Mars 16, 2020
Par Lundi matin
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Alors qu’en Chine, en Espagne et en Italie, l’État assure le confinement de la population avec l’aide de la police et de l’armĂ©e, — et que de nombreuses rumeurs annoncent que le France s’apprĂȘte Ă  faire de mĂȘme â€”, l’un de nos contributeurs nous a transmis ce texte qui rappelle ce qu’il en coĂ»te de dĂ©lĂ©guer sa protection et sa santĂ© aux forces rĂ©pressives. Ou comment traverser la catastrophe sans renforcer l’appareil sĂ©curitaire ?

Le plus d’État Ă  lĂ©gifĂ©rer nos vies est une courbe ascendante et sans fin. Cette pandĂ©mie en est l’exemple parfait. L’État sĂ©curitaire gĂšre la pĂ©nurie des hĂŽpitaux. Et au regard des nombreux commentaires sur les rĂ©seaux qui attendent chaque soir une nouvelle mesure sĂ©curitaire de l’État, qui s’inquiĂštent que l’État ne nous ait pas encore confinĂ© de force, on comprend que cet État sĂ©curitaire a de beaux jours devant lui. L’hĂŽpital sortira de cette crise comme il est entrĂ©. Pauvre, dĂ©muni, fatiguĂ©, dĂ©vastĂ©. Et le pire c’est qu’il y en aura beaucoup pour s’en satisfaire, pour crier de joie aux hĂ©ros, quand en fait le personnel des hĂŽpitaux aura Ă©tĂ© mis Ă  l’épreuve, dans des conditions que peu, de ceux qui applaudiront, accepteraient. Vivre avec moins d’État sĂ©curitaire, c’est en finir avec la facilitĂ© de la loi, du plus de lois, du plus de lĂ©gislation pĂ©nale. Et c’est dĂ©serter les commissariats et ouvrir des maisons oĂč pourraient se discuter les conflits, oĂč pourraient se prendre en charge des rĂ©cits, c’est ouvrir des lieux ou s’apprend l’autogestion.

L’État sĂ©curitaire gagne Ă  chaque crise parce qu’il sait se rendre indispensable lorsqu’une population a perdu la capacitĂ© de s’auto-organiser, de s’autogĂ©rer, quand elle n’a pas de lieux pour en faire l’expĂ©rience. Et l’État gestionnaire, qui est une autre maniĂšre qu’il a de se rendre indispensable, gagne quand il chasse les mĂ©decins de la direction des hĂŽpitaux, quand il chasse les enseignants de la directions des Ă©tablissements scolaires. L’État n’a pas Ă  gĂ©rer ni Ă  sĂ©curiser, et si toutefois il veut exister, qu’il finance les besoins, qu’il prĂ©lĂšve l’impĂŽt, qu’il laisse faire l’autogestion.

Donc, puisqu’il faut le redire, les appels Ă  un confinement strict, par la force, par la contrainte, les partages sur les succĂšs de la CorĂ©e du sud – qui a usĂ© de la gĂ©olocalisation, des camĂ©ras de surveillances pour tracer les individus, ou du succĂšs de la Chine, bien davantage liberticide encore, ces appels lĂ , distribuent la terreur, incitent Ă  la dĂ©lation, proposent la police, dĂ©sirent l’État total. Il y a des voies Ă  ne jamais prendre peu importe la situation.

Oui, ne pas freiner la circulation du virus, c’est Ă  la fin des fins, se retrouver avec un confinement sous contrĂŽle policier et militaire, avec techniques diverses, dont celle de la gĂ©olocalisation, de la dĂ©lation, du checkpoint. C’est offrir Ă  l’État une expĂ©rience dont il tirera nĂ©cessairement des leçons. Des leçons pour l’autoritĂ©, des leçons pour le contrĂŽle. C’est offrir Ă  l’État et aux libĂ©raux, le test du maintien d’une Ă©conomie en situation de confinement. En consĂ©quence de quoi, la menace imminente des prochaines heures, c’est le confinement de la population mondiale par des dispositifs autoritaires et sĂ©curitaires.

Et nous disons ceci, que :

Nous n’avons pas besoins de la police. Nous nous ajustons aux comportements responsables. Nous sommes capables de traverser cette catastrophe. Nous avons dĂ©jĂ  commencĂ© massivement Ă  le faire parfois bien avant les annonces des gouvernements. Nous savons mesurer les risques. Nous savons nous tenir Ă  distances les uns des autres et nous savons rester chez nous autant que nĂ©cessaire. Nous savons qu’il y en a encore pour ignorer la prĂ©vention, la pandĂ©mie, mais nous savons aussi que les gouvernements nous envoient voter, nous obligent Ă  travailler dans les usines, ne protĂšgent pas les prisonniers, ne donnent pas les moyens nĂ©cessaires aux hĂŽpitaux. Nous savons qu’ils ont tirĂ© jusqu’à la derniĂšre heure leurs profits et que maintenant ils nous menacent de nous confiner comme en Italie, comme en Chine, comme en Espagne avec des laissez-passer, des justificatifs, des amendes et des menaces de prisons. Nous n’avons pas besoin de leurs polices, de leurs conseils, nous n’avons pas besoin de leurs observations, car nous savons depuis quelques temps dĂ©jĂ , qu’ils ont gouvernĂ© la mort, qu’ils ont gouvernĂ© leurs profits, qu’ils tirent maintenant leur pouvoir de leur compĂ©tence sur l’urgence.

Nous avons relu toute la littĂ©rature des militants qui ont luttĂ© contre le virus du SIDA et sa propagation. Nous savons la maniĂšre dont ils ont su se mĂ©fier de l’État et des mĂ©decins sans pour autant minimiser les risques. La maniĂšre dont ils ont acquis une intelligence de la prĂ©vention. Ont-ils Ă©tĂ© invitĂ©s Ă  discuter pour faire face Ă  cette Ă©pidĂ©mie ? De la maniĂšre dont on pouvait sensibiliser ? Non. Et ce n’est pas minimiser le risque que de dire cela, mais accuser l’État qui s’imagine ĂȘtre le meilleur recours. Nous savons que ce qui nous arrive aujourd’hui n’est qu’une grande rĂ©pĂ©tition de ce qui va se reproduire demain avec le changement climatique.

Nous disons aux mĂ©decins que nous nous ajustons, aussi vite que vous vous ajustez, que nous vous ferons confiance autant que vous nous ferez confiance. Qu’il est de votre responsabilitĂ© de dire autant que la nĂŽtre, que nous n’avons pas besoins de la police dans nos rues, que se promener seul n’est pas un dĂ©lit qui augmentera le nombre de morts, que faire du vĂ©lo n’est pas un dĂ©lit qui augmentera le nombre de morts. Que courir ou lire un livre seul, dans un parc n’est pas un dĂ©lit qui augmentera le nombre de morts. Que se promener avec un ami en gardant la distance nĂ©cessaire n’est pas un dĂ©lit, que rien n’a Ă©tĂ© fait pour nous donner les masques comme rien n’a Ă©tĂ© fait pour vous les donner, que rien n’a Ă©tĂ© fait pour dĂ©pister la population pour mieux prĂ©venir et que donc c’est ensemble que nous allons traverser cette catastrophe ; vous et nous en co-responsabilitĂ© et de maniĂšre solidaire et sans justificatifs et checkpoint volant. Et que nous le voulons pour aujourd’hui comme pour les annĂ©es Ă  venir car nous savons que les catastrophes vont s’accumuler et que nous voulons apprendre Ă  les traverser sans État sĂ©curitaire et avec un hĂŽpital public plus fort.





Source: Lundi.am