Novembre 23, 2020
Par Le Monde Libertaire
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Plus de cinquante annĂ©es aprĂšs la loi Neuwirth, pour l’immense majoritĂ© d’entre elles, les femmes assument Ă  elles seules la contraception quelle que soit la mĂ©thode : la charge mentale revient encore aux femmes mĂȘme si leur compagnon participe, parfois, Ă  la dĂ©cision de quel moyen pour Ă©viter la naissance d’un enfant non dĂ©sirĂ©. Les mentalitĂ©s changent-elles tant pour les hommes que pour les femmes vis-Ă -vis de la contraception masculine ? Un sondage CSA en 2019 rĂ©vĂ©lait que 61 % des hommes Ă©taient prĂȘts Ă  s’engager.

Les moyens contraceptifs dĂ©veloppĂ©s pour les femmes consistent en : pilule, stĂ©rilet, anneau, patch, prĂ©servatif fĂ©minin ou implant contraceptif, etc. La charge mentale comprend les rendez-vous mĂ©dicaux pour le suivi ou le renouvellement de la prescription, les prises de sang et les effets secondaires Ă©ventuels comme la prise de poids, l’acnĂ©, les saignements intempestifs
 auxquels s’ajoutent le coĂ»t des traitements, pas toujours remboursĂ©s, et surtout la vigilance obligatoire au risque sinon d’ĂȘtre enceinte. Autre problĂšme de taille : 3045 femmes ont Ă©tĂ© hospitalisĂ©es en 2012 pour embolie pulmonaire suite Ă  la modification des mĂ©thodes de contraception dans cette pĂ©riode et aboutissant au retrait de la pilule Diane 35 en 2013. Il semblerait nĂ©cessaire pourtant, en cas de difficultĂ©s pour la femme avec les mĂ©thodes contraceptives disponibles, que l’homme prenne le relais afin que le couple ne se retrouve pas dans une impasse contraceptive.

Les hommes sont peu nombreux Ă  suivre une contraception : 150 environ chaque annĂ©e, sans compter les 0,8 % d’hommes en Ăąge de procrĂ©er ayant eu recours Ă  la vasectomie. Pourtant, deux mĂ©decins prescrivent depuis quarante annĂ©es des mĂ©thodes, hormonale pour Jean-Claude Soufir, Ă  Paris, ou thermique avec le slip chauffant, pour Roger Mieusset, Ă  Toulouse [<a title="Jean-Claude Soufir, Roger Mieussat, La contraception masculine, Éd. Springer, 2012.” class=”notebdp”>note] . Le principe d’une contraception hormonale masculine n’est pas nouveau, puisque testĂ© dĂšs 1979 Ă  l’hĂŽpital BicĂȘtre. Mais aucun laboratoire pharmaceutique n’a jugĂ© bon Ă  cette Ă©poque d’investir dans ce projet ! Le chemin semble long pour disposer d’une pilule, simple d’utilisation, pour les hommes alors que les recherches sur les produits pour les performances sexuelles ont bĂ©nĂ©ficiĂ© d’efforts considĂ©rables pour la mise sur le marchĂ© et de budgets colossaux pour la publicitĂ©. CoĂŻt hyper performant et natalisme priment sur l’autonomie quant au contrĂŽle des naissances ! D’autres Ă©quipes mĂ©dicales[note] essayent de dĂ©velopper une contraception pour homme par injection hebdomadaire d’hormones, mais peu de volontaires se pressent au portillon, et cela se comprend, le bourrage d’hormones n’est pas une solution rĂ©aliste.

Assumer son désir de non-paternité
Si une partie de la gent masculine prĂ©tend que la contraception est autant une affaire d’homme que de femme, la rĂ©alitĂ© montre que beaucoup d’hommes trouvent normal de ne pas en avoir la charge. Sans doute, se sont-ils habituĂ©s Ă  ne pas se prĂ©occuper de ce fardeau depuis l’arrivĂ©e de la pilule, hormis l’utilisation du prĂ©servatif, qui vise essentiellement la prĂ©vention des maladies sexuellement transmissibles et non pas la prĂ©vention des grossesses. Depuis juillet 2001, la vasectomie ou stĂ©rilisation masculine est autorisĂ©e dans l’Hexagone. L’intervention ne dure que 20 minutes, elle n’engendre pas d’effets indĂ©sirables. Seuls les spermatozoĂŻdes sont privĂ©s de sortie. Mais notre culture latine nous colle Ă  la peau. Notre pays est Ă  la traĂźne par rapport Ă  certains pays anglo-saxons comme la Grande-Bretagne (2 hommes sur 10) ou le Canada, et mĂȘme la Chine. Si en 1935, les stĂ©rilisĂ©s de Bordeaux [<a title="Marc PrĂ©vĂŽtel, « Les stĂ©rilisĂ©s de Bordeaux, des mutilĂ©s volontaires », AndrĂ© Bernard, « Au temps de la vasectomie illĂ©gale », in Casse-rĂŽles n° 11, fĂ©vrier-avril 2020, pages 22 Ă  24.” class=”notebdp”>note] avaient fait bouger le Landerneau libertaire, aujourd’hui le recours Ă  la vasectomie se dĂ©veloppe chez des hommes qui assument leur dĂ©sir de non-paternitĂ© sans le relier Ă  une option politique particuliĂšre. Ils Ă©taient 1880 en 2010, et 9240 en 2018 soit cinq fois plus. Il est vrai que Philippe LigniĂšres rĂ©alisait, en 2011, le film Vade retro Spermato, en rĂ©ponse Ă  une grande ignorance sur la contraception masculine, dans la population en gĂ©nĂ©ral.

