D茅cembre 15, 2020
Par Squat.net
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Mauvaise foi et risque d鈥檈xpulsion

Depuis plusieurs semaines, nous, habitant路e路s du quartier de la place Sainte Marthe ou non, avec ou sans papiers, avec un domicile fixe ou sans, 茅tudiant路e路s, travailleur路se路s pr茅caires, chomeur.euse.s, RSA-stes鈥, occupons un deuxi猫me local dans le quartier de la place Sainte Marthe au 1 rue Jean et Marie Moinon.

Cette occupation d鈥檜n local appartenant 脿 la SIEMP, troisi猫me bailleur social de la ville de Paris, et lou茅 depuis 2015 au restaurant Le Petit Cambodge est dans la continuit茅 d鈥檜n premier local occup茅 dans le quartier depuis septembre. Ce dernier appartient 脿 la SIN, soci茅t茅 immobili猫re de Normandie, qui est elle-m锚me d茅tenue majoritairement par les g茅ants de l鈥檌mmobilier Nexity et Edmond Coignet. C鈥檈st par ces actions que nous luttons contre la gentrification de notre quartier.

Suite 脿 notre assignation en justice par le petit Cambodge le 18 d茅cembre 2020, il nous a paru important de partager avec vous les motivations de notre d茅marche, souvent r茅duite 脿 une solution d鈥檋茅bergement ou de relogement.

Le Petit Cambodge a aussi tent茅 de d茅cr茅dibiliser notre occupation 脿 travers un mail adress茅 脿 la mairie et aux habitant.es du quartier. Nous tenions donc 脿 r茅tablir quelques faits 脿 travers cette r茅ponse.

Tout d鈥檃bord voici le mail en question, envoy茅 par Le Petit Cambodge quelques jours apr猫s le d茅but de notre occupation :

Madame la Maire,
Je vous 茅cris, pour solliciter votre aide.
Comme vous le savez, notre futur restaurant situ茅 24 avenue Claude Vellefaux dans le 10掳 arrondissement est squatt茅 depuis ce week-end.
Beaucoup l鈥檕nt su mais personne ne nous a pr茅venu dans le d茅lai de 48 heures.
Nous sommes aujourd鈥檋ui 脿 la crois茅e des chemins :

  • soit les pouvoirs publics nous aident, en offrant une solution de relogement aux personnes qui squattent notre restaurant,
  • soit nos ann茅es de travaux et nos lourds investissements risquent d鈥櫭猼re an茅antis, ce qui va mettre en danger notre activit茅.

Apr猫s plusieurs ann茅es de gros travaux, le futur restaurant du 24 avenue Vellefaux 茅tait proche de l鈥檕uverture (retard茅e par le second confinement et la seconde fermeture de tous les restaurants). Nous avions commenc茅 les d茅marches de recrutement des futurs salari茅s.
Le local a 茅t茅 compl猫tement r茅habilit茅, avec cr茅ation d鈥檜n restaurant et d鈥檜n laboratoire de pr茅paration culinaire soumis 脿 des r猫gles d鈥檋ygi猫ne tr猫s strictes. Tout est neuf, tout est blanc. Nous installions les derniers 茅quipements et finalisions pour pr茅senter la demande d鈥檃gr茅ment sanitaire.
Les r猫gles sanitaires strictes qui nous sont impos茅es sont totalement incompatibles avec une occupation de type habitation 鈥 a fortiori par de nombreux squatteurs.
Sont en jeu des centaines de milliers d鈥檈uros investis pour pr茅parer l鈥檃venir, du mobilier et du mat茅riel professionnel qui seront d茅grad茅s, si toutefois ils sont encore sur place.
Sont aussi en jeu vingt nouveaux emplois, pr茅vus dans le futur restaurant avenue Claude Vellefaux.
L鈥檕ccupation ill茅gale du restaurant met en danger ces embauches. Quel g芒chis insupportable.
La proc茅dure judiciaire s鈥檃nnonce longue et co没teuse.
Les b茅n茅fices laborieusement gagn茅s au cours de cette ann茅e de Covid, confinement, fermeture des restaurants, devaient 锚tre distribu茅s aux salari茅s du restaurant LE PETIT CAMBODGE (prime de fin d鈥檃nn茅e) pour r茅compenser leur travail et leur d茅vouement.
La prime de fin d鈥檃nn茅e va finalement 锚tre dilapid茅e en frais de proc茅dure. Quel g芒chis.
A d茅faut d鈥檃ide, nous serons oblig茅s de mener un combat qui n鈥檈st pas le n么tre et de puiser 脿 nouveau dans nos ressources alors que nous sommes assaillis de toute part.
Nous n鈥檃vons pas eu beaucoup de r茅pit depuis cette fin d鈥檃nn茅e 2015, c茅l茅br茅e r茅cemment en votre pr茅sence et en celle de nombreux 茅lus. Attentats meurtriers, longue proc茅dure d鈥檌nstruction criminelle, gr猫ves diverses, place de la R茅publique transform茅e en champ de bataille chaque week-end, un quartier qualifi茅 de 芦 no go zone 禄 touristique, confinement total, fermeture des restaurants, nouveau confinement, et maintenant 莽a鈥 c鈥檈st trop.
Nous travaillons d鈥檃rrache-pied, nous innovons, nous embauchons.
Comment ne pas ressentir de l鈥櫭ヽ艙urement face 脿 l鈥檌njustice qui nous frappe 脿 nouveau, dans cette p茅riode si difficile.
Cette situation qui ne peut pas trouver de solution constructive sans votre intervention.
Vous pouvez compter sur nous : nous d茅ployons une 茅nergie folle pour nous adapter (vente 脿 emporter), maintenir nos salari茅s dans l鈥檈mploi et maintenir un peu de vie dans le quartier.
Nous comptons sur vous : pour chercher une solution de relogement aux personnes qui occupent ill茅galement le futur restaurant LE PETIT CAMBODGE.
Dans l鈥檃ttente, je vous prie d鈥檃gr茅er, Madame la Maire, l鈥檈xpression de ma sinc猫re consid茅ration.

