Juillet 30, 2021
Par Paris Luttes
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LE PROBLÈME, C’EST LE FLICAGE

La vaccination n’a pour nous jamais Ă©tĂ© un problĂšme. Elle est de facto nĂ©cessaire Ă  l’immunisation de la communautĂ©. Elle permet de diminuer les contaminations, d’allĂ©ger les symptĂŽmes quand elle ne provoque tout simplement pas la disparition de la maladie.

Le problùme ce n’est pas les vaccins. Le problùme c’est le pass-sanitaire

  • Le problĂšme c’est le commerçant qui ne sera plus un commerçant mais un micro-fasciste chargĂ© d’écarter l’individu contaminant de son commerce. Il suffit de parler quelques secondes au patron du bar ou du restaurant d’en bas de chez soi pour comprendre l’absurditĂ© de la mise en place du pass-sanitaire : “Je n’ai pas de diplĂŽme de flic moi” nous dit un restaurateur, “Je ne vais pas contrĂŽler les cartes d’identitĂ©, (depuis, un amendement supprime le contrĂŽle d’identitĂ© par les restaurateurs, mais oblige les clients Ă  se signaler sur registre ou QR code sous peine d’amende et d’emprisonnement) ce n’est pas mon rĂŽle, si quelqu’un veut frauder avec un pass-sanitaire Ă  un autre nom ou falsifiĂ©, il le fera.” rajoute le patron d’un bar. Tous deux sont inquiets du nouvel uniforme qu’ils doivent enfiler, et inquiets de voir leur clientĂšle dĂ©serter et leur chiffre d’affaires plonger de nouveau.
  • Le problĂšme c’est la rĂ©colte de donnĂ©es personnelles et de santĂ© qui, bien qu’annoncĂ©e comme restant anonyme, doit nous alerter.

     

    Snowden, Assange ont rĂ©vĂ©lĂ© que des millions de donnĂ©es Ă©taient rĂ©coltĂ©es et utilisĂ©es par les gouvernements dans le but de surveiller leurs concitoyens. Le projet Pegasus, rĂ©vĂ©lĂ© rĂ©cemment, montre comment toutes les donnĂ©es de nos tĂ©lĂ©phones peuvent ĂȘtre rĂ©cupĂ©rĂ©es, transmises et utilisĂ©es par les autoritĂ©s. La rĂ©colte et l’utilisation des donnĂ©es personnelles est une pratique rĂ©pandue et qui tend Ă  se dĂ©velopper dans le monde numĂ©risĂ©. 

     
  • Le problĂšme c’est la gĂ©olocalisation. Devoir scanner un QR code, Ă  chaque endroit vivant. Chaque bar, chaque lieu culturel, chaque moment festif. S’enregistrer Ă  chaque endroit oĂč on est passĂ©. Que nos donnĂ©es de localisation soient stockĂ©es, que chacun de nos dĂ©placements soit connu. Le problĂšme c’est la sociĂ©tĂ© de contrĂŽle.

     
  • Le problĂšme c’est la restriction de circulation et la condamnation Ă  1 an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende Ă  qui ne respecterait pas ces restrictions. L’interdiction, pour une partie de la population, de la culture, de la fĂȘte, du divertissement, du voyage et parfois mĂȘme du travail. L’expĂ©rience de la rencontre, de la vie. Le problĂšme c’est la division qui ne peut que s’approfondir entre le citoyen immunisĂ© et le paria.

    Demain peut-ĂȘtre, les restrictions s’étendront. Le bureau de vote, la manifestation, seront-ils interdits aux citoyens non-vaccinĂ©s ? Le problĂšme c’est la sociĂ©tĂ© disciplinaire.

     
  • Le problĂšme c’est de devoir montrer patte blanche, Ă  chaque instant. De devoir prouver l’immunitĂ©. D’abord dans les lieux collectifs, mais demain peut-ĂȘtre, dans l’intime. Quand le pass-sanitaire sera dĂ©finitivement installĂ©, intĂ©grĂ© Ă  une maniĂšre de vivre, quel regard sera portĂ© sur le non-vaccinĂ© 

    La condamnation Ă  un an de prison et 15 000 euros d’amende sous prĂ©texte de la mise en danger de la vie d’autrui constitue la crĂ©ation de monstres. Le citoyen contaminant devient un danger, un criminel, il fait peur et doit ĂȘtre exclu.

    La rencontre lui sera t-elle encore possible ?

