde, le LVV de Rotterdam ne concerne que les soins de nuit, pas les soins de jour. Cela signifie que les sans-papiers sont, en principe, renvoyĂ©s dans la rue pendant la journĂ©e et donc exposĂ©s Ă  la contamination. Les sans-papiers n’ayant en gĂ©nĂ©ral pas le droit d’accĂ©der aux installations de santĂ©, les mesures spĂ©cifiques qui devraient les protĂ©ger contre le coronavirus sont Ă©galement minimales par nature.

Soit dit en passant, une partie de l’accueil Ă  Rotterdam se fait dans des dortoirs, c’est-Ă -dire en concentrant de nombreuses personnes dans de petites chambres. Si un dormeur tousse, tout le monde respire le virus. À titre de comparaison : le refuge BBB de Leyde dispose de chambres doubles, oĂč dorment des personnes qui vivent ensemble depuis des mois, voire des annĂ©es, ce qui signifie logiquement un risque moindre. De plus, le LVV de Rotterdam offre en principe un abri temporaire durant six mois, voire moins dans certains cas. Enfin, on peut se demander si tous ceux qui Ă©taient accueillis dans le BBB de Leyde seront vraiment admis au LVV de Rotterdam.

Perte de boulot

Le conseiller Ries van Walraven a exprimĂ© son inquiĂ©tude Ă  propos des rĂ©sidents du BBB Ă  Leyde en rapport avec la crise du Coronavirus et il a donc rĂ©cemment posĂ© Ă  nouveau des questions au Conseil municipal. Il en ressort que le conseil municipal souhaite poursuivre le transfert Ă  Rotterdam et accepte donc tous les risques associĂ©s. Les habitants du BBB de Leyde menacent d’ĂȘtre contraints de dĂ©mĂ©nager dans une ville oĂč ils ne connaissent personne et n’ont pas de rĂ©seaux de soutien propres.

Certes tous les sans-papiers de Leyde ne sont pas pris en charge par le BBB. Un certain nombre d’entre eux vivent avec de la famille ou des amis depuis une pĂ©riode plus ou moins longue, ou sont sans abri et errent. Certains d’entre eux louent une chambre qu’ils essaient de payer en travaillant. Mais la crise du Coronavirus rend cette tĂąche de plus en plus difficile. Un visiteur de la permanence du groupe De Fabel van de illegaal Ă  Leyde a rĂ©cemment annoncĂ© qu’il ne pouvait plus faire le travail de nettoyage qui lui permettait de louer une chambre. Invoquant le Coronavirus, ses employeurs l’ont informĂ© qu’il n’y avait plus de travail pour lui. Il s’est donc retrouvĂ© en grande difficultĂ© du jour au lendemain et son propriĂ©taire a menacĂ© de le mettre Ă  la rue. Heureusement, des camarades ont rĂ©ussi Ă  lui trouver de l’argent grĂące Ă  un fonds d’urgence.

Pas d’expulsions, mais un centre de rĂ©tention pour les expulsables

Il n’y a actuellement aucune expulsion des Pays-Bas de sans-papiers vers leur pays d’origine. En raison de la crise du Coronavirus, il n’y a plus d’avions disponibles pour cette tĂąche . En outre, le gouvernement a annoncĂ© que les contacts avec « tous les Ă©trangers Â» seront rĂ©duits au minimum. Par exemple, les employĂ©s du « Service de rapatriement et de dĂ©part Â» n’organisent plus d’« entretiens de dĂ©part Â» avec les sans-papiers.

NĂ©anmoins, il semble que des sans-papiers soient toujours arrĂȘtes et enfermĂ©s dans un centre de rĂ©tention pour les expulsables. Et trĂšs peu de ceux qui Ă©taient dĂ©jĂ  dĂ©tenus avant la crise du Coronavirus ont Ă©tĂ© libĂ©rĂ©s. Il est scandaleux que beaucoup de gens restent enfermĂ©s, alors qu’il n’y a en fait aucune « perspective d’expulsion Â». Selon ses propres rĂšgles, l’État nĂ©erlandais doit donc les libĂ©rer. Un Soudanais, qui se trouve aux Pays-Bas depuis 18 ans et a mĂȘme entamĂ© une procĂ©dure de demande d’asile, a Ă©galement Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© et se trouve dans le centre de rĂ©tention de Rotterdam, a rĂ©cemment rapportĂ© STIL, un groupe de soutien aux sans-papiers Ă  Utrecht.