Le Petit Cambodge a tent茅 de d茅cr茅dibiliser notre occupation 脿 travers ce mail. Notre r茅ponse n鈥檃 pas pour vocation de convaincre le Petit Cambodge de la l茅gitimit茅 de notre occupation mais plut么t de t茅moigner de l鈥檌magination et de la mauvais foi toujours grandissante des proprios pour r茅cup茅rer leurs biens.
Nous tenions donc 脿 r茅tablir quelques faits.
Tout d鈥檃bord, malgr茅 quelques p茅riodes de travaux sporadiques 脿 l鈥檌nt茅rieur du local, celui-ci est rest茅 de fait ferm茅 depuis son attribution en 2015 malgr茅 l鈥檕bligation que comporte normalement un bail commercial de tenir les lieux lou茅s toujours ouverts et achaland茅s. Le Petit Cambodge a agit uniquement selon ses int茅r锚ts priv茅s sans jamais prendre en compte les nombreuses relances du Conseil du quartier et des associations. Il est important de rappeler que pour obtenir l鈥檃ttribution du local, Le Petit Cambodge n鈥檃 pas h茅sit茅 脿 jouer sur les 茅motions suscit茅es par les attentats de 2015 tout en cachant le fait qu鈥檌l 茅tait sur le point d鈥檕uvrir un deuxi猫me restaurant rue Beaurepaire.
En cette fin d鈥檃nn茅e 2020, l鈥檌nach猫vement des travaux dans ce local (absence de laboratoire culinaire, d鈥櫭﹙acuation des eaux us茅es et de syst猫me de ventilation鈥) prouve qu鈥檜ne ouverture au public 脿 la fin du confinement, comme le pr茅tend Le Petit Cambodge dans son mail, aurait 茅t茅 impossible et que ce lieu serait rest茅 encore ferm茅. Depuis d茅j脿 plusieurs ann茅es, Le Petit Cambodge atteste que son restaurant va ouvrir incessamment et chaque fois la promesse se r茅v茅lait fausse. Ce local inoccup茅 est d鈥檃utant plus regrettable que le quartier de la place Sainte Marthe souffre, depuis sa r茅habilitation dans les ann茅es 1990-2000, d鈥檜n probl猫me de vacance des locaux d鈥檃ctivit茅s en RDC malgr茅 une forte demande notamment de la part d鈥檃rtisans et d鈥檃ssociations.

Tous ces 茅l茅ments t茅moignent, s鈥檌l 茅tait n茅cessaire, du faible besoin que repr茅sente ce lieu pour le Petit Cambogde et surtout pour le quartier. En effet les habitant.es du quartier de la place Sainte Marthe n鈥檕nt pas besoin d鈥檜n 茅ni猫me restaurant, d鈥檜n 茅ni猫me lieu marchand hors de ses moyens tenu par des propri茅taires venant des quartiers les plus ais茅s. Ils ont besoin de vie, de rencontres, de liens, d鈥檃ssociations, d鈥檈spaces culturels et cr茅atifs 鈥 tout ce que ces attentats de 2015 visaient 脿 annihiler.

Nous sommes d茅莽u.e.s, sans 锚tre supris.e.s, que le Petit Cambodge voie du 芦 gachis 禄 dans cette organisation solidaire et cette entraide. D鈥檃illeurs, si comme le restaurateur le fait remarquer 芦 la proc茅dure judiciaire s鈥檃nnonce longue et co没teuse 禄, il ne tient qu鈥檃u Petit Cambodge de l鈥檃bandonner et d鈥櫭ヽonomiser cet argent pour abonder la prime de fin d鈥檃nn茅e promise aux salari茅.e.s. Nous l鈥檈ncourageons vivement 脿 le faire.
En tant que locataire d鈥檜n lieu relevant du domaine public, puisqu鈥檌l est d茅tenu par la SIEMP pour la Ville de Paris, nous pensons qu鈥檌l est l茅gitme qu鈥檜n tel espace revienne 脿 l鈥檃nimation et 脿 la vie collective du quartier, plut么t qu鈥櫭 la consommation fr茅n茅tique de l鈥檈space public et de nos temps libres dans une logique une nouvelle fois marchande.