    L’amitiĂ© entre vaccinĂ©s et non-vaccinĂ©s sera t’elle envisageable ?

Ne faire confiance Ă  personne, surveiller l’autre, rester sur ses gardes. VoilĂ  le projet de l’empire. Nous regarderons nos visages, nos bras engourdis, nos bouts de papiers ou nos QR codes attestant de notre immunitĂ©. Dans chaque regard nous nous demanderons si telle ou telle personne fait partie de l’immun ou s’il est pestifĂ©rĂ©. Nous installons la peur de l’autre quand l’autre peut ĂȘtre tout le monde. Nous ne nous divisons pas en deux catĂ©gories – vaccinĂ©s ou non, mais en des millions. Chaque corps est dĂ©sormais une division, il n’y a plus de communautĂ© sans avoir la preuve de l’immunitĂ© de l’autre. Chacun est surveillant, chacun est surveillĂ©. Le problĂšme c’est la sociĂ©tĂ© de vigilance.

Quelques personnes nous l’avons vu, ont dĂ©cidĂ© d’effectuer un parallĂšle grotesque entre le pass-sanitaire, et la mise en place de l’étoile jaune durant la seconde guerre mondiale. Au-delĂ  du fait qu’il s’agit lĂ  d’un affront ignoble pour les personnes victimes du nazisme, c’est de surcroĂźt la plus mĂ©diocre des analyses.

Si nous devions oser une comparaison, – que nous vous proposons ici dans les grandes lignes sans en dĂ©tailler tous les aspects au risque de rallonger un texte dĂ©jĂ  fourni – la mise en place et l’extension du bracelet Ă©lectronique pour les anciens dĂ©tenus comme alternative Ă  la prison, semble ĂȘtre beaucoup plus proche de notre rĂ©alitĂ©. Le contrĂŽle des dĂ©placements, la menace de restrictions de circulation plus sĂ©vĂšre encore, la vigilance portĂ©e par les autres sur le porteur du bracelet ou le non-immunisĂ©, sont un ensemble d’élĂ©ments permettant d’effectuer un parallĂšle entre pass-sanitaire et bracelet Ă©lectronique. Discipline, contrĂŽle et vigilance : la triple facette d’un mĂȘme dispositif. Ce n’est pas si Ă©tonnant que dans le dernier rapport du sĂ©nat sur la question de la gestion des catastrophes, cette mesure soit proposĂ©e : dans le cas d’une quarantaine, il est envisagĂ© le port du bracelet Ă©lectronique pour contrĂŽler le respect de celle-ci.

 

« Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problĂšme actuel. On nous prĂ©pare d’autres fascismes. Tout un nĂ©o-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore(
). Au lieu d’ĂȘtre une politique et une Ă©conomie de guerre, le nĂ©o-fascisme est une entente mondiale pour la sĂ©curitĂ©, pour la gestion d’une « paix Â» non moins terrible, avec organisation concertĂ©e de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses, qui font de nous autant de micro-fascistes, chargĂ©s d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu fort, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinĂ©ma Â» Gilles Deleuze, fĂ©vrier 1977

 

VACCINATION & INTÉRÊTS PERVERS

La mise en place de la vaccination dans le contexte de la pandĂ©mie de covid-19 de par la mise en place du pass-sanitaire est imbriquĂ©e dans des intĂ©rĂȘts Ă©conomiques, privĂ©s, individualistes pervers :

  • Le problĂšme c’est la course aux vaccins. À la maniĂšre de la conquĂȘte spatiale durant la guerre froide, la conquĂȘte du vaccin a mis en concurrence les Ă©tats et les laboratoires dans une guerre aussi bien Ă©conomique que d’égaux, pour pouvoir se targuer d’avoir Ă©tĂ© celui qui sauve le monde de la pandĂ©mie et rapportant au passage un maximum d’argent . Il a donc fallu trouver le vaccin le plus rapidement possible et que celui-ci soit le plus efficace. Des millions ont Ă©tĂ© brusquement injectĂ©s dans la recherche du vaccin, annihilant brusquement la possibilitĂ© de tout autre recherche de traitement

Nous pouvons faire deux constats de cette course aux vaccins. Le premier est que la production de 5 peut-ĂȘtre 6 vaccins en une annĂ©e – un record – dont certains basĂ©s sur une nouvelle technologie : l’ARN messager – considĂ©rĂ© par certains scientifiques comme rĂ©volutionnaire – a provoquĂ© une perte de confiance Ă©norme envers un procĂ©dĂ© mĂ©dical vieux de plus d’un siĂšcle et ayant pourtant rĂ©volutionnĂ© la mĂ©decine. Le deuxiĂšme, c’est que malgrĂ© des dizaines de millions de doses, nous voyons le virus circuler, se transformer – un phĂ©nomĂšne cependant tout Ă  fait connu des scientifiques. Pour l’heure nous ne voyons pas le bout de cette pĂ©riode Ă©prouvante.

