Juillet 12, 2021
Par La Bogue
389 visites


Mercredi 7 juillet 2021 a eu lieu l’expulsion du squat du 4bis avenue de la RĂ©volution Ă  Limoges, lieu de vie, d’activitĂ© et de culture pour les quelques 115 personnes exilé·e·s qui y vivent depuis plus de deux ans.

Cette dĂ©cision, prononcĂ©e le lendemain de la fin de l’annĂ©e scolaire, n’était aucunement une « fermeture Â» censĂ©e ĂȘtre plus digne qu’une expulsion et ce malgrĂ© les diverses annonces des autoritĂ©s prĂ©fectorales qui feignent de privilĂ©gier cette option depuis que s’annonce la fin de la trĂȘve des expulsions qui accompagnait l’état d’urgence sanitaire. Seymour Morsy, prĂ©fet du dĂ©partement avait pourtant dĂ©clarĂ© lors des entretiens qu’il avait accordĂ©s aux collectifs (cultivant en cela la posture d’homme de dialogue qu’il cherche Ă  s’inventer) qu’il avait retenu les leçons de l’expulsion du prĂ©cĂ©dent squat et Ă©tait ouvert aux propositions alternatives qui pourraient ĂȘtre faites. Parole de flic.

Ni le collectif des habitant·e·s, ni les collectifs de soutien, n’ont Ă©tĂ© consultĂ©s ou avertis malgrĂ© les multiples solutions concrĂštes qu’ils proposent depuis des mois. Les habitant·e·s avaient rĂ©cemment demandĂ© a ĂȘtre intĂ©grĂ©s Ă  la rĂ©flexion sur la fermeture du squat pour Ă©viter une nouvelle situation de crise.

Pour fĂȘter la fin de « la trĂȘve la honte Â» consistant Ă  Ă©viter d’expulser des enfants en cours d’annĂ©e scolaire, le dispositif rĂ©pressif est Ă©norme : 2 camions de gendarmes mobiles devant chaque entrĂ©e, la rue saint Martial bloquĂ©e de haut en bas toute la matinĂ©e, 4 bus de gendarmes mobiles dans la cour, la police nationale, la BAC, le sous-prĂ©fet Brach, le directeur de la citoyennetĂ© D’Ardaillon et leurs personnels, la directrice de la DDCSPP Muller, la sous-directrice de l’OFII et son adjointe, les RG, les serruriers CAME, les huissiĂšr·e·s SYSLAW et leurs stagiaires, les vigiles de la compagnie de sĂ©curitĂ© FSI chargĂ©s de tenir le lieu aprĂšs expulsion, et la protection civile. Plus de flics que d’habitant·e·s probablement.

À 7 heures, la police frappe Ă  toutes les portes des habitations du squat, enfonce celles qui ne s’ouvrent pas, et annonce aux personnes qu’elles ont dix minutes pour sortir avec leurs affaires, que tout va ĂȘtre murĂ©. RĂ©sultat : panique totale, puisqu’il faut dĂ©mĂ©nager deux ans de vie en un instant. Les cartons s’amassent dans la cour, et les flics refusent d’ouvrir les portails pour autre chose qu’une sortie dĂ©finitive, obligeant les personnes Ă  passer tous leurs bagages trĂšs pesants par-dessus une grille de deux mĂštres cinquante pendant plusieurs heures.

JPEG - 2.2 Mo
Des flics en uniformes, des flics en armures, des flics en jeans, des flics en survet’,

JPEG - 1.4 Mo

et des flics en costard

Soudain l’huissiĂšre se dĂ©cide Ă  faire une dĂ©claration aux quelques personnes dĂ©semparĂ©es prĂ©sentes devant la grille : les habitant·e·s disposeront d’un dĂ©lai de deux mois pour venir rĂ©cupĂ©rer les biens qu’ils laisseront sur place aprĂšs que sa boĂźte de vautours en ait dressĂ© un inventaire complet (bonne chance). Trop tard semble-t-il pour Ă©viter l’indignation de tout·e·s, de nombreuses crises de larmes, et le malaise d’une habitante transportĂ©e au CHU par la protection civile.

Les gendarmes mobiles, certainement lĂ  au cas oĂč ces personnes en dĂ©tresse tenteraient un coup de force au rĂ©veil, se tournent les pouces dans leurs carapaces en attendant de pouvoir manger leurs salades saupiquet. La police nationale continue de mettre la pression aux habitant·e·s, bien en mal pour gĂ©rer les annonces contradictoires des diffĂ©rents organisateurs de la fĂȘte. Certain·e·s flics confesseront une erreur de communication des autoritĂ©s.

Du mépris oui.

Certain·e·s habitant·e·s, habitué·e·s Ă  l’absurditĂ© des situations qu’elles·ils traversent, prennent le temps de prendre une photo de groupe devant leurs voitures chargĂ©es Ă  bloc, tout sourire malgrĂ© la police qui les presse. Les enfants, rĂ©unis en bande dans la cour, blaguent sur l’hĂŽtel de luxe « qu’ils Â» vont construire aprĂšs les avoir virĂ©.