Le rĂ©gime dans les centres de rĂ©tention est encore pire qu’avant pendant la crise du Coronavirus. Les prisonniers doivent rester dans leur cellule 21 heures par jour. Ils ne sont autorisĂ©s Ă  sortir que deux fois pendant une heure et demie. Ils ne sont pas autorisĂ©s Ă  faire du sport. Ils ne sont pas non plus autorisĂ©s Ă  recevoir des visiteurs et ne peuvent pas acheter leur propre nourriture ou des produits pharmaceutiques dans le magasin de la prison. Et les personnes prĂ©sentant des « symptĂŽmes de grippe Â» sont placĂ©es en « isolement Â», c’est-Ă -dire complĂštement coupĂ©es de tout et de tous dans une cellule de prison stĂ©rile.

Tout cela est une honte. Les sans-papiers sont trĂšs vulnĂ©rables en raison de leur santĂ© prĂ©caire, de leur dĂ©pendance Ă  l’égard des lieux de refuge et du travail flexible, et de la possibilitĂ© toujours existante d’ĂȘtre placĂ©s en rĂ©tention. Ne considĂ©rons pas seulement les personnes ayant un titre de sĂ©jour ou la nationalitĂ© nĂ©erlandaise qui font partie des groupes Ă  risque. N’oublions pas les sans-papiers en ce moment. Les centres de rĂ©tention doivent libĂ©rer leurs prisonniers immĂ©diatement. Les personnes qui emploient des femmes de mĂ©nage ou des travailleurs sans droit de sĂ©jour doivent continuer Ă  payer leurs employĂ©s. Et la municipalitĂ© de Leyde doit dĂ©cider de reporter la fermeture du BBB Ă  Leyde.

Harry Westerink, Doorbraak, 3 avril 2020

NOTES du traducteur

1. Selon son site, « STIL aide les personnes sans titre de sĂ©jour depuis plus de vingt ans. Nous dĂ©fendons la libertĂ© de choix individuelle et sommes donc d’avis que chaque ĂȘtre humain devrait pouvoir aller oĂč il veut, tout en conservant ses droits fondamentaux. Partout, toujours, pour tous. Cela signifie non seulement un endroit sĂ»r pour manger, boire et dormir, mais aussi l’accĂšs Ă  des soins mĂ©dicaux et Ă  une assistance juridique, par exemple.

Aux Pays-Bas, diverses organisations offrent une aide aux personnes qui souhaitent s’installer ici de maniĂšre temporaire ou permanente. Pour les personnes sans titre de sĂ©jour, les possibilitĂ©s d’obtenir de l’aide sont toutefois limitĂ©es. Selon la loi, ils ne sont pas autorisĂ©s Ă  subvenir Ă  leurs besoins ; ils ne sont pas autorisĂ©s Ă  travailler et Ă  Ă©tudier, ils ne peuvent pas s’assurer, ils ne peuvent pas louer une chambre et ils ne sont gĂ©nĂ©ralement pas autorisĂ©s Ă  utiliser les structures d’accueil pour sans-abri. Les travailleurs sociaux et les migrants sans papiers eux-mĂȘmes ignorent souvent quels sont les droits des personnes sans permis de sĂ©jour. C’est pourquoi STIL informe les personnes concernĂ©es sur les droits et les possibilitĂ©s et offre un soutien individuel sur le plan humanitaire, mĂ©dical et juridique. En outre, nous essayons de stimuler la prise de conscience et le changement social, politique et juridique. Â»

https://www.stil-utrecht.nl/ (NdT).

2. Ni patrie ni frontiĂšres a traduit et publiĂ© de nombreux articles ainsi qu’un un livre sur les activitĂ©s et les positions de ce groupe qui a formĂ© Doorbraak : http://www.mondialisme.org/spip.php?rubrique12 (NdT).

3. Parti ex-maoĂŻste, cf. entre autres cet article : « Pays-Bas : le SP un parti d’extrĂȘme gauche contre l’immigration Â» http://mondialisme.org/spip.php?article775 . Ou bien la notice trĂšs gentille Ă  son Ă©gard de Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_socialiste_(Pays-Bas) (NdT).

4. Parti politique local qui vote généralement, avec le SP, et a 2 conseillers sur 35 (NdT).




Source: Mondialisme.org