A une 茅poque o霉 le logement et l鈥檈mploi suivent la m锚me 茅volution : rar茅faction de l鈥檕ffre et pr茅carisation de l鈥檈xistant, les attentats, aussi dramatiques qu鈥檈xceptionnels, ne sont pas les seuls maux qui nous touchent.
En effet, le monde qui nous est fait, est d鈥檜ne violence r茅guli猫re et profonde. Si le Petit Cambodge est 茅c艙ur茅 de faire face 脿 l鈥檌njustice, nous sommes de celleux qui la vivent au quotidien. Nous bataillons pour avoir le droit de vivre quand ce syst猫me mortif猫re capitaliste, qui sp茅cule sur l鈥檈space public, nous renvoie aux marges de cette soci茅t茅. Ce syst猫me nous ignore comme il nous m茅prise. Il nous violente comme il nous oublie. Ce lieu au 1 rue Jean et Marie Moinon nous redonne capacit茅 脿 agir, ensemble, 脿 faire collectivement ce que la machine 脿 fric veut nous enlever : cantine populaire et maraude alimentaire, librairie auto-g茅r茅e, espace de rencontre et de cr茅ation artistique, projection de film, 茅ducation populaire, v茅g茅talisation鈥

Nous avons besoin de lieux ouverts 脿 tou.te.s et qui sortent des logiques du tout marchand. Des lieux qui permettent de se rencontrer, de s鈥檈ntraider et de s鈥檕rganiser.
Les attentats ont vis茅, non pas l鈥檃ctivit茅 du Petit Cambodge en tant que restaurateur, mais nos vies. Voil脿 cinq ann茅es cons茅cutives que ce lieu reste inanim茅. Cinq ann茅es que ces attentats ont eu raison de la vie de ce quartier. Nous ne comptons pas donner raison, ni aux commanditaires de ces attentats, ni 脿 celleux qui les instrumentalisent jusqu鈥櫭 aujourd鈥檋ui 脿 des fins de profits.

Opposer, comme le fait le Petit Cambodge, la volont茅 d鈥檃ugmenter son chiffre d鈥檃ffaire et les mouvements sociaux depuis 2015 t茅moigne du m茅pris du restaurateur face aux difficult茅s que les plus pr茅caires d鈥檈ntre nous subissent. Ces mouvements, emprunts de justice sociale et climatique, d茅gagent des espaces de libert茅 et de d茅mocratie qui sont, eux, indispensables : Nuit Debout, les Gilets Jaunes, les gr猫ves pour le Climat ou la r茅forme des retraites, les manifestations contre les violences polici猫res ou le d茅mantelement de l鈥檋opital public, les marches des solidarit茅s en soutien aux exil茅.e.s et aux sans-papier.e.s鈥oil脿 de quoi le Petit Cambodge ne se soucie gu猫re lorsqu鈥檌l porte plainte contre notre occupation.

Nous r茅sistons pour ne pas voir un quartier aseptis茅 par la gentrification, repoussant aux p茅riph茅ries celleux qu鈥檌ls m茅prisent et reproduisant les m锚mes sch茅mas ind茅finement, o霉 r猫gne le bonheur mat茅riel et individuel des plus ais茅.e.s au d茅triment des besoins essentiels et collectifs. Un quartier 脿 l鈥檜rbanisme sage et docile qui fait de l鈥檈space public un catalogue publicitaire, nous 茅duque 脿 consommer, qui agite l鈥檕pulence comme un leurre hors de port茅e, nous berce d鈥檌llusions mat茅rielles accessibles qu鈥檃u prix de la destruction ou de l鈥檃sservissement.

Les pauvres, les subversif路ve路s, les pr茅caires, les 茅tranger路e路s, les r茅volt茅路e路s de ce quartier, sont peu 脿 peu remplac茅路e路s par une population ais茅e et pacifi茅e. Gr芒ce 脿 ce local, o霉 force est de constater qu鈥檌l ne s鈥檡 passe rien depuis 5 ans, nous sommes d茅sormais en capacit茅 d鈥檕ffrir un espace de rencontre et d鈥檕rganisation pour tous路tes celleux qui refusent ce monde de plus en plus liberticide et autoritaire qu鈥檕n nous impose. En plus d鈥檜n ensemble d鈥檌ndividus isol茅.e.s qui se retrouvent dans ces locaux, nous sommes plusieurs collectifs 脿 nous organiser ici, dont entre autre Youth For Climate Paris, D茅colonisons le F茅minisme, la Coordination Action Autonome Noire 鈥

Nous refusons leur monde.

N鈥檋茅sitez pas 脿 nous envoyer un mail ([email protected]@@protonmail.com) pour 锚tre ajout茅.e 脿 la liste mail du local autog茅r茅 de l鈥橝rche.

Les r茅volt茅.e.s de la Place Saint-Marthe

[Publi茅 le 13 d茅cembre 2020 sur Paris-Luttes.info.]




Source: Fr.squat.net