Le dĂ©ficit d’informations est rĂ©el et les mĂ©decins ne prĂ©sentant presque jamais les alternatives masculines Ă  la contraception fĂ©minine ne favorisent guĂšre une Ă©volution des mentalitĂ©s. D’autant que les peurs masculines peuvent apparaĂźtre irrationnelles quand ils redoutent de perdre leur virilitĂ© en perdant leur fertilitĂ© : la peur de la castration, celle de l’impuissance ! Pourtant, la vasectomie ne semble pas perturber l’érection. Au contraire, ne plus avoir cette Ă©pĂ©e de DamoclĂšs au-dessus de la tĂȘte peut totalement libĂ©rer, les femmes en savent quelque chose !

Les femmes prĂȘtes Ă  faire confiance ?
Partager les tĂąches domestiques est une chose, qui peut ĂȘtre largement revendiquĂ©, partager la contraception en est une autre, tant la crainte de se retrouver enceinte au moment inopportun est grande. Les femmes pourraient allĂ©ger leur charge mentale en dĂ©lĂ©guant la contraception Ă  leur partenaire. Mais cela exige, pour elles, une confiance absolue car cette charge permet le contrĂŽle : « Si on lĂąche la contraception, on lĂąche le contrĂŽle.” La situation des femmes et des hommes quant Ă  la contraception n’est pas similaire. Si le compagnon oublie de prendre la pilule, c’est la femme qui se retrouve enceinte et devra subir une interruption volontaire de grossesse. L’avortement n’est guĂšre une partie de plaisir au point de prendre ce risque.

Et pourtant bon nombre de femmes estiment la contraception douloureuse, difficile Ă  supporter, dĂ©noncent le budget consĂ©quent avec #PayeTaContraception. En avril 2019, la journaliste Sabrina Debusquat a lancĂ© l’hashtag sur Twitter pour inciter les femmes Ă  briser le silence autour des souffrances liĂ©es Ă  leur contraception. TrĂšs vite, les tĂ©moignages se sont multipliĂ©s, dĂ©nonçant les effets indĂ©sirables de la pilule ou du stĂ©rilet. « DĂšs qu’on dit, en tant que femme, qu’on souffre de sa contraception, on se fait traiter soit de chochotte, soit d’ingrate. Cette parole, elle est Ă©touffĂ©e. Ce n’est pas acceptable. Je veux qu’on entende la voix des femmes pour leur montrer qu’elles ne sont pas seules », explique -t-elle. Pour inciter les femmes Ă  partager leurs histoires, la journaliste a publiĂ© une sĂ©rie de tĂ©moignages sur Twitter, qu’elle avait recueillis lors de l’écriture de son livre J’arrĂȘte la pilule [<a title="Sabrina Debusquat, J’arrĂȘte la pilule, Éd. Les Liens qui se libĂšrent, 2017.” class=”notebdp”>note] . Ces tĂ©moignages rĂ©vĂšlent les diffĂ©rentes souffrances liĂ©es Ă  la contraception, qu’elles soient physiques ou psychologiques. Depuis quinze ans, les femmes occidentales se dĂ©tournent de plus en plus de la pilule. LassĂ©es de subir les effets secondaires de ce mĂ©dicament puissant – dĂ©pression, baisse de libido, migraines etc. –, elles sont nombreuses aujourd’hui Ă  refuser ces souffrances. De plus, il devient difficile de fermer les yeux sur les effets de la contraception hormonale : produit cancĂ©rigĂšne de premiĂšre catĂ©gorie, perturbateur endocrinien et vĂ©ritable castration chimique, ses effets sur les femmes, leurs enfants et l’environnement sont extrĂȘmement prĂ©occupants. Une chape de plomb rĂšgne sur le sujet tant que la critique est inaudible.

À quand le dĂ©veloppement et la promotion de contraceptions sans effets indĂ©sirables et qui peuvent ĂȘtre partagĂ©es avec le partenaire ? L’offre contraceptive est insuffisante. Les hommes doivent ĂȘtre aussi responsabilisĂ©s. Les partenaires doivent trouver la confiance l’un vers l’autre. Les revendications actuelles portent sur : financement d’études scientifiques pour dĂ©velopper des contraceptions fiables et respectant santĂ© et environnement, et ce, tant pour les femmes que pour les hommes, information adaptĂ©e dĂšs le plus jeune Ăąge sur l’ensemble des moyens, partage Ă©galitaire de la charge contraceptive. Une contraception efficace, confortable et sans hormone.

HĂ©lĂšne Hernandez
Groupe Pierre Besnard




Source: Monde-libertaire.fr