Octobre 7, 2021
Par Union Communiste Libertaire (UCL)
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La loi Rilhac vient d’être adoptée en première lecture à l’Assemblée Nationale. Elle vise à donner aux directeurs et directrices des écoles une autorité fonctionnelle : en clair elle souhaite transformer celles et ceux qui n’avaient jusqu’à présent aucun statut hiérarchique en membre de l’encadrement, en petit chef.

Nous soutenons les personnels des écoles qui s’opposent à cette véritable dépossession de leur professionnalisme et à une dégradation à venir de de leurs conditions de travail, des conditions d’accueil des élèves.

On le sait trop peu mais les supérieurs hiérarchiques directs des professeurs des écoles sont les inspecteurs de l’Éducation Nationale et on les voit en général très peu sur les écoles, les collègues chargé·es de direction n’en sont pas. Depuis des années de nombreux gouvernements ont tenté de mettre à mal ce fonctionnement en partie collectif ; pour mémoire dès 1987 une lutte mémorable avait dû être menée contre l’instauration du statut de maîtres-directeurs [1] et dans la loi dite « école de la confiance » Blanquer avait déjà tenté en 2019 d’introduire cet échelon hiérarchique au sein des écoles. C’est notamment cette disposition qui avait conduit à une mobilisation importante dans les écoles au printemps 2019.

Casser tout fonctionnement collectif

Les conseils des maître·sses (certes présidés par les directrices et directeurs), ont une place centrale dans l’organisation des écoles et constituent un réel lieu de débats et de démocratie au sein des écoles. De l’organisation matérielle de l’école à la mise en place de projets pédagogiques, beaucoup de choses passent par ces conseils de maître·sses : une enseignante veut réfléchir sur l’occupation genrée de la cour et des propositions pour y remédier, elle en parle en conseil des maître·sses, une autre souhaite partager une façon coopérative pour faire des dictées, elle en parle en conseil des maître·sses, même chose pour une troisième qui s’interroge sur le bien-fondé d’une directive de son inspecteur…
Ainsi dans des écoles où les équipes s’approprient pleinement les prérogatives de cette instance, on peut dire qu’il existe des réelles dynamiques autogestionnaires, même limitées par le cadre contraignant de l’Éducation Nationale. Et de fait les conseils des maître·sses ont souvent participé à élaborer des positionnements collectifs d’équipe débouchant souvent sur des pratiques pédagogiques émancipatrices (mais pas toujours conformes à la ligne ministérielle) et des oppositions parfois massives à des directives. D’ailleurs les syndicats donnaient régulièrement comme mots d’ordre de mettre telle ou telle question à l’ordre du jour des conseils de maître·sses et proposaient des motions à faire voter, longtemps avec efficacité.

Mettre au pas la profession, la transformer en simple exécutant

Malheureusement depuis quelques années et de façon accélérée depuis 5 ans, la hiérarchie tente de briser ces dynamiques. Les directrices et directeurs ont des consignes pour ne pas accepter que des points « politiques » soient mis à l’ordre du jour des conseils, de plus en plus d’inspecteurs jouent régulièrement de l’intimidation sur les écoles trop remuantes. En zone d’éducation prioritaire, aujourd’hui les REP et REP+, un moment le creuset de la contestation, les directeurs et directrices sont recruté·es sur entretien par les inspecteurs et ne passent plus au mouvement général, ce qui engendre un gros changement dans le profil des directrices et directeurs, ainsi que dans les dynamiques d’équipe.
Plus généralement, du pilotage pédagogique par les évaluations nationales à l’imposition des méthodes de lecture, le gouvernement tente de transformer les enseignant·e·s en simple exécutant·e·s des injonctions ministérielles, et les élèves des simples réceptacles de connaissances. Les enseignant·e·s sont privé·e·s de l’intérêt et du sens de leur métier ainsi que de leur liberté pédagogique, les élèves doivent être performants, soumis à une compétition d’où esprit critique, créatif et libre arbitre sont absents. La loi Rilhac se situe complètement dans cette logique.


Quelques semaines pour renverser la vapeur

Pour toutes ces raisons, il est primordial que les enseignant·es des écoles s’opposent massivement à cette loi qui va bouleverser négativement leur quotidien et celui des élèves accueilli·es. Les initiatives syndicales du front CGT/SUD/ Snuipp FSU / FO (d’où l’UNSA et la CFDT sont tristement et logiquement absentes) ont pour l’heure rencontré peu d’échos dans une profession un peu groggy par un an et demie de confinement et presque 5 ans de mauvais traitement par Blanquer … Le mouvement reste à construire, nous avons plusieurs semaines pour obtenir le blocage des décrets d’application. Si les enseignant·e·s rentrent en lutte, il faudra entraîner dans le soutien les parents en expliquant que cela va bien au-delà d’une revendication corporatiste car la question du projet de société libéral est en filigrane.




Source: Unioncommunistelibertaire.org