Mars 15, 2021
Par Contrepoints (QC)
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Hier en point de presse, François Legault a réagi aux deux féminicides de la veille. Sa réaction, ça a été de s’adresser aux hommes. Dire qu’il fallait que les hommes se parlent entre chums.

 

 J’aimerais dire quelques mots sur ce qui est arrivé à deux femmes. Deux meurtres. Chez nous. Ça a pas de bon sens, en 2021. J’ai le goût de parler aux hommes. D’homme à homme. Y’a rien de masculin, rien de viril à être violent avec une femme. Au contraire, moi je trouve ça lâche. Il est temps, les hommes, qu’on se mette ensemble pis qu’on se dise : On va parler à nos garçons, on va parler à nos chums, mais ça a pas de bon sens qu’en 2021, on vive comme des barbares. On est dans une société civilisée. Pis toutes les femmes, pis tous nos enfants ont le droit à un milieu sécure. Donc, passons le mot…“

– François Legault à son point de presse du 3 mars 2021

 

Une tragédie vient de survenir, et le réflexe de l’équipe de communication à François Legault, c’est de lui préparer un beau petit mot de bienvenue qui propose plus de conversations entre chums autour d’un verre. Tant qu’à y être, on aurait pu faire commanditer le point de presse par une compagnie de bière. On aurait pu passer un message cheap en faisant de l’argent, une pierre deux coups !

 

Pour pas que ton chum l’a batt’, parles-en autour d’une Labatt.”

 

Ne me méprenez pas. C’est vrai que les dudes doivent se parler entre dudes. Mais c’est le genre de morale que je m’attends d’un chanteur dans une chanson, ou d’un humoriste en spectacle. Pas de la part du Premier Ministre du Québec. C’est le chef d’État qui détient les clés du coffre, il est ben mieux de proposer d’autres solutions au quart des crimes contre la personne à part se piquer une jasette.

 

François Legault a aussi dit, qu’il ne trouvait pas ça ni masculin, ni viril, un homme qui violente une femme. Au contraire, il trouve ça “lâche”.

 

Ah. Merci. Dossier clos.

 

Violenter une femme, c’est lâche. Tenez-vous le pour dit, messieurs qui violentaient vos femmes pour glorifier votre capacité à produire de la testostérone. L’honorable Premier Ministre du Québec François Legault a déclaré que c’était *musique dramatique* : lâche !

 

Hey dis, Franky, tant qu’à se jaser entre chums, qu’est-ce qui se passe avec le futur tribunal spécialisé pour les crimes de violences sexuelles et conjugales ? Et puis, le financement des maisons d’hébergement qui demandent un autre 38 millions, comment ça se passe ? (By the way, entre 2019-2020, ces maisons ont hébergé jusqu’à 2 500 femmes, mais on dû refuser 3 500 demandes. Une statistique qui donne envie de crier dans un coussin.) Oh et l’accessibilité aux soins de santé mentale, what’s up ? Et la DPJ, c’est réglé le problème de la surcharge de travail oubedon les intervenant.e.s sont encore en train de péter au frette ?

 

Moi ce que je trouve lâche, Franky, c’est de pas adresser les problèmes quand t’as les outils pour appliquer les solutions.

 

Pis nooooon la solution aux féminicides pis à la violence conjugale, c’est pas la prison. Je sais que ça a pas l’air d’un bon timing pour avoir une position abolitionniste quand un tel drame avec une telle crapule récidiviste se déroule, mais, je le dis souvent : Si tu penses avoir trouvé une solution unique à un problème complexe, ce n’est pas la solution.

 

Les prisons sont remplies de pourritures qui y pourrissent et ça ne change rien aux statistiques bad trippantes de violence conjugale, de féminicides, et de manque de ressources. La prison, c’est snoozer le problème. Pis on sait les conséquences désastreuses du snooze : ça cause du retard insurmontable.

 

Au lieu de souhaiter une lourde sentence lourdement payée par nos taxes, il faudrait plutôt exiger que nos taxes financent l’aide psychologique, la DPJ, les programmes d’éducation sexuelle et conjugale à l’école, une allocation d’urgence pour les femmes victimes de violence conjugale, (un peu comme la croix rouge le fait avec les victimes d’incendie), il faudrait mettre fin à la précarité financière des femmes, améliorer l’accès au logement…

 

Mais bon. Les politicailleux vont nous répondre qu’ils vont “continuer à travailler pour continuer à voir quelles solutions on peut mettre en place”, parce que “l’argent ne pousse pas dans les arbres”, sauf bien sûr quand une multinationale étrangère a besoin de bidoux pour exploiter les travailleurs et le territoire, ah là, d’l’argent, y’en a ! On sait bien han : détruire la planète et négliger sa population, ça n’a pas de coûts. *tousse tousse la pandémie*

 

Non mais sérieux. Pourquoi les jobs qu’on crée au Québec, il faut donc absolument qu’elles soient dans le domaine de l’extractivisme, mais pas dans les services sociaux ? Ça paie pas de taxes les intervenant.e.s ? Comme les compagnies minières ?

 

Est-ce que les organismes communautaires devraient utiliser des termes plus capitalistes pour recevoir de l’argent ? Ils pourraient partir une “entreprise de développement social” qui parle en “trimestres”, “taux de rendement”, “marge de profits”, “croissance dans le taux de satisfaction”. (Pas besoin d’être rentable anyway, on a bien financé Bombardier pendant des années). Oh et si en plus notre start-up est basée aux États-Unis, on pourrait peut-être récolter plusieurs millions de dollars supplémentaires ! Hey, on va en faire des jobs, think big esti !

 

Bref. Je fais des jokes là, mais pour régler le problème du sexisme systémique pis de la violence faite aux femmes, ça va plus prendre que des jasettes. Ça va prendre quelque chose comme de la volonté politique. Quelque chose comme un soulèvement citoyen. Donc, passons le mot…

 

 

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Sources :

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1091513/syndicats-epuisement-professionnel-sante

https://www.ledevoir.com/societe/595707/huit-femmes-ont-ete-tuees-en-2020-dans-des-meurtres-conjugaux

 

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Coralie LaPerrière est une humoriste, autrice et activiste pour la justice climatique et sociale.




Source: Contrepoints.media