Pendant ce temps lĂ , bien installĂ©s sur une table au milieu de la cour avec leur matĂ©riel, les hauts reprĂ©sentants de la PrĂ©fecture, de la DDCSPP et de l’OFII trient les habitant·e·s qui doivent dĂ©cliner leur identitĂ© pour ĂȘtre orienté·e·s. AprĂšs avoir signĂ© le formulaire de l’OFII proposant l’aide au retour volontaire au pays, unanimement refusĂ©e, le personnel de la prĂ©fecture Ă©tudie leurs situations administratives.

Sur plus de 110 personnes vivant sur place, une vingtaine d’adultes, avant tout des familles, sont en voie de rĂ©gularisation et orientĂ©s vers diffĂ©rents hĂŽtels de la ville. Le reste des personnes, ayant reçu des OQTF, parfois accompagnĂ©es d’IRTF d’un ou deux ans, ont Ă©tĂ© orienté·e·s vers un gymnase rĂ©quisitionnĂ© par la prĂ©fecture pour un hĂ©bergement d’urgence d’une nuit. Aucun dispositif de transport n’a Ă©tĂ© proposĂ© pour aider les personnes Ă  s’y rendre avec leurs affaires.

Les soutiens, maintenus Ă  l’extĂ©rieur par les forces de l’ordre, accueillent les habitant·e·s qui sortent au compte goutte par la rue st Martial. La presse est Ă©galement empĂȘchĂ©e d’entrer et France 3 fait son direct au bord du boulevard.

JPEG - 1.2 Mo
La salle des fĂȘtes de La Croix-Rouge

Au gymnase LĂ©on Blum (Sablard), la Croix-Rouge, qui dĂ©clare avoir Ă©tĂ© prĂ©venue le matin mĂȘme, fait son travail de courroie de transmission des autoritĂ©s prĂ©fectorales, malgrĂ© la bienveillance de nombreu·ses·x de ses bĂ©nĂ©voles. Des lits de camp sont dressĂ©s sous des barnums, pour maintenir un minimum d’intimitĂ© et de la nourriture est distribuĂ©e. Aucune information n’est donnĂ©e aux personnes qui s’y installent, sauf rumeur qu’ils peuvent dormir lĂ  une nuit. Les personnes ne savent pas ce qui peut les attendre le lendemain Ă  la sortie du gymnase, beaucoup sont trĂšs inquiets, la plupart en galĂšre administrative, et prĂ©fĂšrent choisir un hĂ©bergement solidaire pour la nuit.

Le 8 au matin, l’OFII revient au gymnase et propose Ă  nouveau de signer pour l’aide au retour volontaire : une bourse de 650 €, un billet d’avion offert et un logement assurĂ© en attendant le dĂ©part. Le chantage c’est : si tu ne signes pas, tu ne pourras pas rester au gymnase ce soir. L’OFII se cache dans un coin du gymnase, le plus loin possible des personnes en soutien qui accompagnent habituellement les habitant·e·s dans leurs dĂ©marches administratives. Les amis traducteur·trice·s ne sont pas accepté·e·s non plus.

Une liste des personnes ayant besoin de dormir une nuit supplĂ©mentaire au gymnase est transmise Ă  La Croix-Rouge. Rien Ă  faire, le centre ferme Ă  17h. Le Sous-PrĂ©fet est lĂ  pour dire aux personnes d’appeler le 115, s’assurer que tout le monde sort gentiment avant de s’enfuir en Ă©vitant les personnes Ă  la sortie qui tentent de l’interpeller car tout le monde sait que le 115 est « saturĂ© Â» et que les gens sont Ă  la rue. Depuis, craignant la nĂ©cessitĂ© de devoir crĂ©er un campement, les soutiens se sont rassemblĂ©s chaque soir Ă  19h sur le parvis du CCAS, et depuis le dimanche 11 juillet au Champ de Juillet (le jardin public situĂ© Ă  cĂŽtĂ© de la gare). Les personnes souhaitant offrir de l’hĂ©bergement solidaire peuvent venir rencontrer les collectifs de soutien et les personnes sans solutions.

Hier soir (le 9 juillet), la police Ă©tait lĂ , sur le trottoir d’en face, en nombre, Ă  observer la rĂ©union. MalgrĂ© tout, les collectifs ne se sont pas laissĂ©s intimider et ont continuĂ© leur travail. S’assurer que les personnes vont bien, faire le lien avec les associations de maraude qui assurent la distribution de nourriture, mettre en lien les hĂ©bergeur·euse·s (mĂȘme Ă©loignĂ©s) et les hĂ©bergé·e·s, crĂ©er des temps de convivialitĂ© pour ne pas laisser faire les autoritĂ©s dans leur travail d’étouffement et de division. Les rĂ©unions sont prĂ©vues tous les soirs.

Une Ă©quipe de coordination se met en place, tout cela est susceptible de changer mais il est pour l’instant possible d’envoyer un mail au collectif des habitant·e·s Ă  [email protected]

Pour proposer d’accueillir une ou plusieurs personnes vous pouvez aussi contacter le 06.52.36.87.10.

Des ami·e·s du 4bis,

le samedi 10 juillet

JPEG - 1.7 Mo
Bonnes vacances les jeunes
JPEG - 2 Mo
Malaise devant la grille



Source: Labogue.info