Cet exemple est frappant. Un ami raconte : « L’autre jour, ma mĂšre vaccinĂ©e double dose depuis suffisamment longtemps Ă©tait de passage dans ma ville. On ne se voit pas souvent et j’étais heureux de pouvoir la revoir. Un quart d’heure avec elle Ă  se raconter nos vies, ce qu’on devient, c’est suffisamment rare et son passage me remplissait de joie. Elle a finalement continuĂ© sa route, nous ne nous sommes pas vus. La raison ? Elle a appris qu’elle Ă©tait cas contact et a prĂ©fĂ©rĂ© ne pas prendre le risque de contaminer. Â»

Le vaccin, amenĂ© par le prince comme le saint-graal libĂ©rant la population de la distanciation, censĂ© nous faire retrouver la totalitĂ© de nos gestes et nos dĂ©placements n’a – et il fallait s’en douter – pas tout arrangĂ© d’un coup de baguette magique. Il faut attendre, inlassablement et subir les volontĂ©s autoritaires et libĂ©rales du pouvoir capitaliste.

  • Dans cette logique, le pouvoir effectue une vaccination Ă  marche forcĂ©e dans l’unique but d’un retour Ă  la normale le plus rapidement possible. Par retour Ă  la normale nous entendons non pas le retour des libertĂ©s prĂ©-pandĂ©mie mais bien la remise en route de l’économie mondialisĂ©e tournant Ă  plein rĂ©gime. Pour ce faire, tous les coups sont permis. Jusqu’au chantage le plus abject.
  • Le problĂšme c’est l’intĂ©rĂȘt privĂ©, profondĂ©ment individualiste. Celui qui fait qu’on va se faire vacciner pour continuer Ă  faire la fĂȘte, Ă  aller voir un concert, Ă  partir en vacances, et qui par la mĂȘme occasion annihile toute idĂ©e collective de la vaccination. Que quiconque ayant pris rendez-vous pour se faire vacciner aprĂšs les annonces de Macron ose dire qu’il l’a fait pour l’immunitĂ© collective, pour protĂ©ger les autres, c’est une hĂ©rĂ©sie. Une doctrine consistant Ă  faire oublier la restriction, le chantage . Car le seul but est de rĂ©cupĂ©rer les droits de circulation perdus.

Il n’y a qu’à observer le nombre de rendez-vous pris sur Doctolib Ă  la minute qui suivit les annonces de l’empereur. 1,3 millions de personnes, qui l’ont fait afin de pouvoir continuer Ă  boire un verre, accĂ©der Ă  la culture, ou bien plus grave, par peur de perdre leur travail. 1,3 millions de personnes se sont empressĂ©es de prendre rendez-vous pour se faire vacciner. Il ne s’agit pas ici de condamner mais de faire un constat aussi simple qu’amer.

La stratĂ©gie vaccinale mise en place est profondĂ©ment imbriquĂ©e dans le libĂ©ralisme-autoritaire. Elle individualise, punit, contraint. Chacun pour sa pomme et sauve qui peut. ProtĂ©ger nos vieux, on s’en foutait encore hier. Mais maintenant que cela inclut de pouvoir se prendre une bonne pinte au bar, cela devient la prioritĂ©. Échec de la communautĂ©, victoire du pouvoir libĂ©ral et autoritaire. Le pouvoir a façonnĂ© nos existences selon ce modĂšle individualiste dans l’unique objectif de servir ses intĂ©rĂȘts

« La dĂ©mocratie immunitaire est pauvre en communautĂ© – elle en est dĂ©sormais quasi privĂ©e. Quand on parle de « communautĂ© Â» on entend seulement un ensemble d’institutions qui renvoient Ă  un principe d’autoritĂ©. Le citoyen est soumis Ă  celui qui lui garantit protection. Il se garde en revanche de l’exposition Ă  l’autre, il se prĂ©serve du risque de contact. L’autre est infection, contamination, contagion. Â» Donatella di Cesare – Un virus souverain

La communautĂ©, c’est le fait d’accueillir l’altĂ©ritĂ© de l’autre. Projet fondamentalement antagoniste avec les volontĂ©s de sĂ©paration des individus auxquels nous assistons. Face Ă  ce projet, nous devons recrĂ©er la communautĂ© pour entrevoir la possibilitĂ© d’une immunisation dĂ©sirable, afin de sortir de la crise. Vaccination ou traitement, le but est bien de mettre au premier plan de l’immunisation l’intĂ©rĂȘt commun.

POUR L’IMMUNISATION COMMUNISTE

Les perversions organisĂ©es par l’empire pour dĂ©tourner les esprits de la communautĂ© nous ont plongĂ© dans un monde de petites peurs façonnant nos regards portĂ©s sur l’autre. Provoquant la rĂ©tractation de nos gestes.

Pour sortir la tĂȘte haute de cette crise, il nous aurait fallu une organisation de l’immunisation basĂ© sur le sensible et la communautĂ©. DĂ©nuĂ©e de tout intĂ©rĂȘt Ă©conomique et privĂ©. BasĂ©e sur la communisation des recherches scientifiques. Comprenant la suppression des brevets sur les vaccins dans le cas rĂ©formiste. Invitant Ă  l’immunisation des populations pour soi et pour les autres. Comprendre pour la communautĂ©. PrivilĂ©gier les libertĂ©s plutĂŽt que les restrictions.

Sans pervertir nos dĂ©marches d’immunisation par un chantage grotesque.

Refuser de voir nos libertĂ©s dĂ©truites, nos corps contrĂŽlĂ©s, nos dĂ©placements mutilĂ©s. Sortir ensemble plutĂŽt que seul. Retrouver ce qui nous lie. PrĂ©fĂ©rer l’immunisation communiste plutĂŽt que la vaccination individualiste, capitaliste, libĂ©rale.

L’immunisation communiste, s’appuie sur la possibilitĂ© pour les communautĂ©s de s’immuniser par et pour elles. C’est choisir, avec l’intĂ©gralitĂ© des donnĂ©es scientifiques mises en commun la meilleure façon de s’immuniser. L’important rĂ©side dans la prise de dĂ©cision la plus Ă©clairĂ©e et consentie possible. 

Au vu de la verticalitĂ© des prises de dĂ©cision actuelle, nous ne pouvons que constater l’antagonisme entre la vaccination libĂ©rale et l’immunisation communiste.

La premiĂšre sert le pouvoir, elle a pour objectif d’asseoir son autoritĂ© en contrĂŽlant la circulation des individus.

La nĂ©cessite de l’immunisation communiste rĂ©side Ă©galement sur le constat simple qu’il y a une lutte des classes qui se joue ici. On ne peut que la constater en observant la dĂ©cision de ne pas appliquer le pass-sanitaire Ă  l’AssemblĂ©e nationale, ou encore pour les policiers. Également dans le fait que le mĂ©tro, haut lieu de contamination ne soit pas soumis au pass-sanitaire dans la logique Ă©vidente de permettre la circulation des travailleurs et des travailleuses qui seront pourtant les plus impactĂ©s par les nouvelles contraintes disciplinaires. Encore plus violent, l’annonce par la ministre du travail de la possibilitĂ© de suspensions des contrats de travail sans rĂ©munĂ©ration pour les salariĂ©s n’ayant pas de pass-sanitaire pouvant ĂȘtre suivie d’une procĂ©dure disciplinaire.

Aussi, le simple fait que dans le mĂȘme discours, Macron annonça l’extension du pass-sanitaire aux lieux de vie, la mise en place de la retraite Ă  64 ans dans les temps Ă  venir, et de la mise en application de la rĂ©forme de l’assurance chĂŽmage montre qu’il s’agit d’un seul et mĂȘme projet, libĂ©ral et autoritaire.

VoilĂ  pour nous l’intĂ©rĂȘt de descendre dans la rue pour nous opposer au pass-sanitaire.

Il ne s’agit pas lĂ  d’apprĂ©hension mĂ©dicale. Mais bien de philosophie, d’éthique, mais Ă©galement d’une lutte sociale et libertaire. De combattre un modĂšle pour un autre, plus dĂ©sirable.

“Il est de la rĂšgle de vouloir la mort de l’exception. Il sera donc de la rĂšgle de l’Europe de la culture d’organiser la mort de l’art de vivre qui fleurit encore Ă  nos pieds” Jean-Luc Godard




Source: Paris-luttes.info